Le bordereau ![]() Le 26 septembre 1894, le Commandant Henry, du service de renseignement de l'armée Française reçoit un document récupéré à l'ambassade d'Allemagne par la femme de ménage. La femme de ménage, Mme Bastian, transmet régulièrement des documents pour le compte des services Français en les récupérant dans la corbeille. Cette fois ci, le document attire l'attention du commandant Henry. Le document est un bordereau déchiré en six morceaux sans date ni signature. Il est ainsi rédigé :
Je vais partir en manoeuvres." Les soupçons " Ayant le plus grave intérêt, Monsieur, à rentrer momentanément en possession des documents que je vous ai fait passer avant mon départ aux manoeuvres, je vous prie de me les faire adresser d'urgence par le porteur de la présente qui est une personne sûre. Je vous rappelle qu'il s'agit de : 1. Une note sur le frein hydraulique du canon de 120 et sur la manière dont..." A ce moment là, le commandant du Paty s'interrompt et dit à Dreyfus : - Qu'avez-vous donc capitaine, vous tremblez ? - J'ai froid aux doigts, répond Dreyfus qui continue à écrire. Dreyfus attend la suite de la dictée, mais du Paty l'interpelle de nouveau : "Faites attention, c'est grave." Dreyfus est heurté par les mots mais inquiet il continue à prendre la dictée, s'appliquant à bien écrire. Du Paty de Clam satisfait de l'expérience se lève, pose solennellement la main sur l'épaule du capitaine, et déclare d'une voix grave : "Au nom de la loi je vous arrête. Vous êtes accusé du crime de haute trahison." Le procès et la condamnation Le Conseil de guerre se réunit à huis-clos du 19 au 22 décembre 1894, pour juger le capitaine Dreyfus. L'accusation n'a pas découvert de mobile mais elle possède d'autres armes. Ainsi, le ministre de la guerre, le général Mercier, communique un dossier secret aux membres du jury à l'encontre de Dreyfus. Les experts en écriture désignés s'accordent à dire que le bordereau est de la main de Dreyfus. Bertillon, reconnu depuis sa méthode anthropométrique d'identification des délinquants, expose son avis dans une démonstration accablante pour l'accusé. Cet élément matériel et des témoignages comme celui du commandant Henry sont convaincants : "une personne honorable, que je ne puis nommer, m'a averti au mois de mars qu'un officier du ministère de la guerre trahissait. Cette même personne honorable m'a précisé que ce traître travaillait au deuxième bureau et (désignant Dreyfus) ce traître le voici" Le verdict tombe le 22 décembre et malgré la faiblesse des éléments matériels (uniquement le bordereau) Dreyfus est déclaré coupable de haute trahison. L'accusé clame son innocence mais les sept jurés ont rendu leur décision. Il est condamné à la dégradation militaire et à la déportation perpétuelle sur l’Île du diable, une enceinte fortifiée française de Guyane. Pour marquer cette décision une parade de dégradation est organisée dans la cour de l'école militaire, Place Fontenoy. Le matin glacé du 5 Janvier 1895, un militaire retire les insignes et casse le sabre du capitaine devant des soldats envoyés par tous les régiments de Paris et devant une foule criant sa haine dans des slogans antisémites "mort aux juifs", "à mort Judas". L'honneur du capitaine, qui se dit fervent défenseur de sa patrie, est bafoué. Léon Daudet, chroniqueur au Figaro écrit : " Que peut-on faire de plus à ce petit automate, complètement noir et dépouillé de tout, à cette bête hideuse de trahison qui demeure debout sur ses jambes roides, survivant à sa catastrophe, épouvantail pour les faibles et désolation pour les forts. (…) Il n’a plus de nom. Il n’a plus de teint. Il est couleur traître " |





