Preuves scientifiques et erreurs judiciaires

La preuve scientifique, aussi surnommée « la reine des preuves », est aujourd’hui un élément incontournable de l’enquête judiciaire. Difficile de concevoir aujourd’hui un procès d’assise sans élément matériel rapporté par la police scientifique. Pourtant, sans contester la science mise en œuvre pour détecter, analyser ou interpréter un élément matériel au procès pénal, plusieurs cas démontrent que la preuve matérielle, ou du moins son utilisation, n’est pas infaillible.

Comment les preuves scientifiques peuvent mener à de fausses accusations ?

Le 11 octobre 2019, il est 20h44, « Ils ont arrêté Dupont de Ligonnès » m’annonce mon collègue. Je suis en combinaison blanche en train de passer de la poudre dactyloscopique sur une scène de crime et je tombe des nues « Dupont de Ligonnès ? Où ? » « A l’aéroport de Glasgow… ».  Je ne comprends pas… Comment a-t-il pu se rendre en Ecosse ? Voyage-t-il depuis toutes ces années ? Est-il vraiment en vie ?

Pour ceux qui ne connaissent pas ce fait divers, l’affaire Dupont de Ligonnès, également appelée la « tuerie de Nantes », est l’histoire d’un quintuple meurtre non élucidé survenu à Nantes. Les corps de cinq membres d’une même famille furent retrouvés le 21 avril 2011 enterrés dans le jardin de la maison familiale. Le père de famille, soupçonné des meurtres, Xavier Dupont de Ligonnès, reste introuvable depuis ce jour.

Vendredi 11 octobre 2019 : « Arrestation de Xavier Dupont de Ligonnès », l’information est largement relayée dans les médias

Et ce vendredi soir, 8 ans plus tard, la police écossaise l’aurait retrouvé, « identifié » par ses empreintes digitales. L’homme aurait subi des opérations chirurgicales le rendant méconnaissable, l’emballement médiatique est total. Le lendemain une équipe de policiers français dépêchée sur place ne confirme pas l’identification, un test ADN est effectué : il ne s’agit pas de Xavier Dupont de Ligonnès ! Perquisitions, interrogatoires, harcèlement par les médias, la vie de G. J. a été bouleversé. Sa seule « faute » : avoir des empreintes digitales « proches » de celles de Dupont de Ligonnès. Mais comment les policiers ont-ils pu se tromper ? Les empreintes digitales permettent-elles vraiment une identification formelle ? Les preuves scientifiques sont au cœur des enquêtes depuis quelques années, mais sont-elles réellement infaillibles ?

Identification par empreintes digitales

En France, le principe d’identification par empreintes digitales est plutôt simple : les experts de la PTS doivent trouver 12 points caractéristiques concordants et aucun point caractéristique discordant entre deux empreintes ou traces papillaires (pour en savoir plus sur les empreintes et la dactylotechnie).

Comparaison des points caractéristiques entre deux empreintes.

Que s’est-il passé ce 11 octobre ?

Il faut savoir que le Royaume-Uni n’a pas les mêmes protocoles pour l’identification des traces ou empreintes papillaires, ils ont une approche holistique se basant sur l’expérience de l’expert, s’affranchissant de standard numérique. Ils n’ont pas besoin d’avoir 12 points concordants, s’ils estiment que ces points caractéristiques sont assez particuliers et discriminants ils peuvent procéder à une identification. Cette approche n’est en aucun cas une mauvaise approche et il faut savoir que d’autres fausses identifications ont déjà été commises avec le standard de 12 points (on peut par exemple citer l’affaire Mayfield). En revanche, cette approche requiert une méthodologie rigoureuse et des experts compétents et parfaitement formés, ce qui a pu faire défaut dans ce cas. De plus, les policiers Écossais n’auraient pas avancé une identification formelle, une fuite vers les médias a provoqué l’un des plus gros quiproquo de cette fin d’année 2019.

Les preuves scientifiques sont-elles infaillibles ?

Tout dépend finalement du type de preuve, à savoir que les preuves scientifiques sont soumises à des probabilités. Lorsqu’un personnel de police scientifique détecte une trace, celle-ci est relevée et analysée afin de tenter de la relier à sa source. Par exemple, est-ce que le verre retrouvé provient de cette vitre? Est-ce que cette trace palmaire a été laissé par cet individu? Pour répondre formellement à cette dernière question, et pouvoir conclure avec une probabilité proche de 100% il faudrait pouvoir tester l’intégralité de la population, ce qui est techniquement impossible.

Pour détecter, récolter et présenter la preuve scientifique de la meilleure façon possible, les scientifiques s’appuient aujourd’hui sur des protocoles rigoureux dans un environnement maîtrisé (laboratoires et personnels accrédités COFRAC par exemple). Pour présenter la preuve devant le jury, les scientifiques utilisent un modèle probabiliste rigoureux appelé «modèle Bayesien». Ainsi, bien que très puissante parfois, la preuve scientifique ne permettra pas d’identifier un individu à 100 %. En revanche elle viendra renforcer les hypothèses en expliquant qu’il est 1 milliard de fois plus probable d’observer cette trace si cet individu l’a laissé plutôt qu’un autre individu. Cette conclusion aura quand même son petit effet !

Certaines preuves matérielles sont donc beaucoup plus « sûres » que d’autres.

Prenons l’exemple des États-Unis, de nombreuses associations se battent pour exonérer les innocents emprisonnés, l’exonération passe souvent par une revue des preuves scientifiques et par des analyses ADN qui n’avaient pas pu être effectuées au moment des faits (l’analyse ADN est une avancée récente datant d’une 30aine d’années seulement). Les chiffres avancés par des associations comme Innocence Project place la preuve scientifique en 2ème position comme motif d’emprisonnement erroné.

Pourcentage de cas exonérés en fonction de la cause responsable de cet emprisonnement

La plupart des cas reposent sur des techniques et méthodes qui étaient acceptées au moment des faits mais qui depuis ont montré leurs limites comme notamment la comparaison des cheveux au microscope, cette technique longtemps admise et utilisée de l’autre côté de l’Atlantique n’est en réalité pas du tout discriminatoire. En effet, en 2015 le FBI a pu prouver que le cheveu d’un mis en cause pouvait « matcher » dans 95% des cas, rendant la technique complètement inefficace et non discriminatoire.

Titre du Washington Post du 18 avril 2015 « Le FBI admet l’existence de failles dans la technique d’analyse des cheveux utilisées depuis des décennies »

D’autres techniques ont également été abandonnées ou réévaluées (liste non exhaustive):

  • la sérologie (analyse du groupe sanguin) : technique pas assez discriminatoire vu le peu de groupes sanguins différents.
  • la recherche des causes et conséquences d’un incendie: de nombreux éléments comme la peau de crocodile, le verre craquelé étaient considérés comme des éléments issus d’un feu intentionnel, or ces éléments peuvent être observés lors d’un feu accidentel également.
  • les traces de morsures : la comparaison de traces de morsures est toujours une technique utilisée mais avec beaucoup plus de précautions au vu des erreurs commises dans le passé.

Ces techniques largement utilisées auparavant ont prouvé leurs limites lorsqu’en appel les mis en cause furent exonérés grâce, dans la plupart des cas, à des analyses ADN.

Le cas de l’ADN

L’ADN est présentée de nos jours comme « reine des preuves » du fait de son haut pouvoir discriminant. En effet, la probabilité d’une correspondance fortuite (identifier une personne alors que ce n’est pas elle) est très faible avec les protocoles mis en place actuellement. Plaçant l’ADN comme preuve favorite des enquêteurs et magistrats. Les quelques exceptions : jumeaux homozygotes qui ont le même profil génétique, les cas de chimérisme suite à un don de moelle osseuse, n’ont pas réussi à entacher la réputation de LA preuve scientifique par excellence. Invisible, présente quasi systématiquement, elle est le cauchemar des criminels et l’allié des cold cases. L’ADN n’est cependant pas infaillible : ADN partiel, mal prélevé, mal conservé, des protocoles stricts permettent d’éviter les dérives de la star des procès.

Un profil ADN

Tirons comme leçon que les preuves scientifiques sont des outils puissants des enquêtes et des poursuites pénales mais qu’elles doivent être utilisées avec prudence et rigueur. Ces indices sont là pour orienter, aider les enquêteurs, c’est à l’humain de faire la part des choses et de conclure à la pertinence ou non d’un indice.

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La morphoanalyse des traces de sang

Vous est-il déjà arrivé de regarder une série ou un film policier où les acteurs interviennent sur une scène de crime ? Au milieu des techniciens de police scientifique habillés en blanc, armés de leurs pinceaux et écouvillons, vous remarquez quelque chose d’étrange : une série de ficelles rouges qui courent du sol, du mur, de la table et du canapé pour se rencontrer au même point.

Ces ficelles sont simplement un outil pour aider les experts à tirer des conclusions à partir d’une substance qui se trouve souvent sur les scènes de crime : le sang.

Le sang est un élément primordial sur une scène, il permet d’établir un profil génétique mais pas seulement : où le sang atterrit, comment il atterrit, sa consistance, la taille et la forme de ses gouttelettes ou éclaboussures, peuvent révéler de nombreux aspects importants du crime. L’étude de ces données s’appelle la morphoanalyse des traces de sang.

Mais qu’est-ce que la morphonanalyse ? En quoi cela consiste ?

Dexter Morgan le serial killer de la série américaine du même nom. En plus de son rôle d’antihéro sociopathe, Dexter travaille pour la police de Miami comme analyste en morphoanalyse de trace de sang.

 

La morphoanalyse des traces de sang

Cette discipline est fondée sur l’observation et l’analyse des caractéristiques des traces de sang (taille, forme, dispersion) et leur relation avec la scène. Elle permet ainsi de déterminer les événements sanglants à l’origine de ces traces, et parfois d’établir un scénario permettant de comprendre le déroulement des faits.

 

Les propriétés du sang

Pour comprendre comment les analystes interprètent les taches de sang, il faut d’abord comprendre les propriétés de base du sang.

Le sang contient à la fois du liquide (plasma et sérum) et des solides (globules rouges, globules blancs, plaquettes et protéines). A l’intérieur du corps le sang navigue à l’état liquide : lorsqu’une personne se blesse, se coupe, le sang sort du corps à l’état liquide ; cependant il ne reste pas longtemps sous cette forme. Généralement le sang commence à coaguler en quelques minutes, formant une substance rougeâtre sombre et brillante qui se solidifie au cours du temps.

Le sang peut quitter le corps de différentes manières, selon le type de blessure infligée. Il peut s’écouler, être pulvérisé, gicler, jaillir ou simplement suinter des blessures.

 

Les différents types de traces

Nous pouvons classer les traces de sang en trois types principaux : les traces passives, les traces transférées et les traces projetées ou d’impact.

Les traces passives comprennent les gouttes, les écoulements et les flaques, et résultent généralement de l’action de la gravité sur le fluide sanguin.

Des traces de sang passives

Les traces transférées résultent d’objets entrant en contact avec des traces de sang existantes, comme une trace de main sanglante ou la trace d’un corps traîné.

Une trace de sang transférée

Les traces d’impact résultent de la projection de sang dans l’air et sont généralement considérées comme des éclaboussures.

Une trace de sang projetée

Après une analyse approfondie par l’expert, les traces de sang peuvent fournir des indices importants sur les faits, tels que :

  • Le type d’arme utilisée
  • La vitesse de projection du sang
  • Le nombre de coups
  • La position et mouvements de la victime et de l’agresseur pendant et après l’attaque
  • Quelles blessures ont été infligées en premier
  • Le type de blessures
  • Depuis combien de temps le crime a eu lieu
  • Si la mort a été immédiate ou retardée

 

Comment déterminer le point d’origine de l’impact ?

Lors de son analyse, l’expert s’appuie sur trois principaux éléments interdépendants : la taille, la forme et la répartition des traces de sang. La partie la plus frappante du processus, et donc celle qui figure le plus dans des séries comme « Dexter », est la technique du cordage. Cette technique ne peut avoir lieu seulement après que les experts aient analysé certains aspects des traces de sang.

1)    Le sens de projection

Les experts peuvent déterminer le sens de projection d’une éclaboussure en étudiant sa forme : le point d’impact de la goutte aura une forme arrondie tandis que la partie la plus éloignée sera déformée et irrégulière. La trace de sang aura donc une forme d’ellipse plus allongée dans la direction opposée à la source.

Une trace en forme d’ellipse

2)    Détermination de la zone de convergence

Si un certain nombre de traces de sang rayonnent vers l’extérieur, les analystes vont pouvoir tracer des lignes le long de ces éclaboussures jusqu’à une zone de convergence (point où plusieurs lignes se rencontrent).

Détermination du point de convergence

Mais cela ne donne qu’un espace en deux dimensions. Pour déterminer le point d’origine de l’impact, les analystes doivent également calculer à quelle distance au-dessus du sol se trouve la zone d’origine.

3)    Détermination de la zone d’origine

La zone d’origine correspond à la zone où l’impact a eu lieu dans l’espace. Pour déterminer cela, l’expert doit calculer l’angle d’impact.

Les gouttes de sang qui tombent à l’aplomb d’une surface font des taches rondes, le diamètre de la trace augmentant avec la hauteur de chute.

Par contre lorsque qu’une goutte de sang tombe sur une surface avec un certain angle, nous avons vu précédemment que la trace formée par cette goutte aura tendance à faire une marque allongée, en forme d’ellipse.

L’expert mesure chaque trace de sang et détermine l’angle d’impact grâce à une formule mathématique.

Un expert calcule l’angle d’impact d’après la largeur et la longueur d’une trace de sang

Une fois que les experts connaissent ces angles, ils peuvent commencer à placer des ficelles depuis les bords arrières des taches de sang, aux angles appropriés afin de trouver la fameuse zone d’origine de l’impact et ainsi mieux comprendre le déroulement des faits.

Les experts mettent en place les ficelles avec l’angle d’impact approprié.

 

Comme vous pouvez le constater, la morphonanalyse des traces de sang n’est pas aussi simple que Dexter Morgan le fait apparaître. Les experts dans le domaine disent d’ailleurs qu’il s’agit autant d’un art que d’une science. Bien que les aspects importants de la matière soient étayés par la recherche, les experts doivent veiller à ne pas dépasser les limites. Si l’acte violent implique plusieurs victimes et plusieurs agresseurs, le défi devient encore plus complexe, mais un analyste bien formé et expérimenté peut fournir des informations clés afin de comprendre l’action.

De plus en plus, les experts profitent de programmes informatiques qui leur permettent de stocker des données de projections, de calculer des valeurs telles que l’angle d’impact et d’afficher des informations dans des rendus 3D.

L’université d’Aix-Marseille en partenariat avec le CNRS a même développé une application pour smartphone et tablette permettant de dater une trace de sang à partir d’une photographie.

Les fabricants de logiciels espèrent pouvoir à terme numériser des scènes de crime avec des lasers ou automatiser l’analyse d’images numériques, mais de nombreux obstacles subsistent encore.

 

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Ouverture d’un recrutement d’ASPTS pour 2020

Comme chaque année le recrutement d’ASPTS vient de s’ouvrir officiellement par arrêté que vous pouvez retrouver ci-dessous. Pour s’inscrire ou pour connaître le nombre de postes proposés, il faudra patienter un peu !

Arrêté du 17 février 2020 autorisant au titre de l’année 2020 l’ouverture d’un recrutement d’agents spécialisés de police technique et scientifique de la police nationale

Par arrêté du ministre de l’intérieur en date du 17 février 2020 est autorisée au titre de l’année 2020, l’ouverture de concours externe et interne pour le recrutement d’agents spécialisés de police technique et scientifique de la police nationale.
Le nombre de postes offerts aux concours externe et interne sera fixé par un arrêté ministériel ultérieur.
Les postes ouverts au titre des emplois réservés et des travailleurs handicapés seront fixés par un arrêté ministériel ultérieur.
Ces concours sont ouverts, pour la session 2020, dans les secrétariats généraux pour l’administration du ministère de l’intérieur (SGAMI) et dans les secrétariats généraux pour l’administration de la police (SGAP) suivants :

– SGAMI Est ;
– SGAMI Nord ;
– SGAMI Ouest ;
– SGAMI Sud ;
– SGAMI Sud-Est ;
– SGAMI Sud-Ouest ;
– SGAMI de la zone de défense et de sécurité de Paris ;
– SGAP de la Guadeloupe ;
– SGAP de la Martinique ;
– SGAP de Mayotte.

Pour chaque recrutement, la date de clôture des inscriptions, la date des épreuves et la composition du jury feront l’objet d’arrêtés pris par les autorités responsables de l’organisation de ces recrutements. Voir la publication ici.

La police scientifique en grève

« Mon métier n’est pas dangereux pourtant j’ai un gilet par balle… »

Cette phrase résume bien le profond malaise des policiers scientifiques qui ont les contraintes mais pas les avantages du métier de policier. Aujourd’hui, près de 500 personnels de police scientifique défilent dans les rues de Paris, soit environ 20% des effectifs, une manifestation sans précédent pour la profession.

« Une police unie, un statut unique »

Les personnels de police scientifique réclament unanimement un statut adapté à leurs missions. Les policiers scientifiques ont en effet un statut de « sédentaire » c’est à dire un statut calqué sur des personnels travaillant dans des bureaux. Pourtant une grande partie de leurs missions sont des missions opérationnelles : signalisation des gardés à vue, constations sur toutes scènes d’infractions, sur des crimes ou suite à des catastrophes de masse (attentats, crash, etc).

« Je n’ai été qu’une seule fois au bataclan et ce n’était pas pour un concert »

La police scientifique moderne n’a plus rien à voir avec la police scientifique d’il y a 30 ans. De nombreux personnels sont disponibles 24h/24 pour des missions de terrain mais ces policiers restent à part, avec une pénibilité non reconnue.

« 351 heures supplémentaires, 52 assistances à autopsies, 96 cadavres découverts, 3 nuits blanches par semaine d’astreinte, 184 missions opérationnelles… et tu me proposes la retraite à 64 ans ? Les calculs sont pas bons Christophe… »

En 2014-2015, une révision du statut avait pourtant été envisagée mais celle-ci n’a jamais vu le jour. Début décembre 2019, le Directeur Général de la Police Nationale Eric MORVAN expliquait que «sans police scientifique, il n’ y aurait pas de police moderne, et à la limite pas de police du tout». Malgré ce constat, la reconnaissance statutaire n’est pas encore à l’ordre du jour et les personnels de police scientifique se sentent délaissés. Le 12 décembre 2019, Christophe CASTANER et Jean-Paul DELEVOYE recevaient ainsi les organisations syndicales des corps actifs alors que les syndicats de police scientifique n’étaient pas conviés. «Le ministère ne semble toujours pas saisir la réalité de notre quotidien, on nous considère comme du personnel administratif, comme un bibliothécaire», explique Jonathan un fonctionnaire de la PTS de Versailles.

« Je suis un flic pour la population, je suis un sale flic pour les criminels, je suis un sous flic pour l’état, qui suis-je ? »

« Nous aussi on est des flics »: expliquent plusieurs fonctionnaires de la police technique et scientifique qui ont manifesté ce mercredi à Paris en blouse blanche et gants bleus.

« Nous voulons que la dangerosité et la pénibilité de notre travail soient reconnues », explique Soazig Henrio, membre du Syndicat national indépendant des personnels administratifs techniques et scientifiques (SNIPAT). Le syndicat a lancé depuis le 23 décembre 2019 un mouvement de grève reconductible inédit.

Après les manifestations du jeudi 09 janvier 2020 dans de nombreuses villes de France et celles de Lyon le samedi 11 janvier, les policiers techniques et scientifiques ont manifesté dans la capitale, de l’Assemblée nationale jusqu’à la place Saint-Augustin en chantant «Les experts en colère, on n’est pas des sédentaires » ou «Castaner t’es foutu, tes experts sont dans la rue».

La manifestation à Paris en images :

 

Un article de Didier PORTE © www.police-scientifique.com – tous droits réservés

 

 

 

 

Résultat du concours de photographie « Police Scientifique »

Merci et bravo à tous les participants du concours de photographie police scientifique qui est venu fêter l’arrivée du nouveau compte instagram du site police-scientifique.com. Vous avez été nombreux à y participer avec énormément de créativité. Mais il a bien fallu faire une sélection pour déterminer les photographies gagnantes, nous vous les présentons dans cet article.

Prix du jury

Le jury composé de deux photographes professionnels et un policier scientifique (Jeff Guiot, Romain Champalaune et Arnaud Prat) ont pu voter pour les meilleures photographies au regard du thème : la lumière dans la police scientifique.

Thème au combien précieux pour les policiers scientifiques qui utilisent la lumière naturelle ou artificielle pour détecter les traces et indices sur le terrain. En savoir plus sur la photographie dans la police scientifique.

Photo gagnante : Photographe en intervention nocturne de Isaura SCARLETT qui remporte un appareil photographique Reflex D3500 avec objectif 18-55, sacoche et carte SD 16Go. Félicitations !!

© www.police-scientifique.com

Deuxième prix : Reflet du travail de la police technique et scientifique d’Emilie DESMAISONS qui remporte un sac DIMATEX BRACO offert par la société MD-TECH. Bravo !

© www.police-scientifique.com

Bravo aussi aux 2 photographies photographies respectives de @nevaa20 et Laure LAUNES qui sont juste après au classement :

© www.police-scientifique.com

Prix du public et tirage au sort

Elodie TOUZET qui s’est abonnée à notre compte instagram @site.police.scientifique recevra le livre « police scientifique : les experts au cœur de la scène de crime« , bravo à elle.

Les photographies d’une part de Cyril RUCHET (uninstants.v.p) et d’autre part d’Aurore W. et Rodolphe Tillay (princessoursa) ont eu le plus grand nombre de « like » sur Instagram, ils remportent les lots pour le prix du Jury (livre et mug police scientifique).

Bravo aux autres photographes qui n’ont pas démérité pour autant, nous retiendrons particulièrement les photographies suivantes :

Concours de photographie « Police Scientifique »

Le site police-scientifique.com organise son premier concours de photographie avec de nombreux lots à gagner dont un appareil photographique Reflex Nikon ! Vous n’êtes pas photographe ? Vous pouvez aussi participer au tirage au sort en vous abonnant à notre nouveau compte instagram et peut-être gagner un livre « police scientifique les experts au cœur de la scène de crime ».

Concours photo instagram « police scientifique »

Les participants devront réaliser un cliché en lien avec la police scientifique ou un domaine la composant. Traces de semelles photographiées en lumière rasante, traces luminescentes, scènes de crime nocturnes ou recherches de traces au crépuscule, jeu d’ombres et de lumières mettant en évidence des indices, rubalise « zone interdite » devant une scène de crime, fibres colorées, traces papillaires, il faut trouver un bon sujet et laisser sa  créativité faire le reste. Le thème du concours est vaste mais précieux dans la police scientifique : la lumière.

Cinq photos seront récompensées dans deux catégories distinctes, le prix du jury (décerné par deux photographes professionnels et un personnel de police scientifique) et le prix du public. Il est possible de jouer dans les deux catégories mais avec des photographies différentes.

Concours de photographie « police scientifique » : les lots à gagner

Le prix du jury, deux lauréats :

1er lauréat – Un appareil photographique Reflex Nikon D3500 avec objectif 18-55mm 3.5-5.6G VR, une sacoche et une carte SD 16Go (soit un lot d’une valeur de 538€TTC) un appareil que l’on trouve chez photo-univers.fr avec 3 ans de garantie

2ème lauréat – Un sac à dos DIMATEX BRACO (valeur 157€TTC) fourni par la société de produits de police scientifique MD-TECH incontournable dans les produits spécialisés de PTS.

Le prix du public, deux lauréats :

1er- Un livre dédicacé « Police scientifique : les experts au cœur de la scène de crime » (valeur 24,95€TTC)

2ème- Un mug Police scientifique cyano (valeur 16€TTC)

Le tirage au sort, un gagnant :

Un livre « Police scientifique : les experts au cœur de la scène de crime » (valeur 24,95€TTC)

Concours photo « police scientifique » : comment participer ?

Pour participer deux options :

Option 1, abonnez-vous à notre compte instagram publiez une à trois photographies (maximum) légendée(s) sur votre compte en identifiant notre compte @site.police.scientifique et en rajoutant dans votre description les mots #ConcoursPhotoPTS et #policescientifique.com.

Option 2, envoyez 1 photographie à l’adresse mail concours@police-scientifique.com avec une courte description de la photographie (exemple : trace de semelle ensanglanté, trace papillaire sous lumière diffuse…). La photographie devra être au format JPEG.

Aussi, un tirage au sort désignera un gagnant parmi les nouveaux abonnés instagram.

Les photographies publiées (ou envoyée par mail) seront soumises au jury qui attribuera le « prix du Jury » (cf. présentes conditions générales)

Concours photo police scientifique : quand jouer ?

La ou les photographies devront être envoyées ou postées avant le 13 décembre 2019. Les résultats seront publiés le 20 décembre 2019.

Conditions de participation et du concours photo « police scientifique » 2019

  • Être majeur
  • Résider en France métropolitaine
  • Si participation via Instagram, avoir un compte instagram public et s’abonner au compte @site.police.scientifique, ajouter les hashtags : #police-scientifique.com et #ConcoursPhotoPTS et identifier le compte @site.police.scientifique (faire un tag) pour que nous visualisons votre photo et comptabilisons votre participation.
  • Si participation par mail, une seule photographie légendée acceptée par participant qui devra indiquer dans le mail son nom et prénom. Les photos transmises au Jury seront anonymisées.

Il ne vous reste plus qu’à attendre le 20 décembre 2019 pour savoir si vous êtes le gagnant du #ConcoursPhotoPTS.

Conditions générales et règlement du concours photo « police scientifique » 2019

Le participant doit être titulaire des droits d’exploitation de la photographie qu’il soumet au concours. La photographie réalisée doit être une création personnelle du participant, qui certifie être l’auteur de la photographie soumise, garantit son originalité et garantit avoir obtenu préalablement l’autorisation écrite des personnes identifiables.

Toute participation considérée comme dangereuse, vulgaire, offensante, indécente, illégale, raciste, copiée, cruelle ou frauduleuse, ou qui enfreint les droits ou le copyright d’autrui sera immédiatement disqualifiée.

Le concours est ouvert aux personnes majeures et aux résidents Français uniquement.

Les participants au concours ont pris connaissance et accepté les présentes conditions générales.

Diplômes universitaires de : Criminalistique et Analyse de documents

Nouveau DU de Criminalistique 

©Guillaume Cote/PJGN

Ouverture d’un nouveau DU en criminalistique à l’Université de Cergy-Pontoise . Cette formation est construite en partenariat avec le Pôle Judiciaire de la Gendarmerie Nationale (PJGN), pôle d’expertise dédié à la criminalistique et à l’intelligence judiciaire.

Les matières abordées dans ce DU criminalistique constituent un socle de connaissances indispensables à celui ou à celle qui souhaite mieux connaître les techniques destinées à établir une preuve dans une enquête.

Publics concernés

Cette formation est destinée à un large public :

  • Médecins, dentistes et professionnels du secteur médical ou paramédical ;
  • Avocats, magistrats et plus largement personnes évoluant dans le secteur de la justice ;
  • Journalistes ; détectives-privés ; commissaires-priseurs ; notaires ;
  • Personnels ou agents évoluant dans les secteurs bancaires, de l’assurance, de l’administration fiscale ;
  • Personnels d’entreprises ou d’administrations évoluant dans le secteur de la sûreté, de la sécurité et de la défense ;
  • Gendarmes, policiers (non spécialistes en criminalistique) .
  • Toute personne intéressée par la criminalistique.

Objectif et intervenants

Le DU criminalistique a pour ambition de permettre aux apprenants d’acquérir des connaissances pratiques dans le domaine des sciences forensiques. Elle permet de se documenter sur l’étude des indices, leurs interprétations scientifiques et leurs forces probantes.

La majeure partie des intervenants de cette formation seront des intervenants du PJGN et des enseignants chercheurs de l’université de Cergy-Pontoise. Les cours auront lieu dans les locaux du PJGN : 5 boulevard de l’Hautil  à Cergy-Pontoise (RER Cergy-Préfecture).

Les enseignements dispensés seront complétés par la visite de laboratoires de recherche universitaire ainsi que par une visite de l’IRCGN (Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale).

« L’ADN, les traces, la balistique, l’accidentologie n’auront plus de secret pour vous »

Le programme

Module 1 : La criminalistique appliquée à l’identification humaine

– Historique de la PTS
– L’importance de la médecine légale

Module 2 : La criminalistique de la scène de crime à l’expertise en laboratoire

– L’utilisation de l’ADN dans l’enquête
– Les traces : papillaires, semelles et autres
– Les apports de la balistique

Module 3 : La criminalistique et les sciences

– L’accidentologie
– Le faux et les documents
– La preuve numérique

Module 4 : La criminalistique et l’enquête

– L’utilisation des données pour élaborer une information
– L’assurance qualité : le gage de la traçabilité

Module 5 : Les enjeux de la criminalistique

– Le travail interdisciplinaire
– Les enjeux

© Guillaume Cote/PJGN

Conditions et modalités d’inscriptions :

  • Bac +2 minimum ou équivalent
  • 100h de formation en présentiel
  • 5 sessions de 3 jours par mois
  • Contrôle continu

Calendrier

Ce DU ouvrira en janvier 2020 (si les conditions d’effectif minimum sont respectées).

Session 1 : 27 au 29/01/2020
Session 2 : 24 au 26/02/2020
Session 3 : 23 au 25/03/2020
Session 4 : 27 au 29/04/2020
Session 5 : 03 au 05/06/2020

Tarif : 3400€

Contacts

Sfia.cherubin-jeannette@u-cergy.fr
stephanie.lemarec@u-cergy.fr
Formation.continue@ml.u-cergy.fr

Lien vers la page: https://www.u-cergy.fr/fr/formation-continue/diplomes-universitaires-specifiques/du-criminalistique.html

DU Analyse de documents

© Guillaume Cote/PJGN

2ème promotion du DU Analyse de document, également proposé par l’Université de Cergy-Pontoise et en partenariat avec le Pôle Judiciaire de la Gendarmerie Nationale (PJGN).

Articulé autour d’un tronc commun et de deux parcours différents (comparaisons d’écritures et fraude documentaire), le DU Analyse de Documents permet d’acquérir les connaissances théoriques et pratiques de base en analyse de documents. A l’issue des six mois de formation,  les stagiaires sont en mesure de répondre aux questions relatives à l’émission et à l’usage d’un document : A quoi ai-je affaire? Quels moyens ont été utilisés? Qui en est l’auteur ?

A l’heure actuelle, c’est le seul diplôme universitaire français qui prépare aux métiers de la comparaison d’écritures ou de la fraude documentaire. Ce diplôme répond à un besoin bien identifié dans nos sociétés contemporaines, où les faux constituent un fléau pour l’administration française, mais aussi pour les banques, les assurances, les notaires etc.

Publics concernés

Cette formation est composée de deux parcours et d’un tronc commun. Chaque stagiaire sera affecté à un seul et unique parcours, soit le parcours fraude documentaire soit le parcours comparaison d’écritures, après validation par le jury d’admission.

Le parcours « comparaison d’écritures » est ouvert à toute personne qui souhaite se former et se spécialiser dans la comparaison d’écritures. La promotion peut compter des étudiants, des salariés en formation continue, des demandeurs d’emploi, des personnes en reconversion professionnelle par exemple. Les profils pouvant prétendre à l’entrée en formation sont très variés : avocats, notaires, commissaires-priseurs, banquiers, assureurs, graphologues, experts en documents anciens, autographes,  candidats à une inscription sur une liste de cour d’appel, enquêteurs privés etc.

Le parcours « fraude documentaire », est destiné prioritairement aux militaires de la gendarmerie nationale appelés à exercer la fonction particulière d’Enquêteur Fraude Documentaire (EFD), peut également admettre un public issu d’autres administrations, après validation de leur candidature par le jury d’admission.

Objectifs et compétences visées

Le DU « Analyse de documents » a pour ambition, d’une part de former de futurs spécialistes capables d’accompagner les administrations publiques et les entités privées engagés dans la lutte contre la fraude documentaire (Justice, Police, administration fiscale, banque, assurance, cabinet de notaire, avocat, détective privé, commissaire-priseur…).

Pour l’équipe pédagogique, composée d’universitaires et de gendarmes, il s’agit de donner un socle commun de connaissances relatives à la conception d’un document et à l’interprétation des données observées. Au cours de ce cursus, les stagiaires apprennent à détecter et à capter les éléments constitutifs d’une fraude mettant en œuvre des documents.

D’autre part, le domaine d’expertise en comparaison d’écritures exige une homogénéisation du niveau de compétences à l’échelle de la France et même de l’Europe. La pratique de l’analyse de documents doit recourir à des méthodes plus fiables et reconnues de tous.

 

Programme de la formation

Le DU s’articule autour d’un tronc commun qui sera suivi par tous les stagiaires et de deux parcours au choix : comparaison d’écritures ou fraude documentaire.

pr 

 

Conditions et modalités d’inscriptions :

  • Le parcours « comparaison d’écritures » est ouvert aux candidtas possédant un Bac +2 minimum ou équivalent. Il serait souhaitable que les candidats soient en mesure de lire des textes en anglais. Certaines lectures techniques seront conseillées telle que « Huber & Headrick’s Handwriting Identification » ; H.H. Harralson & L.S. Miller ; crc press 2018 ISBN 978-1-4987-5130-8.
  • Le parcours « fraude documentaire » est ouvert aux candidtas possédant un Bac +2 minimum ou équivalent. Le recrutement est interne aux institutions étatiques.

Une présélection est faite sur dossier de candidature.

Entretien avec le/les responsables de la formation.

 

Informations clés :

  • Volume de 175h de formation
    • Tronc commun : 67h
    • Parcours : 108h
    • Examen : 8h
  • 1 semaine par mois de janvier à juin
  • Les cours auront lieu dans les locaux du PJGN sis, 5 boulevard de l’Hautil  à Cergy-Pontoise, Ainsi que dans les locaux de l’UCP : 33 boulevard du Port, 95011 Cergy-Pontoise

 

Calendrier parcours « comparaison d’écriture »

Session 1 : 13 au 17/01/2020
Session 2 : 03 au 07/02/2020
Session 3 : 02 au 04/03/2020
Session 4 : 30/03 au 01/04/2020
Session 5 : 20 au 22/04/2020
Session 6 : 11 au 13/05/2020
Session 7 : 08 au 10/06/2020
Examen : 01 et 02/07/2020

Calendrier parcours « fraude documentaire »

Session 1 : 13 au 17/01/2020
Session 2 : 03 au 07/02/2020
Session 3 : 02 au 06/03/2020
Session 4 : 30/03 au 03/04/2020
Session 5 : 08 au 12/06/2020
Examen : 01 et 02/07/2020

 

Inscriptions et contact

sfia.cherubin-jeannette@u-cergy.fr
formation.continue@ml.u-cergy.fr
Téléphone : 01 34 25 63 03

Lien vers le site: https://www.u-cergy.fr/fr/formation-continue/diplomes-universitaires-specifiques/du-analyse-de-documents.html

Revue littéraire: La science à la poursuite du crime de Pierre Piazza et Richard Marlet

Pierre Piazza et Richard Marlet vous proposent de plonger au cœur de l’histoire de la police scientifique en France grâce à cet ouvrage passionnant et remarquablement illustré. Découvrez ainsi le travail de nos experts depuis Alphonse Bertillon jusqu’à aujourd’hui.

La police scientifique connait ses balbutiements aux débuts des années 1880 grâce à Alphonse Bertillon qui pose les fondements d’une nouvelle logique policière : l’exploitation d’indices matériels pour résoudre des enquêtes. Il mettra en place, entre autres, l’anthropométrie judiciaire pour identifier les récidivistes ; la photographie métrique pour l’exploitation des scènes de crimes ; et bien que réfractaire à l’utilisation des empreintes digitales dans un premier temps, il prend soin de ne pas occulter totalement cette technique en relevant les empreintes digitales de la main droite des malfaiteurs dès 1896. L’histoire retiendra même qu’il est le premier à identifier un auteur par dactylotechnie en France (la première identification dans le monde est celle réalisée par Juan Vucetich dans l’affaire Francisca Rojas).

D’une rigueur sans précédent Alphonse Bertillon permettra la naissance de l’identité judiciaire en France, discipline qui ne fait que se perfectionner depuis.

Ce très beau livre comporte plus de 900 visuels de la fin du XIXe jusqu’à aujourd’hui. Il illustre l’évolution de la PTS et des affaires qui l’ont marquée : les attentats anarchistes de la Belle Époque, le procès d’Alfred Dreyfus, l’affaire Grégory, les tueurs en série Thierry Paulin, Denis Waxin et Guy Georges, la petite martyre de l’A10…

Sous le regard croisé du maître de conférences en science politique et du policier spécialiste de la police technique et scientifique, l’ouvrage montre comment nos «hommes en blanc» ont peu à peu investi la scène de crime, et ont appris à faire parler la matière en observant au-delà du visible.

 

Les auteurs :

Richer Marlet, commissaire divisionnaire honoraire, fut le directeur de l’identité judicaire du 36, quai des Orfèvres de 1995 à 2005, faisant de lui le 13ème successeur d’Alphonse Bertillon. Il est également l’auteur des Experts entrent en scène.

Pierre Piazza est maître de conférences en science politique à l’université de Cergy-Pontoise (CESDIP/LEJEP/CLAMOR). Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles scientifiques consacrés aux documents d’identité, aux fichiers de police, à la biométrie, à la police technique et scientifique.

Commandez-le ici.

 

Autour du livre

Dans le cadre de la sortie du livre une exposition lui est consacrée. « La science à la poursuite du crime » sera exposé du 14 septembre 2019 au 18 janvier 2020 aux Archives Nationales, sur le site de Pierrefitte-sur-Seine. Pour en savoir plus : http://www.archives-nationales.culture.gouv.fr/parcours-de-l-exposition-la-science

 

 

Un article de Didier Porte pour © www.police-scientifique.com , tous droits réservés

Interview de Gilles REIX, auteur de « L’arme du crime »

Rencontre avec Gilles REIX co-auteur de « L’arme du crime » publié le 10 juillet aux éditions ESKA.

Bonjour M. REIX, pouvez-vous nous présenter brièvement votre parcours ?

Je suis entré dans la police en 1983 en tant que Gardien de la Paix. J’ai tout d’abord été affecté au commissariat de police de Saint-Cloud dans les Hauts-de-Seine, où j’ai été détaché rapidement dans l’équipe des inspecteurs de police. J’y suis resté une dizaine d’années et en 1994 j’ai demandé une affectation en Identité Judiciaire. C’était la période où ils commençaient à créer des SLPT (Service Local de Police Technique et Scientifique) en région Parisienne. Je ne savais pas trop ce que c’était réellement, mais ça m’attirait. J’ai donc été affecté dans le 92 à Nanterre puis à Chaville, en 2000 j’ai fait ma demande pour aller à l’IJ PP (ndlr service d’Identité Judiciaire de la Préfecture de Police de Paris), je voulais faire des affaires criminelles ! J’ai été affecté à la permanence judiciaire, on sortait sur les scènes de crimes et c’est à ce moment-là que j’ai rencontré Perrine (ndlr Perrine ROGIEZ-THUBERT co-auteur du livre). Perrine est capitaine de police, elle est responsable de section dactylotechnie et des groupes de nuit. Pour ma part, je suis resté à la permanence jusqu’en 2011 puis je suis passé au groupe des traceurs, je suis maintenant à l’État-Major du service.

Quel est le rôle de l’État-Major dans un service d’IJ?

A l’Etat-Major, on assiste les chefs : on s’occupe des statistiques, on gère le personnel. Nous sommes 180 au SRIJ (Service Régional d’Identité Judiciaire) de Paris, il y a plusieurs grosses sections. On doit gérer les sorties, en fait, toutes les demandes extérieures transitent par nous. On est un peu un couteau suisse. Le siège du SRIJ est maintenant au 36 rue du Bastion et on gère également les antennes qui sont à Nanterre, Bobigny et Créteil.

Pouvez-vous nous parler des différentes sections au sein du SRIJ de Paris ?

Il y la section dactylotechnie qui s’occupe de tout ce qui est empreinte digitale. Dans cette section il y a ceux qui sortent, qui vont sur le terrain pour s’occuper des recherches de traces papillaires ; il y a également le groupe qui s’occupe des examens chimiques qu’on appelle un plateau technique ; et enfin il y a le groupe des traceurs qui appartient à cette section. Le traceur c’est celui qui exploite les traces papillaires digitales et palmaires retrouvées sur les scènes d’infraction et qui les rentrent au FAED pour pouvoir les comparer à la collection d’individus déjà signalisés. En tout ils sont une quarantaine.

Il y a la section photos-plans, ils sortent également sur les scènes d’infraction et font les photos et les plans… Ils s’occupent également des portraits robots et ils assistent aux autopsies.

Il y a une 3ème section qui est la section dactyloscopie, le FAED. Ils intègrent toutes les fiches de signalisations qui leur parviennent des bases techniques, SLPT etc.. Ils font le contrôle qualité et les intègrent à la base de données du FAED.

La 4ème grosse section ce sont les traces technologiques. C’est tout ce qui est vidéo-téléphonie et le son mais c’est surtout la téléphonie. C’est une section qui a vraiment explosé au cours des 10 dernières années. Il y a vraiment beaucoup de téléphones saisis dans les affaires et qu’il faut exploiter au plus vite.

Il y a ensuite tout un tas de petits groupes : la logistique, le secrétariat, une unité de formation et communication etc…

Vous avez écrit l’arme du crime, un livre sorti cette année qui propose au lecteur de découvrir l’illustre carrière des instruments du crime. Pouvez-vous nous parler de votre livre ? Où avez-vous trouvé votre inspiration ?

En 2013 nous avons participé au 100ans de la police judiciaire, nous avions organisé des conférences et des interventions. A la suite de cet événement, Jacques PRADEL nous avait demandé de participer à son émission pour parler de la 1ère affaire résolue grâce aux traces papillaires: L’affaire Scheffer, où Bertillon a fait sa 1ère identification grâce aux traces papillaires. A la fin de l’émission, M. PRADEL nous a demandé si on avait un projet de livre et que si c’était le cas il nous recevrait à nouveau avec plaisir. Nous avons trouvé l’idée bonne mais quel sujet serait intéressant, un peu original, différent de ce qui a déjà été publié ? C’est à ce moment-là qu’on a pensé aux armes du crime. Au musée de la Police à Paris, comme à Lyon d’ailleurs, il y a des armes présentées dans des vitrines et simplement avec une petite description sur une étiquette. Mais on ne sait pas vraiment toute l’histoire qu’il peut y avoir derrière. On a eu l’idée de partir de ces armes et de reconstituer les histoires en fouillant les archives à notre disposition.  On a raconté ces histoires sous forme de petites nouvelles de quelques pages, il y en a une cinquantaine dans le livre. A la fin de chaque histoire on raconte comment la PTS contemporaine aurait pu traiter l’affaire. C’est ludique et abordable.

Est-ce que vous avez été amené a traité une affaire où une arme hors du commun avait été utilisée ?

Beaucoup de crimes ne sont pas préparés, l’auteur prend souvent ce qu’il trouve, ce qu’il a sous la main. C’est souvent des armes blanches ou des armes à feu. Une fois on a eu une arbalète, c’était plutôt original, on a aussi eu un lance-roquette. C’était sur une perquisition, mais cela reste exceptionnel. On a plus souvent des armes traditionnelles ou des armes de guerre surtout dans tout ce qui est règlement de compte. On a aussi eu des machettes, des coupe-coupes. Heureusement on n’a pas ça tous les jours non plus.

Avez-vous une anecdote à nous raconter, une affaire qui vous à marqué ?

On a eu une affaire où l’auteur a traité sa victime de façon très surprenante à mon sens. L’auteur connaissait très bien sa victime puisqu’il s’agissait de sa grand-mère. Il était schizophrène, il s’était rendu chez elle et l’avait tuée puis décapitée avec une arme blanche. Il avait ensuite mis la tête dans un sac poubelle, pour ne pas la voir, pour ne pas qu’elle le voit faire. C’était vraiment une mise en scène étrange. Le jeune auteur devait être placé quelques jours après dans un hôpital psychiatrique par ses parents…

Une autre histoire m’a vraiment marqué. Suite à un vol à la fausse qualité, je me déplace chez une personne âgée un soir assez tard. Rien n’avait été volé, on arrive, le petit vieillard était très gentil, on lui demande ce que les auteurs ont touché : « rien du tout ». Je lui demande alors s’il y a quelque chose qui lui tient à cœur, s’il ne veut pas vérifier que c’était toujours là. Il se précipite dans sa chambre et revient avec une petite boîte en bois mais sans aucune valeur, une petite boîte toute simple avec juste une rose gravée au-dessus. Je reste un peu perplexe et là il commence à m’expliquer pourquoi cette boîte lui tient tellement à cœur. Il s’assoit en face de moi et relève la manche de son bras gauche et je vois un numéro tatoué sur son avant-bras. Il était menuisier, de confession juive et avait été déporté dans un camp de concentration durant la seconde guerre mondiale. Il fabriquait ces boîtes qu’il échangeait contre du pain à des gardiens, c’est comme ça qu’il a réussi à survivre et à nourrir ses compagnons de chambrée. Je suis resté avec lui plus de 2h, à parler de sa vie. Je m’étais déplacé sur une affaire où il ne s’était finalement rien passé mais j’ai pris une leçon d’histoire et d’humanité qui m’a marqué à vie. Des fois les scènes les plus impressionnantes ne sont pas forcément les plus complexes et sanglantes, c’est aussi ça la beauté de notre métier, pouvoir rencontrer et découvrir des personnes et des lieux qu’on n’aurait jamais eu l’occasion de côtoyer.

Merci M. REIX pour le temps que vous nous avez accordé.

« L’arme du crime » propose au lecteur de découvrir l’illustre carrière des instruments du crime à travers une cinquantaine d’affaires criminelles historiques connues ou moins connues (de 1610 à 1946). Du couteau de Ravaillac à l’œilleton de Petiot, en passant par les recettes empoisonnées de la Brinvilliers. Le lecteur, immergé dans les scènes de crime racontées comme autant de petites nouvelles avec le jargon policier, suivra la piste de ces objets criminels insolites.

Commandez-le ici.

Une interview de ©www.police-scientifique.com – Tous droits réservés

L’intelligence artificielle au secours de la police

Nous sommes en 2019 et l’intelligence artificielle est de plus en plus présente dans notre quotidien : elle donne non seulement la parole à nos smartphones mais contrôle désormais nos équipements, gère notre fil d’actualité, cible nos publicités, contrôle automatiquement nos passeports, nous conduit, mais permet également de prédire les futurs crimes ! Vous rappelez-vous de Minority report ? Ce film avec Tom Cruise qui décrit un futur dystopique où les criminels sont arrêtés avant même de passer à l’acte ?! En 2002, date de sortie du film, ce scénario nous paraissait improbable et pourtant de plus en plus de service de police utilisent des logiciels de police prédictive basé sur l’intelligence artificielle.

Minority Report avec Tom Cruise
Minority Report, un film de Spielberg sorti en 2002

Qu’est-ce que la police prédictive ?

En théorie, la police prédictive se base sur l’exploitation des algorithmes d’apprentissage machine (machine learning) intégrant des modèles statistiques complexes. Ça parait compliqué comme ça mais plus simplement : il s’agit d’un logiciel permettant de traiter une grande quantité d’informations afin de déterminer où et quand de futurs crimes pourront se dérouler. Certains logiciels prévoient même de donner l’identité du futur auteur et de victimes potentielles.

Les premiers logiciels de police prédictive sont apparus aux États-Unis à la fin des années 90. Le logiciel le plus rependu s’appelle Predpol. Cet outil identifie les zones à risque (hotspot), lieu où le crime a le plus de risque de survenir suivant le modèle statistique utilisé en sismologie. Ce service a convaincu plusieurs dizaines de villes aux États-Unis. Le logiciel compile les données des procès-verbaux, des suivis d’arrestations mais aussi des appels au 911 (le 17 américain). Puis le logiciel va mettre en avant les endroits où les crimes sont susceptibles de se passer afin de « prédire » les lieux à surveiller en priorité. Predpol se concentre sur des lieux et non sur des personnes. Les types d’infractions concernées sont les cambriolages, les vols de voitures et les vols dans les lieux publics.

Captures d’écran du logiciel Predpol : sur la carte de gauche sont encadrés les « hotspots », le tableau de droite compile les informations sous forme de tableaux statistiques.
Captures d’écran du logiciel Predpol : sur la carte de gauche sont encadrés les « hotspots », le tableau de droite compile les informations sous forme de tableaux statistiques.

Twitter, Instagram, Facebook deviennent les nouveaux alliés de la police scientifique.

Détection des futurs criminels

Des logiciels permettent en effet de prédire qui va potentiellement commettre un crime ou être victime d’un tel acte. L’un des plus connus aux États-Unis est l’outil prédictif utilisé à Chicago pour permettre d’identifier des auteurs potentiels d’infractions en se basant sur les casiers judiciaires mais aussi l’analyse de réseaux sociaux des individus. Twitter, Instagram, Facebook deviennent les nouveaux alliés de la police scientifique.

Cet outil, dénommé Strategic Subject List (SSL), est plus communément connu sous le nom de « Chicago Heat List ». Il permet d’établir la probabilité qu’un individu soit engagé dans une fusillade, comme victime ou auteur.

Encore plus proche de nous, nos voisins anglo-Saxons testent actuellement un algorithme de surveillance de masse à base d’intelligence artificielle. Le système, appelé le National Data Analytics Solution (NDAS), utilise une combinaison d’intelligence artificielle et de statistiques pour essayer de déterminer les risques qu’une personne commette un crime avec une arme (blanche ou à feu) ou tombe victime d’un tel acte.

Mais contrairement au film Minority Report, les polices de Chicago et du Royaume-Uni n’arrêtent pas les futurs auteurs potentiels mais offrent à ces derniers des moyens d’encadrement et de soutiens, afin d’éviter tout comportement criminel.

Ces logiciels très prometteurs ne peuvent actuellement pas être mis en place en France, le fait d’étudier des données à caractère personnel est strictement interdit dans notre pays, du fait du non-respect de la vie privée.

L’intelligence artificielle en France

En 2016, la gendarmerie a testé un logiciel appelé Predvol, il s’agissait d’un outil interne expérimenté dans l’Oise et qui avait pour but d’anticiper le vol de véhicules en fonction de la zone géographique. Le logiciel, en se basant sur des données statistiques des 5 dernières années, permettait de mettre en avant les zones à risques afin que les gendarmes puissent se concentrer sur ces zones.

Capture d’écran du logiciel Predvol
Capture d’écran du logiciel Predvol

Malheureusement l’expérimentation n’a pas été concluante, selon les testeurs les calculs ont tendance « à faire ressortir toujours les mêmes spots, les mêmes points chauds aux mêmes endroits ». Autrement dit, il n’apportait pas d’information supplémentaire. Au vu du bilan, cet outil a finalement été abandonné, mais les gendarmes n’en sont pas restés là.

Depuis 2018 un autre logiciel d’analyse prédictive de la délinquance est utilisé en France : Paved. Il s’agit d’un logiciel crée par les gendarmes qui permet d’accéder à une carte de France avec des zones de chaleur correspondant à des cambriolages ou atteintes aux véhicules. Ce logiciel fonctionne avec des données de la police et de la gendarmerie, combinées avec des données socio-économiques (type INSEE). Toutes les données font l’objet d’une anonymisation afin de garantir la protection de la vie privée.

Les autres applications de l’intelligence artificielle

Au cours d’un discours début juin 2018, l’ancien ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a évoqué l’intelligence artificielle et son utilité pour les forces de l’ordre : « En matière d’exploitation des images et d’identification des personnes, on a encore une grande marge de progression. L’intelligence artificielle doit permettre, par exemple, de repérer dans la foule des individus au comportement bizarre ».

L’intelligence artificielle pourrait également permettre de traiter une large quantité de vidéos, par exemple, si on récupère vingt-quatre heures d’images de surveillance, il faudrait des centaines d’enquêteurs pour les visionner. Mais maintenant avec les progrès de l’intelligence artificielle, nous sommes capables d’identifier qu’il ne se passe rien sur telle séquence, et donc de la passer, ou encore de dire aux ordinateurs de reconnaître un visage.

L’institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) travaille sur plusieurs projets d’intelligence artificielle appliquée à la criminalistique, notamment vers tout ce qui est orienté image. In fine, l’intelligence artificielle permettrait de traiter les images, comparer les écritures, lire sur les lèvres et bien plus encore.

En Belgique, un logiciel d’analyse de renseignements criminels basé sur l’intelligence artificielle aide la police à résoudre ses enquêtes, en explorant, entre autres, des pistes sur lesquelles des agents de chair et d’os ne se seraient pas forcément aventurés, faute de temps, de moyens, d’impartialité… En Espagne un logiciel en phase de test permettrait de repérer les fausses plaintes.

Les possibilités d’exploitation de l’intelligence artificielle en matière de police semblent infinies.

Révolution ou invasion ?

En Europe et aux États-Unis nous sommes encore loin du scénario de Minority Report et ses arrestations préventives mais en Chine c’est déjà le cas. Depuis 2016, des arrestations préventives ont eu lieu sur la base de prédiction établie par des logiciels exploitant les big data (mégadonnées). Le gouvernement chinois exploite, entre autres, les images des vidéosurveillances avec reconnaissance faciale, les mouvements bancaires, les données de santé, les connexions WiFi.

De quoi s’interroger sur les problématiques de l’intelligence artificielle quant au respect de la vie privée…

La reconnaissance faciale en Chine
Image d’un centre de contrôle lors d’une exposition en Chine. Les visiteurs sont filmés par des caméras de sécurité intégrant la reconnaissance faciale.

 

Un article de Didier Porte pour © www.police-scientifique.com , tous droits réservés

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