Prélèvement d’ADN : tout ce que la police peut savoir sur vous

1,3 million de personnes sont fichées génétiquement en France, qu’elles aient été reconnues coupables ou pas. Un fichage généralisé à presque tous les délits – sauf financiers… – mais rendu illégal par de nouvelles découvertes scientifiques. Désormais, grâce à quelques segments d’ADN, on peut connaître certains détails privés sur une personne : son origine géographique par exemple. Une possibilité censée être interdite. Entretien avec Catherine Bourgain, chercheuse de l’Inserm.

Basta ! : Quelles informations les autorités judiciaires et la police peuvent-elles obtenir par un prélèvement d’ADN ?

Catherine Bourgain [1] : Pour le fichier des empreintes génétiques, on ne garde pas l’intégralité du prélèvement d’ADN, mais seulement des segments. En France, sept segments étaient sélectionnés initialement, situés un peu partout dans notre ADN. Depuis 2006, on prend 16 à 18 segments, car plus on fait de prélèvements sur une population, plus il faut un nombre important de segments pour réduire au minimum les marges d’erreur [2]. Ces segments ADN ont deux caractéristiques : ils sont différents d’une personne à l’autre, et ils sont censés être « non codants », c’est-à-dire qu’ils doivent permettre d’identifier les personnes mais n’apporter aucune autre information.

C’est ce que vous remettez en cause aujourd’hui ?

On revient actuellement sur cette description de l’ADN. Les scientifiques pensaient que certains segments ne servaient à rien, c’est-à-dire étaient « non codants », mais on se rend compte aujourd’hui qu’on ignorait simplement à quoi ils servaient, et qu’ils peuvent avoir un rôle particulier. Une équipe de chercheurs italiens qui travaillaient sur une maladie génétique rare a fait une découverte par hasard : le segment ADN lié à cette maladie est un de ceux choisis pour le Fichier français des empreintes génétiques (FNAEG). Donc, en analysant ce segment, on peut définir si la personne est atteinte – ou peut être atteinte – par cette maladie.

Quelles autres informations les segments ADN du fichier français peuvent-ils contenir ?

Des chercheurs européens ont mis au point un logiciel qui permet de déterminer, à partir des segments ADN prélevés pour le Fnaeg, l’origine géographique de la personne. Car les segments n’ont pas exactement la même forme que l’on soit d’origine européenne, africaine ou asiatique. Avec 7 segments, on n’avait pas assez d’informations pour obtenir ce résultat. Mais avec 17 segments, c’est possible. Quand les parlementaires ont voté la création du fichier en 1998, il ne devait servir qu’à identifier les gens. Mais il est aujourd’hui illusoire de penser qu’on ne peut faire que ça avec ces prélèvements. Et on peut très bien découvrir prochainement que les segments fichés dans le Fnaeg donnent accès à de nouvelles informations.

prélèvement d'ADN kit FTA police-scientifique.comQui peut aujourd’hui être amené à subir un prélèvement d’ADN ?

En France, environ 1,3 million de personnes sont inscrites dans le Fnaeg. Il a été créé en 1998, par le gouvernement Jospin, à la suite de l’arrestation du tueur en série parisien Guy Georges. Il était au départ destiné aux infractions sexuelles et a ensuite été étendu, notamment en 2003. Tous les délits peuvent aujourd’hui justifier un prélèvement d’ADN, sauf les délits routiers, ceux liés aux droits des étrangers et les délits financiers. Depuis 2003, les personnes simplement « mises en cause » dans une affaire, mais encore non condamnées, peuvent être inscrites au fichier. Les données sont conservées pendant quarante ans pour les personnes condamnées, et vingt-cinq ans pour les autres.

D’où l’augmentation exponentielle du nombre de personnes fichées ?

Le gouvernement fixe des objectifs chiffrés, notamment dans les Indicateurs de performance des politiques publiques, annexés à la Loi de finances. Il est indiqué qu’en 2011 plus de 50 % des personnes simplement mises en cause(avant condamnation éventuelle) dans des affaires judiciaires doivent faire l’objet d’un prélèvement d’ADN. Ces objectifs sont en augmentation constante chaque année. Il y a une volonté claire de remplir le fichier.

Ce fichier d’empreintes génétiques permet-il de résoudre beaucoup d’enquêtes policières ?

Il y a deux utilisations différentes de l’ADN : lors d’enquêtes policières comme, par exemple, après un homicide, on peut comparer les traces d’ADN sur la victime et les prélèvements d’ADN des suspects. L’ADN sert alors ponctuellement à innocenter ou à prouver la culpabilité de quelqu’un. Ce n’est pas la même chose que de construire un fichier. L’utilisation ponctuelle a servi à légitimer l’enrichissement du fichier. Aujourd’hui, quand on a des suspects et une victime, la police entre les échantillons dans le fichier. Cela permet de justifier que c’est grâce au fichier que l’affaire a été résolue. Alors que si on avait comparé l’ADN prélevé sur la victime à celui des suspects, sans passer par le fichier, on aurait également établi la correspondance. On biaise ainsi les statistiques sur le nombre de cas résolus grâce au fichier FNAEG.

La situation est-elle la même hors de France ?

En Grande-Bretagne, le fichier génétique comprend 5 millions de personnes. Des associations britanniques ont montré qu’il n’est pas possible d’avoir des statistiques valables sur l’utilité de ces fichiers : on ne peut pas identifier les cas qui ont été résolus grâce à eux. Une cinquantaine de pays dans le monde opèrent ce type de prélèvements. Il existe une interconnexion des fichiers via Interpol. L’argument des policiers qui font le prélèvement est : « Si tu n’as rien à cacher, tu n’as rien à craindre. » Mais ce n’est pas anodin de ficher de façon massive l’ADN d’une population. Nous sommes quand même passés par Vichy : on ne doit pas faire n’importe quoi avec des fichiers !

Les pratiques actuelles sont donc contraires à la loi, puisque le fichier ne devait servir qu’à identifier les personnes, et il est démontré qu’on peut déjà collecter plus d’informations. Comment réagit la justice face à cette illégalité ?

J’ai témoigné pour le procès du syndicaliste Xavier Mathieu, qui a été relaxé pour son refus de prélèvement d’ADN. Le jugement n’a pas fait explicitement mention de ces éléments scientifiques, mais les termes utilisés par le juge montrent que notre argumentaire a eu un impact. Cette preuve que l’on peut avoir accès à des informations sur les personnes via le prélèvement d’ADN le rend illégal, puisque contraire à ce qui a été voté par la loi. Mais il est nécessaire de développer un argumentaire scientifique et juridique pour que les juges puissent s’appuyer dessus lors des procès, car ils ne sont pas en mesure de le construire eux-mêmes.

Propos recueillis par AGNÈS ROUSSEAUX, Bastamag.net © (15 NOVEMBRE 2011)

Notes
[1] Catherine Bourgain est chercheuse en génétique à l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) et secrétaire de la Fondation Sciences citoyennes.
[2] Ces segments d’ADN ont une longueur variable selon les individus. C’est cette longueur qui permet de déterminer les différences entre individus. La probabilité d’avoir deux personnes avec les mêmes séquences est de 1 sur 3 milliards de milliards avec 16 à 18 segments pris en compte.

La science au service de la police : le quotidien des experts de Manosque

Didier, Jeanne et Nathalie, les trois policiers scientifiques manosquins, nous racontent leur quotidien, leur métier

On est les experts de Manosque » sourit Didier, brigadier-chef du service local de la police technique (SLPT), ouvert en 2008. « Ce ne sont pas ces séries qui nous font le plus de mal. Ce sont surtout les reportages télévisés où on dévoile nos façons d’enquêter sur les crimes et les délits. »

Les malfaiteurs en raffolent. Aujourd’hui, ils brûlent les corps et les véhicules. « Après une destruction par les flammes, il est difficile de trouver quelque chose mais on y arrive! » Car la police scientifique possède heureusement des moyens lui permettant d’élucider de nombreuses affaires.

Clichés et prélèvements

À Manosque, Didier, Jeanne et Nathalie prennent de nombreux clichés de la scène et prélèvent les éléments tangibles: empreintes, cheveux, ongles et tous les autres éléments biologiques détenant le précieux ADN. Ils travaillent dans l’ombre. « Un travail ingrat » estime-t-il, « car il ne se voit pas. Alors quand on sort de belles affaires, quand on identifie des auteurs de vols à main armée ou d’une série de cambriolages, on est contents. On ne prend rien à la légère. On ne doit rien laisser de côté. Quand une empreinte ressort, on a le sentiment du travail accompli. »

« Il faut toujours travailler comme si c’était l’affaire du siècle, car quand on part de la scène, on n’y revient plus. Si on loupe une trace, c’est fini. Nos photos sont les yeux du procureur et du juge. C’est très important » explique Nathalie.

Mutualisation des moyens oblige, cette base technique manosquine est dépendante de Digne. « Si les traces trouvées ne parlent pas, on envoie tout au laboratoire indépendant à Marseille (lire ci-contre). »

Un 269e déplacement

Ce matin-là, Didier rentre d’une nuit agitée. Un cambriolage dans un magasin de la zone Saint-Joseph. Son quotidien. Le plus « embêtant », comme il dit, c’est la solitude lors des astreintes de nuit.

« C’est le moment où il y a souvent le plus d’affaires et donc le plus d’investigations à mener. » Même si les malfaiteurs n’ont plus peur de rien et frappent maintenant le jour, la nuit reste toujours propice aux délits.

Depuis le début de l’année, les trois agents du SLPT en sont à leur 269e déplacement. « Noël n’est pas encore arrivé. On va exploser les chiffres. L’an dernier, on en comptait 227 » souligne Didier. Quand il est arrivé, en 2006, les cambriolages sur Manosque dépassaient tout juste la soixantaine.

Les délits augmentent et les techniques évoluent. Grâce au fichier d’authentification des empreintes digitales (FAED), qui recherche automatiquement un profil déjà enregistré, « on peut savoir en quelques minutes si l’individu nous ment, sur son identité notamment. »

Profils différents pour une passion commune

Trois experts, trois profils différents. En quelques décennies, le métier a fortement évolué . Didier est un agent de la paix spécialisé grâce à des stages, comme « les traces, où on s’abîme la rétine; la gestion des scènes d’infraction… » Quant à Jeanne et Nathalie, elles ont passé un concours pour intégrer la police scientifique. Affectée à Manosque pour son premier poste, Jeanne, la Carcassonnaise, savait « que c’était ce service ou rien d’autre. C’est à part. » C’est elle cet été, qui s’est rendue rue Guilhempierre, pour des odeurs suspectes.

Équipée de gants, surchaussures et masque, elle y découvre Michel, un quinquagénaire décédé à son domicile depuis une vingtaine de jours. « Rien que l’odeur, ça reste… Même avec la combinaison, ça reste… On prend une bonne douche et on repart » confie la jeune fille, âgée de 26ans. « Avec ce qu’on voit, si on n’est pas passionné, on s’en va » ajoute Didier. Derrière la science et les preuves tangibles, il y a l’humain. Nuit et jour, ils cherchent pour aider à ce que justice soit rendue.

Laure GARETA, source www.laprovence.com

Pierre Margot de l’UNIL primé pour son travail sur les empreintes

Renaud Michiels | Le Matin
Patron des sciences criminelles de l’Université de Lausanne, Pierre Margot a reçu hier le plus prestigieux des prix pour ses recherches sur les empreintes digitales. Il évoque les grandes affaires de sa carrière.

Décernée tous les trois ans, la médaille Douglas M. Lucas est inconnue du grand public. C’est pourtant «la distinction la plus prestigieuse du monde dans le domaine des sciences forensiques», s’est réjouie hier l’Université de Lausanne, annonçant que le lauréat 2011 est Pierre Margot, 61 ans, directeur de l’Ecole des sciences criminelles (ESC). Déjà star parmi ses pairs, voilà le chercheur suisse sacré devant le monde entier pour ses travaux sur les empreintes digitales. Il nous a reçus hier dans son bureau pour évoquer sa carrière, pleine d’avancées scientifiques liées aux pages les plus sanglantes de notre histoire.

Vous êtes honoré pour votre «travail de pionnier dans le domaine des empreintes digitales»: de quoi parle-t-on exactement ?

J’ai eu la chance de diriger des groupes de chercheurs qui ont développé des techniques permettant de mieux détecter les empreintes. Et qui ont mené à une explosion des travaux et découvertes en la matière. Lorsque j’étais en Australie, dans les années 1980, nous avons par exemple commencé à travailler sur les objets retrouvés dans l’eau. Avant, les policiers disaient: «C’est mouillé, les traces sont effacées, il n’y a plus rien à en tirer.» Et par hasard, c’était l’époque du «Rainbow-Warrior».

Quel rapport avec cette affaire ?

Des policiers néo-zélandais ont eu vent de nos méthodes et les ont employées. Ils ont pu identifier les auteurs et découvrir que c’étaient des agents français qui avaient coulé ce bateau de Greenpeace, causant un mort. Le scandale qui a suivi était terrible.

On vous doit aussi des lampes spéciales, paraît-il ?

Des spécialistes avaient découvert que les lasers pouvaient révéler des empreintes – même s’ils risquaient surtout de griller des traces! Bref, c’était un nouveau champ de recherche. Nous, on s’est dit le contraire: nous avons déjà des méthodes, adaptons des lampes spéciales, améliorons-les, travaillons sur différentes longueurs d’ondes. Nos premiers prototypes ressemblaient à de grosses boîtes noires enfumées avec de l’azote liquide pour améliorer la détection. Des empreintes nous sautaient à la figure… Mais aujourd’hui, nos recherches ont été développées puis commercialisées. Rofin, une société australienne, vend ses lampes Polilight à des corps de police du monde entier. Les derniers modèles ressemblent à des lampes de poche qu’on utilise sur les scènes de crime pour détecter des empreintes digitales, des traces de sperme, de sang.

Vous êtes aussi récompensé pour avoir fait avancer la sécurité. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Lorsque les banques de données informatisées contenant des empreintes digitales se sont développées et généralisées, j’ai été un des premiers à tirer la sonnette d’alarme sur la nécessité de renforcer la formation en matière d’identification. Pour moi, il y avait des risques d’erreur.

Des risques d’erreur avec l’informatique ?

Oui. Puis il y a eu les attentats de Madrid, en 2004 (ndlr: plus de 200 morts). Des empreintes ont été trouvées sur des bombes qui n’avaient pas explosé. Résultat: le FBI s’est tout de suite targué d’avoir identifié et arrêté le coupable, Brandon Mayfield, un avocat de l’Oregon. Deux semaines plus tard, ils devaient admettre qu’ils s’étaient trompés. Cette incroyable bévue nous a permis de décrocher des fonds de recherche de plus d’un million de dollars pour travailler sur le sujet. Aujourd’hui, les agents sont formés en interne dans les services pour travailler avec ces bases de données et éviter les erreurs d’interprétation.

Pour vous, que change la récompense obtenue aujourd’hui ?

Ça fait plaisir, mais pas grand-chose: ma carrière est derrière moi. C’est par contre utile pour l’Ecole des sciences criminelles. Ça nous donne des arguments quand on demande des budgets. Et ça permet d’attirer des chercheurs et professeurs. L’ESC est le plus vieil institut du genre du monde et, j’en suis convaincu, le meilleur en termes de recherche. Nous avons aujourd’hui 64 doctorants en sciences forensiques.

Vous êtes-vous demandé combien de personnes sont derrière les verrous grâce à vos travaux ?

Non. Lors d’un procès, les éléments apportés par la police scientifique, comptables, comparables, chiffrés, pèsent beaucoup. Mais on oublie tous les cas qui ne vont pas devant la justice, tous les innocents que les méthodes scientifiques permettent de disculper. Je préfère penser à ceux-là.

Quand on parle police scientifique, on pense aux «Experts» ou autres séries américaines. Elles vous font de la pub ?

Même si elles sont «romantiques» par rapport à la réalité, elles suscitent de l’intérêt pour nos domaines. Trop, même, parfois. Nous avons beaucoup d’étudiants qui viennent ici plein d’idées préconçues dans la tête. Puis renoncent en réalisant qu’ils devront surtout suivre des cours de mathématiques, de physique ou de chimie…

Source www.lematin.ch

Virtopsie : L’autopsie virtuelle qui fait parler les morts

Des radiologues et légistes de La Timone autopsient les corps par scanner

Dans cette unité de la Timone, les patients ne se plaignent jamais auprès des infirmières de la qualité des repas. Car ici, il n’y a ni repas ni infirmières. Pas de malades non plus. Mais des morts……

Des « patients décédés », comme disent les radiologues et les médecins légistes qui s’enthousiasment pour une toute nouvelle discipline, certes un peu macabre, mais promise à un bel d’avenir : l’autopsie virtuelle.

Partie se former chez les Suisses, champions incontestés dans cette spécialité post mortem, « l’équipe de l’AP-HM est l’une des toutes première en France à utiliser les techniques modernes de l’imagerie médicale (scanner, IRM) pour aider à déterminer les causes des morts criminelles ou inexpliquées », explique le Dr Guillaume Gorincour, qui coordonne ce groupe de radiologues et de légistes que leurs confrères surnomment déjà… « les experts ».

Comme dans la série télé, ces praticiens travaillent en liaison étroite avec la police scientifique et la Justice. Il est vrai que les cas pratiques ne manquent pas dans la région marseillaise: sur les 150 autopsies virtuelles réalisées depuis 3 ans à La Timone, une bonne part a concerné les nombreux morts par balles qui ont émaillé la chronique des faits divers de La Provence…

Désormais, c’est quasiment systématique: « Le parquet fait appel à nous à chaque mort violente ou suspecte », explique le Pr Marie-Dominique Percecchi-Marti, légiste à l’unité de médecine légale de La Timone.

Les dissections modernes se font sans scalpel, ni scie, ni perceuse, mais à l’IRM et au scanner, pour faire parler les corps… sans y toucher. « Ou du moins, pour l’instant, en limitant le champ de l’autopsie classique qui doit encore être réalisée, en particulier lorsqu’il s’agit d’une mort par balle, afin que les enquêteurs puissent récupérer le projectile », expliquent les légistes.

Pour ces spécialistes de la médecine post mortem, l’autopsie virtuelle, ça décoiffe! Une révolution scientifique d’abord. « Lorsqu’on fait une autopsie classique, on dispose de 6 heures au maximum avant que les tissus ne soient trop altérés. Le scanner et l’IRM permettent de préparer le travail, de cibler les zones lésées, de repérer les projectiles et le trajet des balles ».

Cinq minutes dans la salle d’examen, 90 secondes dans le scanner (jusqu’à 40 minutes pour un scanner IRM) suffisent pour obtenir une image en 3D du corps du défunt que les médecins pourront étudier à loisir, comparer à d’autres images, transférer à d’autres experts.

Autre avantage des clichés: ils conservent les preuves indéfiniment, ce qui permet de corriger des erreurs, voire de rouvrir une enquête. « On est à la fois les Experts et Cold Case », résume le Pr Bartoli. Mais si elle aide la police, l’autopsie par l’image facilite aussi le travail de la justice : « Au procès d’assises, lorsqu’on présente aux jurés des clichés sanguinolents d’une autopsie classique, beaucoup tournent la tête. Le scanner et l’IRM sont moins choquants surtout bien plus compréhensibles ».

Un intérêt judiciaire qu’a bien compris le parquet de Marseille, déjà très demandeur de ces nouvelles techniques. D’autant que c’est encore à La Timone qu’un examen post mortem unique au monde peut être réalisé.

Les Dr Jolivert et Cohen ont mis au point une technique permettant de faire passer un angio-scanner à un patient décédé, dans les mêmes conditions que sur un patient vivant. Sur l’écran se visualisent les vaisseaux sanguins (veines ou artères), alors que le coeur a depuis longtemps cessé de battre.

Sophie MANELLI (smanelli@laprovence-presse.fr)

ADN : quand la science se heurte à la loi

La science avance et se heurte parfois de plein fouet à la loi. En matière ADN, les experts peuvent depuis des années identifier une personne en comparant son empreinte génétique à une trace relevée sur une scène de crime. Ils peuvent dorénavant, à partir de cette même trace inconnue prélevée, dresser un véritable portrait-robot du suspect. Sauf qu’il est interdit de recourir à de telles analyses notamment en raison de la loi sur la bioéthique de 2004.ADN---quand-la-science-se-heurte-à-la-loi-Police-Scientifique

Ces progrès scientifiques sont très utiles pour lutter contre la criminalité. Ainsi, une tâche de sang ou un peu de salive peuvent renseigner sur la couleur des yeux, des cheveux, la corpulence, l’origine ethno-géographique ou même l’âge de la personne.

Les scientifiques ont fait part récemment de ces avancées à leurs interlocuteurs dans la police et la justice, expliquant que cela pourrait grandement faciliter les investigations dans certains cas.

La réponse est tombée cet été, par le biais d’une note de service adressée par la Direction des affaires criminelles et des grâces, rattachée au ministère de la Justice, à tous les procureurs généraux près les cours d’appel.

Il est interdit de recourir à de telles analyses pour des raisons tant juridiques que scientifiques. Notamment en raison de la loi sur la bioéthique de 2004.

Source : www.rtl.fr

Des cheveux qui en disent long

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Gilles St-Jean et Michelle Chartrand développent une technique permettant de savoir, à deux semaines près, dans quelle région se trouvait une personne. ETIENNE RANGER, LEDROIT

La science vient une fois de plus renforcer les techniques d’enquête des policiers aux prises avec des crimes non résolus. Après l’analyse des empreintes digitales, à la fin du xixe siècle, et de l’ADN, au xxe, une étude de l’Université d’Ottawa portant sur les isotopes présents sur les cheveux révèle aujourd’hui de précieuses informations sur l’emplacement géographique d’une victime ou d’un suspect, à deux semaines près.

Les chercheurs Gilles St-Jean et Michelle Chartrand développent depuis quatre ans une technique permettant de lier des isotopes stables d’hydrogène et d’oxygène retenus par les cheveux à un endroit géographique précis.

Eau et isotopes

« L’eau que l’on boit, indique M. St-Jean, contient des éléments différents selon la région où l’on se trouve. Dans les environs de Chelsea, par exemple, on retrouve certaines quantités d’uranium dans l’eau. Cet uranium – et c’est ce que nous voulons démontrer prochainement – est visible dans les cheveux des gens qui cuisinent et boivent cette eau. »

Dans chaque région, l’eau contient des éléments différents. Les chercheurs espèrent dresser une carte du Canada, selon la constitution de l’eau et le type de pollens présents dans l’air. Le croisement de ces données avec la géographie établit de façon très nette où s’est trouvé l’individu en question, avant le crime.

Mme Chartrand a franchi avec son assistant de recherche Jonathan Mayo plus de 44 000 kilomètres (l’équivalent la circonférence de la Terre) en quatre ans, partout au Canada, afin de cueillir des échantillons de pollen, de terre et d’eau.

« Un centimètre de cheveu, c’est un mois de vie. Aujourd’hui, notre résolution s’est améliorée à un demi-centimètre, soit deux semaines », explique M. St-Jean.

C’est ainsi qu’il est possible d’établir le chemin qu’a parcouru une victime avant sa mort, ou un suspect, dans le cas où ses cheveux sont découverts sur les lieux du crime. L’échantillon passe sous le microscope électronique, révélant sa vie cachée. « On voit ça dans la série télé CSI, mais ça ne leur prend qu’une heure. En réalité, ça nous prend des semaines », raconte le chercheur.

Les recherches sont à ce point poussées qu’il est dorénavant possible de faire la différence entre un amateur de viande, un végétarien et un végétalien (quelqu’un qui ne consomme aucun produit animal, comme le lait ou les oeufs). « On a beau manger le même type de viande de boeuf ici et en Europe, complète M. St-Jean, les animaux, là-bas, n’ont pas le même environnement et la même source d’alimentation. La quantité d’azote nous renseigne sur la diète, et l’hydrogène, sur l’eau consommée. »

Une preuve solide

Selon le scientifique, cette preuve « peut tenir en cour ». Les recherches sur l’ADN servent encore pendant les enquêtes et les procès, mais peuvent atteindre leurs limites puisqu’il est nécessaire de comparer les données avec une banque d’échantillons déjà existante. « Le cheveu répond aux questions : ‘Est-ce que cette personne vient d’ici ? Où se trouvait-elle auparavant ?’ Ce sont des indices considérables pour les enquêteurs. »

Ce projet viendra à terme dans un an et demi. En appliquant les mêmes découvertes, indiquent les chercheurs, il devient possible de déterminer l’origine d’un sac de cocaïne ou encore l’origine exacte d’une bouteille d’alcool… ou d’un fromage.

Source : www.cyberpresse.ca

Fan des «Experts», elle laisse de l’ADN pour coincer son violeur

ENQUÊTE | Une jeune américaine de 18 ans a intentionnellement laissé des cheveux et de la salive dans la voiture de son violeur. Fan des «Experts», elle savait que l’ADN était une preuve irréfutable.

Un soldat de l’armée américaine a été condamné à 11 ans de prison, hier, pour le viol de trois adolescentes, et tentatives d’abus sur 2 autres jeunes filles. L’homme a été identifié grâce à sa dernière victime. Fan des «Experts», cette étudiante de 18 ans a réussi à le piéger.

Episodes après épisodes, la jeune femme apprend, grâce aux enquêtes des «Experts», l’importance de l’ADN comme preuve irréfutable. Séquestrée dans la voiture de son agresseur, l’étudiante s’arrache des cheveux, et les dissimule, afin de laisser des traces de son passage. Selon le Daily Mail, elle crache ensuite sur la banquette, une fois encore pour être sûre que les enquêteurs puissent prouver sa
présence. Finalement, elle dessine un plan de l’endroit où elle a été enlevée, pour aider les policiers à retrouver son agresseur.

Aujourd’hui âgée de 20 ans, cette jeune femme a raconté à la justice comment elle a voulu aider à coincer le violeur. «J’ai pensé que s’il venait à me relâcher, ou si les choses venaient à s’empirer pour moi, il allait forcément y avoir une enquête, et j’avais envie d’aider.» a-t-elle expliqué.

Et quand on lui demande pourquoi elle a laissé ses cheveux et sa salive, c’est tout naturellement qu’elle a répondu: «Ça peut paraître idiot, mais j’ai toujours été fan desExperts. J’ai vu tellement d’épisodes que je sais quoi faire, et comment fonctionnent les choses.»

Photographie : © DR | L’équipe des Experts de Las Vegas
Source : www.tdg.ch

Les fichiers ADN infaillibles ?

Il était incarcéré à la place d’un autre, le cauchemar de Marius Murariu est terminé

il-etait-incarcere-a-la-place-d-un-aut-1302629Me Bensoussan: «C’est hallucinant, personne n’a été capable de voir qu’un homme s’est fait passer cinq fois pour un autre.» PHOTO PATRICK DELECROIX. | TRIBUNAL DE LILLE |

Trois jours après sa comparution devant le tribunal de Lille où cette histoire hallucinante avait éclaté au grand jour (notre édition de mercredi), le jeune Roumain injustement condamné et incarcéré à la place d’un autre à la maison d’arrêt de Sequedin a été libéré hier après-midi. …

Les choses n’auront donc pas traîné. Saisi en urgence par les magistrats, le laboratoire interrégional de police scientifique (LIPS) de Lille a redéterminé le génotype de Marius Murariu, 31 ans. L’évidence est alors apparue qu’il ne correspondait en rien avec l’ADN qui l’avait expédié depuis sa Roumanie natale vers les geôles lilloises.

Cinquante euros en poche…

En 2003, une impressionnante série de six car-jackings est, en effet, commise en 1 h 30 chrono à Lille et Ronchin. Sur le pare-brise de l’une des voitures, des traces de sang permettent de dégager une empreinte génétique. Elle appartient à Marius Murariu. C’est du moins ce qu’on croit. En 2004, en son absence, le natif de Botosani, où il est ouvrier agricole, est condamné à deux ans de prison ferme. Le 24 mai 2011, sept ans après, il y est interpellé en vertu d’un mandat d’arrêt européen. Après quelques jours de prison à Bucarest, il est transféré à Lille et embastillé. À tort. Comme il l’a dit mardi, Marius n’a jamais posé un pied en France. Et pourtant.

La justice détient bien son ADN ? Cette histoire de fou, c’est Me Julien Bensoussan, son avocat, qui va en dénouer le fil. « En lisant toutes les fiches pénales, j’ai noté que celui qui disait s’appeler Murariu était un petit bonhomme de 1,63 m visiblement originaire d’Afrique du Nord. » Or, le vrai Marius Murariu mesure plus de 1,90 m. Aujour-d’hui, la justice a pu déterminer que l’homme qui a usurpé son identité et, pour tout dire, sa vie l’a fait à cinq reprises au cours de son itinéraire délinquant.

« C’est sidérant que personne n’ait jamais rien remarqué », note Me Bensoussan, qui va naturellement saisir la commission chargée d’indemniser les victimes de détention abusive. Faute de l’État ? Erreur judiciaire ? En attendant, Marius Murariu est sorti hier soir de maison d’arrêt avec cinquante euros en poche et rien de plus. « C’est terrible, se désole son avocat. La France l’a condamné injustement et l’ambassade de Roumanie m’a dit qu’elle n’avait pas prévu ce cas de figure. » Sidérant. •

 

 

 

Source : FRÉDÉRICK LECLUYSE, La voix du Nord

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