L’audition des fillettes
Les deux filles du couple Al-Hilli ont, par miracle, survécu au massacre. Agées de 4 et 8 ans, elles ont en premier lieu été mises en sûreté puis auditionnées par les enquêteurs. Ne parlant pas du tout français, un traducteur envoyé par le consulat britannique vient prêter main forte pour recueillir leur témoignage.
La fillette de quatre ans indique qu’elle n’a pas vu grand-chose ; elle précise simplement que la famille était partie en promenade puis a fait un arrêt sur le parking du Martinet. Son papa serait descendu de la voiture avec sa grande sœur, sans plus de précisions sur la suite des évènements. La fillette âgée de sept ans, elle, parle simplement d’un « homme mauvais » qui serait arrivé sur le parking pour faire du mal à sa famille. Pas plus d’informations…
L’audition des fillettes n’avance pas beaucoup les enquêteurs, si ce n’est que l’enquête s’orienterait vers la recherche d’un homme seul.
En attendant l’analyse des éléments prélevés sur la scène de crime, les enquêteurs fouillent dans la vie de la famille Al-Hilli et dans celle du cycliste Sylvain Mollier. Et là… c’est une succession de découvertes qui vont s’enchaîner. Toutes plus séduisantes les plus que les autres, ces pistes vont s’essoufler tour à tour.
La piste de l’ancien mari
Iqbal Al-Hilli, l’épouse du couple, a vécu par le passé, aux Etats-Unis et a même été mariée à un américain ; personne n’avait connaissance de cette ancienne vie avant sa rencontre avec Saad. Étrange coïncidence ; son ex-mari américain est décédé exactement le même jour que la famille, le mercredi 5 septembre 2012 d’une « apparente » crise cardiaque, terme utilisé par le médecin ayant constaté la mort de l’individu. Aucune autopsie n’a été réalisée sur le corps de cet homme.
Comment se fait-il que personne n’ait jamais eu connaissance de l’ancienne vie d’Iqbal aux Etats-Unis ? Pourquoi a t’elle quitté cette vie américaine de jour au lendemain ? Beaucoup de questions restent sans réponses, et cette piste est refermée faute d’éléments concrets.
La piste du frère de Saad
Saad entretenait des relations conflictuelles avec son frère Zaïd. En cause ; un éventuel faux testament que son frère lui reproche d’avoir écrit pour hériter de la fortune de leur père à sa mort. Zaïd aurait émis de nombreux appels vers la Roumanie quelque temps avant le décès de la famille dans la tuerie ; la piste d’une vengeance familiale sous fond de tueur à gage se dessine alors, mais de nouveau, faute d’élément probant, elle s’arrête net.
La piste de l’altercation avec le voisin de camping
Le père de famille aurait eu une altercation avec un voisin de camping quelques jours avant la tuerie. Le témoin en question ne sait pas situer avec exactitude les faits, et ignore qui était cette personne avec qui Saad s’est disputé.
La piste de la BMWX5
Le guide de haute montagne qui a donné l’alerte indique aux enquêteurs qu’il a croisé sur le chemin forestier, au moment des faits, un 4×4 BMWX5 de couleur bleu nuit doté d’une d’immatriculation anglaise qui roulait à vive allure. Etrange coïncidence car la famille Al-Hilli est elle aussi originaire du Royaume-Uni… À qui appartenait ce véhicule ? Cette piste sera refermée, comme les autres, faute d’élément.
La piste William Brett Martin
Voilà une piste très séduisante… William Brett Martin, c’est le cycliste néo-zélandais qui a découvert la tuerie sur le parking et qui a lancé l’alerte. Souvenez-vous, il rebrousse chemin car il n’a plus de réseau et croise un guide de haute-montagne qui prévient les secours ; ils reviennent tous les deux sur les lieux, et, selon les dires du guide, le cycliste est étonnamment très calme. Il lui aurait d’ailleurs initialement parlé d’un simple « accident ». Son attitude lui semble étrange et pas du tout adaptée à la situation. Pire, il aurait essayé de lui asséner un coup de poing ; il fait part de ses soupçons aux enquêteurs.
Mais un souci de taille se pose : aucune recherche de résidus de tir n’a été effectuée sur le cycliste…
Il disposait d’un sac à dos le jour des faits qui n’a pas été fouillé par les enquêteurs. Voilà deux éléments « loupés » qui auraient peut-être pu apporter un éclairage supplémentaire à l’enquête, d’autant plus que le cycliste ne s’est pas tenu à disposition des enquêteurs puisqu’il a quitté la région rapidement après les faits. Suspect ?
La piste du motard
A proximité immédiate du parking du Martinet au moment des faits, un motard aurait été aperçu redescendant tranquillement le chemin forestier. Il a été contrôlé par l’Office National des Forêts car il circulait dans une zone interdite aux véhicules motorisés. Un homme d’environ 40 à 45 ans, un visage joufflu, une moustache, un bouc… Un portrait-robot est diffusé, mais il ne donne rien. C’est en croisant la téléphonie et la vidéo-surveillance aux alentours que les enquêteurs parviennent à remonter jusqu’à l’individu ; il s’agit d’un chef d’entreprise lyonnais. Il est interpellé et placé en garde à vue : encore une piste sérieuse qui n’aboutira pas, puisqu’il indique n’avoir croisé ni la voiture de la famille Al-Hilli, ni le cycliste Sylvain Mollier. Il aurait quitté le parking seulement deux minutes avant les faits et rien ne le relie à la tuerie.
Mais qui était Sylvain Mollier ?
Le cycliste a pris 5 balles, dont deux en pleine tête. Selon les experts de la Gendarmerie, il serait mort en premier. Pourquoi ? Car son corps a été traîné, et écrasé par la voiture. Des traces de sang sont visibles sur le bas de caisse ; quand il a été percuté par la voiture, il était déjà au sol.
Ce jeune savoyard travaillait dans le nucléaire et avait une compagne. Ils venaient d’avoir un enfant. Une vie en apparence bien rangée, mais l’enquête a déterminé qu’il avait des maîtresses et qu’il n’était pas forcément très apprécié de son beau-père. C’est d’ailleurs lui qui lui a suggéré d’emprunter ce sentier forestier, jusque-là inconnu de Sylvain Mollier ; avec son vélo de course, il n’était pas du tout équipé pour le traverser puisqu’il s’agit plutôt d’un itinéraire VTT… Il est soupçonné dans un premier temps, d’autant plus qu’il n’est pas localisable entre 10h15 et 16h00 le jour du drame, mais la piste s’arrête, une fois de plus.
Sylvain Mollier avait une sœur, plus jeune que lui, qui avait été à une époque en couple avec un certain Patrice Menegaldo : un ancien légionnaire, qui connaît les armes, et qui connaît aussi le beau-père de Sylvain ! Une nouvelle fois, une coïncidence aussi étrange que séduisante… L’individu sera auditionné, mais cela ne donnera rien. Ne supportant plus les soupçons pesant sur lui, il se suicidera deux ans plus tard…
Rien d’autre dans la vie de Sylvain Mollier ne pourrait faire penser qu’il avait des ennemis ou que des gens pouvaient lui en vouloir.


