L’anthropologie médico-légale

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L’anthropologie médico-légale est une spécialité dont l’objectif est de collecter les squelettes, les ossements et restes humains, pour les identifier, estimer l’intervalle post mortem (IPM) et analyser les traumatismes.

C’est une discipline qui se situe entre la médecine légale et l’anthropologie classique, cependant un anthropologue médico-légal n’est pas forcément médecin.

Étymologiquement, l’anthropologie est le discours sur l’homme (anthropos et logos). On peut distinguer l’anthropologie culturelle et l’anthropologie biologique.

L’Anthropobiologie est née au XIX ème siècle et s’intéresse à la diversité humaine. Elle se situe entre la biologie et les sciences humaines. Elle utilise un ensemble de techniques scientifiques provenant d’autres disciplines. L’anthropologie médico-légale est une branche de l’anthropobiologie.

L’anthropologie médico-légale contrairement à l’anthropologie paléontologique, s’intéresse à un seul individu et non à une population.

Les techniques d’anthropologie médico-légale sont utilisées sur des corps squelettisés (entiers ou partiels), sur des corps altérés (décomposés, carbonisés..) et de plus en plus sur des corps récents pour faciliter l’identification ou apprécier de façon précise les lésions traumatiques.

L’identification reconstructive :

L’identification reconstructive est une étape importante avant d’obtenir des pistes plausibles pour permettre une identification comparative.

L’identification reconstructive permet de donner une base permettant l’identification d’un corps en réduisant les possibilités théoriques.

Déterminer le sexe permet par exemple de réduire de moitié les possibilités théoriques.

Nature des ossements

Un corps humain est composé de 206 os constants. Une des premières questions à se poser lors d’un examen anthropologique est de savoir si les restes retrouvés, parfois dans le cadre de fouilles de nature judiciaire, sont de nature animale, humaine ou autre.

Exemple d’une scapula animale (à gauche) découverte dans la même zone que la scapula humaine (à droite) © Traité d’athropologie médico légale

La détermination de la nature se fait par une simple observation macroscopique la plupart du temps. Si des doutes persistent, un examen radiologique ou immunologique peut compléter les observations.

Ancienneté des ossements

L’identification reconstructive permet de déterminer l’ancienneté des ossements. A titre d’exemple la squelettisation complète survient entre 3 et 5 ans dans les régions méditerranéennes. L’enfouissement du corps aura une incidence sur la squelettisation. Un corps enfoui mettra plus de temps à se squelettiser. Les conditions climatiques ont une incidence sur le phénomène. L’immersion d’un corps dans l’eau ou dans une terre très humide est un facteur à prendre en compte (phénomène adipocire).

Une observation peut permettre d’apprécier l’ancienneté d’un squelette .

Critères macroscopiques :

Examens complémentaires osseux :

Le sexe de la victime

L’identification reconstructive permet l’estimation du sexe du squelette ou des ossements. En fonction de notre sexe, des différences existent et des marqueurs dimorphiques sont présents notamment au niveau du crâne et du bassin. 

Une observation du crâne peut permettre de déterminer le sexe notamment avec l’utilisation de la méthode de Ferembach. La technique est basée sur l’observation de 14 marqueurs qui en fonction de leurs caractéristiques permettent de noter le marqueur avec une valeur comprise entre -2 ( hyperféminin) et +2(hypermasculin). Le calcul de la moyenne de l’ensemble des marqueurs sur lesquels on applique un coefficient propre permet de déterminer le sexe. 

L’observation d’un bassin et le prise de mesures restent une méthode aussi employée car l’os coxal a une forte valeur discriminante.

© Anatomical Basis of Injury by Layci Harrison

L’âge de la victime

Le but de l’identification reconstructive est aussi de déterminer l’âge de la victime au moment du décès. Des techniques d’observation des points d’ossification permettent de déterminer l’âge de la victime. 

Sutures et effacement sutures dans le temps © Traité d’athropologie médico légale
Synostose des sutures crâniennes © Traité d’athropologie médico légale

Pour un adulte la méthode Lamendin est particulièrement usitée. 

Schéma d’un dent avec les points de mesures utiles pour la méthode de Lamendin La Revue de Médecine Légale  Volume 1, Issue 2, August 2010, Pages 66-70, E.Chol A.Schmitt B.Foti

La technique de Lamendin impose que l’individu soit âgé d’au moins 26 ans ( en dessous, la méthode de Suchey-Brooks sera employée). Cette méthode est assez simple car il s’agit de mesurer des zones de la dent et d’appliquer une formule mathématique rudimentaire. 3 facteurs à prendre en compte : R qui correspond à la hauteur de la racine ; P qui est la hauteur de la parondontose et T qui correspond à la hauteur de la zone translucide de la dent.   

La stature :

L’estimation de la taille de la victime est une donnée important à connaître. Lors de la phase de l’identification reconstructive des mesures peuvent être effectuées à partir des ossements afin d’établir la taille normale de l’individu. Pour déterminer la taille d’un individu à partir d’un de ces os la méthode consiste à mesurer un os des membres ( l’humérus, le radius, l’ulna, le fémur, le tibia , la fibula), la méthode reste plus précise lors de la mesure combinée d’un fémur et d’un tibia. Les données ainsi récoltées pourront être mises en corrélation grâce à une formule mathématique ( formule différente en fonction du sexe) et les résultats obtenus comparés dans un tableau appelé table de Trotter et Gleser, du nom de leurs concepteurs.

Olivier G (1969). Practical Anthropology. Charles C Thomas, Springfiel, II

L’identification comparative

Une fois la phase d’identification reconstructive terminée, des comparaisons sont possibles entre données des biologiques ante et post-mortem. C’est la phase d’identification comparative. Une identification peut être qualifiée de certaine, exclue, probable ou possible. Seule l’identification comparative permet d’assurer scientifiquement l’identité du disparu, ou l’exclusion de cette identité. L’identification comparative permet donc d’affirmer sans ambiguïté l’identité de la personne, car elle repose sur une comparaison d’élément ante mortem et post mortem ce qui suppose que l’on dispose d’élément de comparaison.

Par exemple l’identification d’un individu à partir de ses empreintes digitales est une technique d’identification comparative car on dispose d’un support de comparaison.

Dans le cas d’une découverte d’ossements, la présence d’une prothèse, d’un implant cardiaque ou autre, permet une identification, car il existe des fichiers dans lesquels les données initiales peuvent être comparées

Par exemple la comparaison d’une radio dentaire et d’une mâchoire permet une identification comparative.

Applications diverses de l’anthropologie médico-légale

La reconstruction faciale

L’anthropologie médico-légale est un domaine important pour l’identification d’ossements. Des techniques de reconstruction faciale peuvent permettre de mettre un visage sur un crâne découvert

C’est le premier roi de France à avoir sa photographie : sur fond de querelle persistante quant à l’authenticité de la tête momifiée d’Henri IV, son visage a été reconstitué à partir des travaux menés par l’équipe du légiste Philippe Charlier. — Loic Venance afp.com

La technique repose sur la mise en place de marqueurs sur des points anatomiques présents au niveau du crâne, et sur des études statistiques permettant de connaître l’épaisseur des différents tissus mous à ces endroits précis.

Points de repère anthropologiques en Norma Facialis et Norma lateralis d’après Rhine et Campbell (1980)

Nature ante mortem, péri mortem ou post mortem des lésions:

L’anthropologie lésionnelle est un domaine qui va permettre de déterminer la nature des lésions osseuses.

Les lésions traumatiques ante mortem sont celles qui surviennent avant la mort. Cependant le diagnostic n’est possible, sur le plan osseux, qu’avec un certain délai entre la survenance de la lésion et le décès.

Fracture costale consolidée. Cal de fracture (flèche) © Traité d’athropologie médico légale
Séquelle d’intervention chirurgicale © Traité d’athropologie médico légale

Les lésions traumatiques péri mortem sont les lésions survenues au moment du décès. Il est impossible techniquement de les différencier avec certitude des lésions survenues peu de temps avant ou après la mort.

Aspect péri mortem avec soulèvement plastique de la languette osseuse. Cet aspect signifie que le coup de couteau a été portée sur un os vert © Traité d’athropologie médico légale

Les lésions survenues après la mort sont souvent dues à l’environnement géologique, climatique, animal…

Avec le temps l’os se détériore par des phénomènes purement mécaniques et biologiques.

Fissurations climatiques multiples superficielles et profondes © Traité d’athropologie médico légale
Lésions post-mortem. Décoloration nette des berges de la fracture © Traité d’athropologie médico légale

En résumé, l’anthropologie médico-légale est un outil indispensable en criminalistique car il permet l’accumulation de faisceaux d’indices permettant une identification et une compréhension des faits même des années après le décès de la victime.

Pour approfondir : conseil de lecture : Traité d’anthropologie médico-légale : Gérald Quatrehomme aux éditions DE BOECK

Un article de Romain CABANAT pour www.police-scientifique.com © tous droits réservés