La tuerie de Chevaline (1/3)

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Voici une des affaires criminelles les plus énigmatiques de ces dernières décennies. Quatre meurtres ; trois membres d’une même famille et un cycliste qui ne se connaissaient pas, et qui se trouvaient sur un parking proche d’un chemin forestier « par hasard ». Pas d’images, pas de suspect, pas de mobile apparent… Que s’est-il passé ce mercredi 5 septembre 2012 à proximité immédiate de la commune de Chevaline en Haute-Savoie ? Qui pouvait en vouloir à cette famille à priori sans histoires et à ce cycliste ?

La famille Al-Hilli en voyage en Haute-Savoie…

Tout commence le mercredi 29 août 2012, quand la famille Al-Hilli quitte la Grande-Bretagne. Les parents, leurs deux jeunes filles de sept et quatre ans, accompagnés de la grand-mère s’apprêtent à séjourner en Haute-Savoie. Ils doivent s’installer dans un camping à proximité du lac d’Annecy et y rester une semaine entière ; cependant, seulement deux jours après leur arrivée, ils quittent le camping pour un autre situé à quelques kilomètres de là. Les vacances de la famille suivent leur cours jusqu’à la semaine suivante et le mercredi 5 septembre.

… et un cycliste de sortie sur les hauteurs du lac d’Annecy

Sylvain Mollier, un cycliste savoyard de 45 ans, effectue une sortie en vélo dans les hauteurs du lac d’Annecy. Aux alentours de 15h, il dépasse sur son chemin un autre cycliste, William Brett Martin ; il traverse une zone forestière à proximité de la commune de Chevaline et se dirige vers un parking, le parking du Martinet. Il ne le sait pas encore, mais son destin et celui de la famille Al-Hilli, qu’il ne connaît pas, vont se retrouver liés à jamais.

La découverte de la scène de crime

Aux alentours de 15h45, William Brett Martin, le deuxième cycliste, arrive à son tour sur le parking situé près du chemin forestier de la commune de Chevaline. Il tombe sur ce qu’il pense être un simple accident impliquant un véhicule et un cycliste, mais il s’agit en réalité d’une scène d’horreur.

Un cycliste gît à terre, inerte, sa tête à quelques centimètres des roues d’une voiture. Une fillette âgée d’environ 6 ans titube à proximité et tombe par terre. Il la dégage et la place en position latérale de sécurité.

Le moteur de la voiture tourne encore et il aperçoit des « trous » dans le véhicule, côté conducteur. Il brise immédiatement la vitre, coupe le contact, et trouve dans la voiture trois personnes décédées dont les têtes ont été criblées de balles. Il veut avertir les secours mais n’a pas de réseau sur son téléphone ; il reprend son vélo, rebrousse chemin, et trouve sur sa route un guide de haute montagne qui donne alors l’alerte.

Tuerie de chevaline – source © AFP

Les premiers secours arrivent sur les lieux aux alentours de 16h30. Les médecins légistes, gendarmes et experts balistiques arrivent quant à eux vers 18h00 et procèdent aux premières constatations.

Dans la voiture, un homme, une femme et une autre femme plus âgée sont morts, vraisemblablement par balles. L’homme en a reçu cinq.

Deux fillettes sont rescapées de ce massacre ; la plus jeune est restée prostrée à l’arrière de l’habitacle et ne sera découverte par les enquêteurs que plusieurs heures après, saine et sauve. L’aînée, qui a été secourue à l’extérieur du véhicule par William Brett Martin, a été transportée en urgence à l’hôpital de Grenoble. Le cycliste à terre, quant à lui, a reçu pas moins de 7 balles dans la tête.

Voici le macabre bilan de cette tuerie. Mais qui était réellement visé ? La famille dans la voiture ? Le cycliste ? Tous ces individus sans distinction ? Que faisaient-ils sur ce parking ? L’enquête démarre dans le flou le plus total.

L’enquête démarre

L’enquête est confiée à la section de recherche de la gendarmerie de Chambéry.

Police, Gendarmerie… qui s’occupe de quoi?
La Police et la Gendarmerie appartiennent toutes deux au Ministère de l’Intérieur, et ce depuis 2009. Leurs compétences sont égales, mais vous avez probablement déjà entendu parler de « zone Police » ou « zone Gendarmerie ». En effet, un découpage du territoire français a été opéré de telle sorte que les Policiers opèrent en zone urbaine et les Gendarmes davantage en zone rurale. La compétence donnée à l’une ou à l’autre entité est donc fonction du lieu de commission des faits.

Grâce à la coopération internationale, la famille qui était dans la voiture est rapidement identifiée ; il s’agit de la famille Al-Hilli, d’origine irakienne, domiciliée au sud de Londres.

Le cycliste est également identifié ; il s’agit de Sylvain Mollier, un jeune papa savoyard de 45 ans, en congés paternité au moment du drame qui était simplement parti faire une balade en vélo.

L’identification des victimes
Lors d’une découverte de cadavre, il est important d’obtenir rapidement l’identité de la personne. Elle peut être supposée facilement si la personne porte sur elle des documents d’identité, si elle est au volant de son propre véhicule dont la plaque d’immatriculation est enregistrée au SIV (Système d’Identification des Véhicules) ou encore si une disparition inquiétante a été déclarée récemment dans la région. L’identité pourra être confirmée par les proches ou l’enquête classique. Mais elle peut parfois se révéler bien plus complexe ; il est alors possible que les effectifs de Police Scientifique soient missionnés pour effectuer des relevés d’empreintes / relevés ADN sur la personne décédée pour les comparer à celles des fichiers FAED / FNAEG et ainsi obtenir une identification rapide. Pour les cadavres fortement putréfiés ou carbonisés, l’identification par les dents (odontologie) sera une technique de choix.

Les Techniciens en Identification Criminelle, composés entre autres d’experts balistiques, balayent la scène à la recherche de traces et indices.

Ils retrouvent en tout 21 étuis vides sur les lieux ; ils retrouvent également des fragments de ce qui semble être une crosse de pistolet. Ils réalisent des recherches dans le véhicule de la famille Al-Hilli ; objets, ADN, traces papillaires…

En attendant l’exploitation de tous ces éléments, les enquêteurs misent sur les seules rescapées du massacre, les filles du couple Al-Hilli.

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