La Police Technique et Scientifique est née au tout début du 20ème siècle. En France, deux hommes ont marqué son histoire : Alphonse Bertillon, qui a institué le signalement anthropométrique et imposé la technique de l’empreinte digitale en utilisant les travaux pionniers de Francis Galton, et Edmond Locard, qui a créé le premier laboratoire de police scientifique, à Lyon en 1910.
Début de la police scientifique et naissance de l’identité judiciaire
Par une loi du 31 août 1832, la France abolit le marquage au fer rouge des délinquants. A partir de cette date, les services de police vont avoir de plus en plus de mal à identifier les récidivistes.
Bertillon va créer le “signalement anthropométrique”. Celui-ci part du principe qu’à vingt ans, les os sont stabilisés, et qu’il n’y a plus de changement de l’ossature humaine. Neuf mesures vont être réalisées lors de la signalisation : l’envergure (longueur d’un bout de bras à l’autre), la taille, la hauteur du buste, la longueur de la tête, la largeur de la tête, la longueur de l’oreille droite, la longueur du pied gauche, la longueur de la coudée gauche et la longueur du médius gauche. Il rajoutera à ces mesures la couleur de l’iris gauche. Les chiffres seront reportés sur une fiche d’identité. Un classement sera établi à partir de ces chiffres. Ce classement de la fiche permettra de la retrouver facilement dès que l’individu déjà signalisé se représente dans le service.
49 identifications sont réalisées en 1883, 241 en 1884 et 1187 en 1887. Cette méthode surnommée “le Bertillonnage” va rapidement être adoptée par les polices étrangères. Le 16 août 1883, Bertillon est nommé chef du service de “l’identité judiciaire” à Paris. En 1888, des clichés photographiques standards des individus signalisés seront ajoutés : des photographies de profil et de face prises dans des conditions précises et rigoureuses. En parallèle de son service d’identification des détenus, Bertillon va développer d’autres spécialités telles que l’établissement de plans à l’échelle et la photographie des scènes de crime.
La révolution dactyloscopique
A la fin du 19° siècle, le prénommé Henry Faulds étudie des poteries trouvées sur la plage au japon. Il remarque la présence d’empreintes digitales sur ces poteries ce qui l’amène à les étudier plus en détails. Le 16 février 1880, il écrit une lettre au célèbre naturaliste Charles Darwin dans laquelle il écrit que les dessins digitaux sont uniques, qu’ils peuvent être classifiés et il fait allusion à leur permanence. En Octobre 1880, Faulds publie un article dans le journal scientifique Nature pour informer les autres scientifiques de ses découvertes. Dans ce même article, il propose d’utiliser l’empreinte digitale sur les scènes de crimes comme moyen d’identification des criminels.
A la préfecture de police de Paris, Bertillon est d’abord réticent à cette technique en concurrence avec sa propre invention, mais il comprend vite l’importance de ce procédé d’identification. Dès 1896, il décide donc de relever les empreintes digitales de la main droite des condamnés tout en gardant son système de classement anthropométrique. En 1902, suite à une affaire d’homicide, il réalise l’identification du malfaiteur Henri Léon Scheffer, à partir d’une trace papillaire relevée sur les lieux.
Vers la naissance de la police scientifique
Au XIXe siècle, la science n’entre dans l’enquête qu’avec des experts privés. Des armuriers, des médecins ou des chimistes donnent leurs avis éclairés aux magistrats. Ainsi, au début du siècle, un médecin français, Mathieu-Joseph-Bonaventure Orfila (1787-1835), écrit le premier traité de toxicologie. En 1856, le français Louis François Etienne Bergeret (1814-1893), réussit à dater la mort d’un individu par l’analyse du stade d’avancement des larves qui se nichent dans le cadavre (science qui deviendra l’entomologie). Par arrêté préfectoral du 16 septembre 1878, le laboratoire central de la Préfecture de Police de Paris est créé. En 1881, la première salle d’autopsie de Paris est inaugurée.
L’unification se fera par la loi du 27 novembre 1943 qui institue en France un “service de police technique relevant de la direction générale de la police nationale chargé de rechercher et d’utiliser les méthodes scientifiques propres à l’identification des délinquants”. Cette loi précise que ce service comporte
- des services régionaux et locaux d’identité judiciaire chargés de rechercher et de relever les traces et indices, d’établir et de classer les fiches signalétiques
- quatre laboratoires (Lyon, Lille, Toulouse et Marseille) chargés de procéder aux recherches et analyses d’ordre physique, chimique et biologique
- un organisme central chargé de diriger et contrôler l’activité des services locaux et régionaux d’identité judiciaire, de centraliser et classer les fiches, assurer la coordination entre les laboratoires de police et les services d’identité judiciaire.
Cette loi sera finalement abrogée par la loi sur la sécurité quotidienne du 15 novembre 2001 créant l’Institut National de Police Scientifique (INPS).
Pour approfondir :
Les Archives de la police scientifique Relié – 4 octobre 2013
Aux origines de la police scientifique. Alphonse Bertillon, précurseur de la science du crime Broché – 6 octobre 2011
De l’abandon à la modernité
Pendant 40 ans, faute de crédits et de personnels, la police technique et scientifique va progressivement sombrer.
Des succès seront toutefois enregistrés pendant cette période de “vache maigre”. Dans les années 1950, un officier de police marseillais, René Canonge met au point le fichier CANONGE. Ce fichier permet de rechercher des photographies et des noms de délinquants à partir de la description physique que fait une victime. Le fichier CANONGE enregistre les photographies, les signes particuliers (bégaiement, accent, tatouages, cicatrices…) et les descriptions physiques (taille, pointure, couleur de cheveux…) des mis en cause signalisés. Aujourd’hui informatisé, ce fichier est utilisé régulièrement par les enquêteurs.
Malgré ces succès, la police technique et scientifique est affaiblie. Entre 1960 et 1980, des rapports de l’inspection générale de l’administration vont dresser des constats alarmants : mauvaise répartition des tâches entre identité judiciaire et laboratoires, insuffisance de moyens, manque de personnel qualifié et d’équipements spécifiques. En 1981, le directeur général de la police nationale, Paul Cousseran, crée une commission afin de lancer un plan de restructuration de la police technique. Suite au rapport de cette commission, Pierre Joxe, ministre de l’intérieur en 1983, entreprend de moderniser la police technique et scientifique.
La montée en puissance de la gendarmerie
A partir des années 1970, la gendarmerie se perfectionne et renforce sa position dans le domaine de la police technique et scientifique.
Un laboratoire photographique central est créé en 1970, puis un Service Technique de Recherche Judiciaire et de documentation (STRJD) en 1976. En 1984, le système informatique “JUDEX” prend forme. Cet outil informatique, proche du STIC, permet de recueillir, gérer et rapprocher des données judiciaires. En 1985, après le désastre de l’affaire Grégory la gendarmerie prend conscience de ses lacunes dans le domaine police technique et scientifique.
En 1990, l’armée ouvre à Rosny-sous-Bois l’Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale (IRCGN). Cet institut équipé de technologie de pointe étudie tous les domaines de la criminalistique. L’IRCGN reçoit vite une forte reconnaissance, d’autant plus que cet institut dispose de moyens nécessaires pour poursuivre et développer des recherches en criminalistique. De nombreux Techniciens d’Investigations Criminelles (TIC) vont être spécialement formés.
Ces avancées seront reconnues officiellement notamment par la modification de l’article D7 du code de procédure pénale. D’après l’article D7 du code pénal de 1958, les gendarmes ne pouvaient effectuer que des “opérations simples de police technique” tout en facilitant la tâche des spécialistes de l’identité judiciaire. Le décret du 25 janvier 1996, modifie l’article D7 et les enquêteurs peuvent désormais “faire appel aux personnes qualifiées appartenant aux organismes spécialisés de la police nationale ou de la gendarmerie nationale”.
La police et la gendarmerie conjuguent aujourd’hui leurs efforts pour optimiser le fonctionnement de la police technique et scientifique. Les fichiers STIC et JUDEX vont être regroupés en un seul fichier “d’Application de Rapprochement, d’Identification et d’Analyse pour les Enquêteurs” (ARIANE) et les fichiers d’empreintes digitales et génétiques sont communs.
Depuis le 1 janvier 2009, ces deux institutions dépendent du même ministère, le Ministère de l’Intérieur de l’Outre-mer et des Collectivités Territoriales, favorisant la montée en puissance de la police technique et scientifique.
La révolution génétique
Entre 1970 et 1985, on ne parle pas d’analyse ADN mais d’analyse de marqueurs génétiques. A cette époque l’ADN est connu mais les analyses sont complexes. En revanche, des tests simples et bons marchés existent pour identifier des marqueurs génétiques comme les groupes sanguins A, B et O, les rhésus et des multiples autres caractères.
L’observation de ces fragments à l’aide d’une sonde donne un aspect de code barre (voir ci dessus). Cette méthode est utilisée entre 1986 et 1990, puis abandonnée et remplacée par d’autres méthodes plus efficaces.
Les avancées dans le domaine de la génétique vont se succéder et permettre des analyses de plus en plus rapides et avec une quantité de matériel de plus en plus faible. Une technique d’amplification de l’ADN est découverte par Kary Mullis en 1985 (technique PCR) ce qui rend possible, en théorie, de travailler sur une seule cellule. La découverte et la compréhension de l’ADN mitochondrial vont rendre possible des analyses sur des échantillons vieux et très dégradés. En pratique judiciaire, l’ADN mitochondrial est régulièrement utilisé à partir des années 1995-1996.
En France, le Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques (FNAEG) est créé par la loi du 17 juin 1998. Les évolutions législatives vont permettre d’étendre considérablement le champ d’application de ce fichier et d’enregistrer les profils génétiques des personnes condamnées mais aussi des personnes mises en cause pour quasiment tous les crimes et délits d’atteintes aux biens et aux personnes. Une Unité Automatisé de Génotypage (UAG) des plus performantes voit le jour à Ecully en 2006. Ces nombreuses avancées scientifiques, techniques et législatives donnent la possibilité à cette unité d’enregistrer 125000 profils génétiques par an.
Il est évident qu’une trace ne pourra jamais démontrer la culpabilité d’un suspect et il ne faut pas confondre le rôle du juge avec celui de l’expert. Cependant, les enquêteurs s’appuient de plus en plus sur les expertises. Le nombre de dossiers traités par les laboratoires de police scientifique en 2009 était de 226 000 alors qu’il y a une vingtaine d’années celle-ci était réservée aux affaires criminelles les plus graves.
Dans un avenir proche, les nouveaux défis pour la police scientifique seront sans doute d’encadrer l’utilisation des nouvelles avancées scientifiques (fiabilité, traçabilité), d’optimiser l’utilisation des nouvelles techniques (qualité, rapidité, cout) et de surveiller les évolutions génératrices de nouveaux comportements criminels (cybercriminalité, fraudes écologiques).
Pour approfondir :
Preuve par l’ADN : La génétique au service de la justice Broché – 15 mai 2013
Article mis à jour le 22 février 2026
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