L’enquête autour d’Oscar Pistorius démarre (2/3)

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Balle à expansion récupérée après été tirée dans un animal

Du fait de la grande notoriété d’Oscar Pistorius, les médias s’emparent rapidement du fait divers ; des centaines de journalistes venus du monde entier suivent l’affaire et se massent autour du domicile du couple.

Les Policiers analysent dans un premier temps la scène de crime, et constatent qu’au total, quatre balles ont été tirées ; trois ont atteint la jeune femme à la tête, au bras et à la jambe, ce qui a provoqué son décès quasi immédiat. Elles ont été tirées à travers la porte fermée des toilettes avec un pistolet de calibre 9mm, celui d’Oscar Pistorius.

 

Le saviez-vous ?
Lors de scènes de crimes complexes, dans lesquelles des tirs d’armes à feu ont eu lieu, des experts de la section balistique d’un Laboratoire de Police Scientifique peuvent se déplacer pour effectuer des constatations. Ils analysent les trajectoires de tirs, les impacts de balles, les types de douilles…etc. Parfois, des agents rattachés à une Division de Police Scientifique (DPS) de niveau 2 ou 3, qui ont une section de balistique de proximité, peuvent venir leur prêter main forte (tous les services ne sont pas concernés). Si la balistique vous intéresse, vous avez donc la possibilité d’évoluer soit dans un LPS, soit dans une DPS qui possède une section de balistique de proximité !

Les douilles sont prélevées et conditionnées pour être ensuite analysées. Les Policiers photographient également les trajectoires des balles pour tenter de reconstituer les faits. Des prélèvements sont également faits au niveau des traces de sang retrouvées ; les téléphones portables du couple sont saisis pour être analysés. En parallèle, une enquête de voisinage est réalisée ; tous ces éléments recueillis par les enquêteurs ne vont pas vraiment étayer la version que Pistorius a livré aux Policiers le soir du drame…

Le témoignage des voisins

Plusieurs voisins affirment avoir entendu des disputes et des cris féminins avant les coups de feu. Certains déclarent même avoir entendu une femme crier à l’aide. Le témoignage le plus important est celui d’une certaine Michelle Burger, une voisine qui affirme avoir entendu à plusieurs reprises ce soir-là « Help ! Help ! Help ! ». Ces témoignages contredisent la version de Pistorius ; souvenez-vous, il avait indiqué aux Policiers le soir du drame qu’il dormait profondément avant de croire à l’intrusion d’un voleur car il avait entendu du bruit dans la salle de bain.

La personnalité d’Oscar Pistorius

La personnalité d’Oscar Pistorius est pour le moins complexe. L’athlète s’est construit autour du dépassement de soi, son handicap le forçant à toujours donner le meilleur de lui-même pour atteindre ses objectifs. Doté d’un très fort esprit de compétition, d’une grande détermination, et d’un besoin constant de prouver sa valeur, il supportait difficilement l’échec ou la contradiction.

Il présentait également une forte anxiété liée à la sécurité ; il craignait les intrusions à son domicile il dormait toujours à proximité de son arme à feu. Il était d’ailleurs fasciné par les armes ; il aimait les manipuler, parfois de manière totalement imprudente, à tel point qu’un coup de feu est déjà parti accidentellement alors qu’il dînait au restaurant avec un ami.

Enfin, certains témoignages ont décrit un homme impulsif, sujet à des accès de colère importants ; multiples disputes avec son épouse, difficulté à gérer ses émotions…

Le portrait d’Oscar Pistorius dépeint par des témoins et certains de ses proches est loin de l’image du « super-héros » véhiculée par les médias ; une piste suffisante pour penser que les tirs sur sa compagne étaient volontaires ?

Les psycho-criminologues
Dans une affaire criminelle, la personnalité de l’accusé est souvent au centre des débats. Les enquêteurs peuvent alors faire appel à des psycho-criminologues pour tenter d’analyser les facteurs psychologies et psychiatriques qui ont poussé l’accusé au crime. Retrouvez l’interview d’Emma Oliveira, psycho-criminologue française qui nous parle de son métier !

Les résultats des constatations scientifiques

Sans témoin direct, les constatations scientifiques ont une place centrale dans cette affaire, et plus précisément les expertises balistiques.

Les expertises balistiques

En effet, Reeva Steenkamp a été abattue de trois balles, ; l’expertise balistique établit en premier lieu que les balles ont été tirées à travers la porte, puisqu’elle est perforée de plusieurs impacts.

Ensuite, les experts ont analysé plusieurs points :

les trajectoires des balles : les impacts ont démontré que les tirs étaient regroupés dans une petite zone de la porte, indiquant qu’Oscar Pistorius avait tiré rapidement dans une direction très précise et très ciblée. Avait-il vu la position exacte de la personne derrière la porte – en l’occurrence son épouse – et choisi de tirer dans la zone en conséquence ?

la hauteur des tirs : Oscar Pistorius a affirmé avoir tiré sans ses prothèses, à une hauteur d’environ 1m55 contre 1m84 lorsqu’il les porte. Cette version « colle » avec les constatations puisque les impacts sont concentrés sous la poignée de la porte, donc à une hauteur peu élevée.

l’angle des tirs : il est légèrement descendant, ce qui montre que le canon de l’arme était légèrement plus haut que les points d’impact au moment des tirs.

Les experts ont pu finalement conclure que Oscar Pistorius se trouvait à environ 60cm de distance par rapport à la porte ; malheureusement, ils n’ont pas pu déterminer avec précision sa position. Et une question centrale demeure toujours : savait-il qui était derrière la porte au moment des tirs ?

Balle à expansion récupérée après été tirée dans un animal

De plus, les balles utilisées ont été elles aussi analysées ; il s’agit de balles à expansion, des munitions conçues pour se déformer et s’élargir lorsqu’elle entre dans une cible et créer des blessures extrêmement graves, plus graves que des balles ordinaires. Oscar Pistorius savait donc qu’en tirant, il était quasiment certain de provoquer bien plus que des blessures à la personne située derrière la porte…

 

Les expertises médico-légales

L’autopsie du corps de Reeva Steenkamp a bien confirmé que trois balles l’ont touché, dont une mortellement au niveau de la tête. Une autre balle a touché son bras ; cela a conduit les experts à penser qu’elle s’était protégée des tirs, et qu’elle était donc consciente du danger de mort quelques instants avant…

 

Les autopsies
Au même titre que les constatations scientifiques sur la scène de crime, les expertises médico-légales sont déterminantes dans la compréhension des faits. Les autopsies sont réalisées par des médecins-légistes, souvent en présence de l’Officier de Police Judiciaire en charge de l’enquête assisté par un agent de Police Scientifique qui réalise un album photographique. Cet album photographique peut être repris au moment du procès, pour montrer par exemple la gravité ou la particularité de certaines blessures. Il s’agit donc d’un exercice technique pour les Policiers Scientifiques  !

L’analyse des traces de sang

Le sang retrouvé dans les toilettes, la salle de bain et le couloir était majoritairement et logiquement celui de Reeva Steenkamp : quelques traces correspondaient au sang d’Oscar Pistorius. En effet, celui-ci a indiqué s’être blessé après avoir tenté de casser la porte à l’aide d’une batte de cricket pour tenter de secourir sa femme. Néanmoins, après les tirs, la scène a été modifiée rendant la morphoanalyse des traces de sang compliquée : par exemple, le corps de la victime a été déplacé par Oscar Pistorius, la porte des toilettes a été également remanipulée…

 

La morphoanalyse
La morphoanalyse des traces de sang consiste en l’analyse de leurs caractéristiques : taille, forme, dispersion… et permet d’établir les éléments qui en sont à l’origine (écoulements, flaques, traces projetées…). Ici, l’analyse de ces traces aurait éventuellement pu par exemple permettre d’en apprendre davantage sur la position exacte de la victime au moment des tirs.

L’analyse des téléphones portables ne donne rien de probant

Rien dans le téléphone portable d’Oscar Pistorius n’a permis d’établir un véritable projet criminel ou des menaces explicites à l’encontre de sa femme. L’analyse des SMS, des messages, des historiques de conversation ont simplement démontré une relation parfois conflictuelle et des difficultés de communication. Aucun échange particulier entre les deux époux n’a eu lieu avant le drame.

 

 

 

Les constatations scientifiques ont apporté un certain éclairage à l’affaire mais ne répondent pas à la question centrale : Oscar Pistorius, lorsqu’il a choisi de tirer à travers la porte des toilettes, savait-il que c’était sa femme qui était derrière ? Avant de tirer, pourquoi n’a t’il pas vérifié où se trouvait sa compagne dans leur maison ? Pourquoi Reeva se serait-elle enfermée aux toilettes ?

De nombreuses questions restent sans réponses ; le procès de la star de l’athlétisme s’ouvre en 2014.

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