Les doutes sur la culpabilité de Dreyfus
Très vite, des doutes apparaissent sur sa culpabilité, notamment pour les membres de sa famille (son frère Mathieu) et certains écrivains.
J’attends avant tout une explication plus détaillée que celle que vous m’avez donnée l’autre jour sur la question en suspens. En conséquence, je vous prie de me donner par écrit pour pouvoir juger si je peux continuer mes relations avec la maison R… ou non. – C…t.
Le destinataire de ce télégramme devient suspect, et le commandant Picquart décide d’étudier le cas du commandant Esterhazy. Il découvre un document de la main d’Esterhazy et ayant toujours l’affaire Dreyfus en mémoire, il remarque que l’écriture ressemble à celle du bordereau de l’affaire Dreyfus. Il sort le bordereau de son tiroir, le place à coté du document signé par Esterhazy et compare.
“Je fus épouvanté” dira t-il, “Les écritures n’étaient pas semblables, elles étaient identiques”
Durant l’année 1897, les soutiens se font plus nombreux et une campagne est menée pour la révision du procès. Suite à l’action du comité de soutien et aux doutes qui pèsent sur Esterhazy, celui-ci est convoqué en Conseil de Guerre. Il est acquitté en quelques minutes pendant que Picquart est interné au Mont-Valérien. Malgré le soutien des “dreyfusards”, ni le parlement, ni les pouvoirs publics, ne veulent rouvrir l’affaire. La presse qui soutenait Dreyfus renonce à la lutte “devant la raison d’État”.
L’audace
(…) J’accuse le lieutenant colonel du Paty de Clam d’avoir été l’ouvrier diabolique de l’erreur judiciaire, en inconscient, je veux le croire ….(…) J’accuse le général Mercier de s’être rendu complice, tout au moins par faiblesse d’esprit d’une des plus grandes iniquités du siècle…J’accuse le général Billot d’avoir eu entre les mains les preuves certaines de l’innocence de Dreyfus, et de les avoir étouffées (…) J’accuse le général de Boisdeffre et le général Gonse de s’être rendus complices du même crime (…) J’accuse le général de Pellieux et le commandant Ravary d’avoir fait une enquête scélérate (…) J’accuse enfin le premier Conseil de Guerre d’avoir violé le droit, en condamnant un accusé sur une pièce restée secrète, et j’accuse le second Conseil de Guerre d’avoir couvert cette illégalité par ordre, en commettant à son tour le crime juridique d’acquitter sciemment un coupable. Je n’ignore pas que je me mets sous le coup des articles 30 et 31 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881 qui punit les délits de diffamation et c’est volontairement que je m’expose. J’attends.
La révision, enfin
“Aujourd’hui, dans le cabinet du ministre de la Guerre, le lieutenant colonel Henry a été reconnu et s’est reconnu l’auteur de la lettre en date d’octobre 1896, ou Dreyfus est nommé. Le ministre de la guerre a ordonné immédiatement l’arrestation du lieutenant colonel Henry qui a été conduit à la forteresse du Mont-Valérien.”
Le lendemain de son arrestation, officiellement, Henry se tranche la gorge dans sa cellule avec un rasoir. Cependant, pour les historiens de l’Affaire, ce suicide garde un caractère douteux.
“La cour casse et annule le jugement du 22 décembre 1894 contre Alfred Dreyfus par le premier conseil de guerre du gouvernement militaire de Paris, et renvoie l’accusé devant le Conseil de Guerre de Rennes”
Le nouveau procès s’annonce difficile, car si Dreyfus est reconnu innocent, c’est que le général Mercier est coupable, et donc que l’état major de l’armée l’est aussi. A Rennes se joue d’une part l’honneur de Dreyfus, et d’autre part, l’honneur de tous les ministres et généraux qui ont juré la culpabilité de Dreyfus. Ce conflit oblige l’Etat à persister dans ses accusations pour défendre sa propre position. Le lieutenant-colonel Henry est mort, le commandant Esterhazy est en fuite, il ne reste que le général Mercier représentant l’armée face au capitaine désavoué. Le 9 septembre 1899, la cour du conseil militaire rend son verdict et Dreyfus est reconnu coupable par cinq voix contre deux. Le jury reconnaît des circonstances atténuantes et condamne Dreyfus à dix ans de travaux forcés. Dreyfus demande un pourvoi en révision le lendemain du verdict. Le Président du conseil de l’époque, Waldeck-Rousseau, propose alors la grâce à Dreyfus. Celui-ci accepte même si cette décision est un aveu d’impuissance ou il reconnaît implicitement sa culpabilité. Il est libéré le 21 septembre 1899.
Le 12 juillet 1906, la Cour de Cassation annule le jugement de Rennes. Le lendemain, Dreyfus et Picquart sont réintégrés au sein de l’armée avec les grades auxquels leur ancienneté leur donne droit. Le 20 juillet, Dreyfus est fait chevalier de la Légion d’honneur dans la cour d’école militaire dans laquelle il avait été dégradé, plus de dix ans auparavant. La France veut tourner la page à cette terrible injustice.
Mis à jour le 23 février 2026



