L’ Université de Leicester : Nouvelle technique de révélation de traces digitales

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Les instruments de diffusion neutronique de l’ILL et d’ISIS ont contribué à la mise au point par des chercheurs de l’Université de Leicester d’une nouvelle technique d’étude scientifique des scènes de crimes. Les recherches en cours devraient augmenter la proportion des identifications d’empreintes digitales utilisables devant un tribunal (seulement 10% actuellement).

Une identification plus sûre des empreintes digitales latentes (cachées) laissées sur des couteaux, des armes à feux, des cartouches ou d’autres surfaces métalliques : c’est ce que devrait permettre une nouvelle méthode de détection et de révélation des empreintes digitales utilisant des films fluorescents à couleur variable. Cette technique, qui est le fruit d’une collaboration entre l’Université de Leicester, l’Institut Laue-Langevin et la source pulsée de neutrons et de muons ISIS, sera présentée aujourd’hui à la « Faraday Discussion » de la Royal Society of Chemistry à Durham.

Chaque fois qu’un doigt touche une surface, il laisse des dépôts de sueur et d’huiles naturelles qui forment un dessin similaire à celui des crêtes et sillons de l’extrémité du doigt. La probabilité que deux empreintes soient identiques étant d’une sur 64 milliards, l’empreinte digitale est un outil idéal d’identification dans les enquêtes criminelles.

La principale source d’obtention de preuves à partir d’empreintes est liée aux traces latentes, c’est-à-dire celles qui ne sont pas immédiatement visibles. Ce sont, en effet, ces empreintes qui ont le plus de chance de ne pas avoir été essuyées. Malheureusement, il s’avère souvent difficile de les visualiser suffisamment clairement pour en tirer une identification formelle. Malgré l’existence de techniques de révélation des empreintes, seulement 10 % des traces digitales relevées sur les scènes de crime sont d’une qualité suffisante pour être utilisées devant un tribunal.

Université de Leicester traces digitales police scientifiqueLa méthode classique de renforcement de la visibilité d’une empreinte latente consiste à appliquer une poudre colorée qui, en adhérant aux résidus collants, crée un contraste par rapport à la surface du support. L’emploi de ce type de technique dépend de la bonne préservation des traces digitales qui sont vulnérables au vieillissement, aux influences environnementales ou aux tentatives de lavage des résidus.

Pour résoudre ce problème, des chercheurs de l’Université de Leicester ont entrepris de développer une technique nouvelle permettant de révéler les empreintes digitales en exploitant leurs caractéristiques d’isolant électrique. Les traces digitales agissent comme un masque ou un stencil qui bloque le courant électrique utilisé pour déposer un film électroactif coloré. La pellicule colorée se dépose donc sur les parties de surface nue entre les résidus d’empreinte, créant une sorte de négatif de l’empreinte.  À la différence des réactifs habituels de révélation des empreintes digitales, les polymères utilisés par les chercheurs de l’Université de Leicester sont électrochromes : l’exposition à une tension électrique les fait passer d’une couleur à une autre.

Il s’agit d’une technique extrêmement précise car même des quantités infimes de résidus isolants (d’une épaisseur de quelques nanomètres à peine) sont capables d’empêcher les polymères de se déposer sur une surface métallique.  Cette technique permet donc d’exploiter des traces digitales bien plus minces que les autres techniques. En outre, comme elle porte sur les espaces entre les résidus d’empreinte, cette technique est utilisable en combinaison avec d’autres méthodes (à base de poudre, par exemple).

Dans le dernier article qu’ils ont publié, le Professeur Robert Hillman et son équipe expliquent comment ils ont affiné cette technique en intégrant dans le film des molécules fluorophores qui réémettent la lumière d’une troisième couleur quand elles sont exposées à la lumière ou à toute autre forme de radiation électromagnétique comme des rayons ultra-violets. La combinaison des techniques d’électrochromie et de fluorescence élargit la palette de « coloration » des films et fournit deux « leviers » (l’électricité et la lumière) pour contrôler et ajuster cette coloration de manière à obtenir le meilleur contraste possible par rapport à la surface du support métallique.

L’adjonction de ces grandes molécules de marquage fluorescent a nécessité l’emploi d’un film conducteur capable de supporter des modifications chimiques post-dépôt. Des mesures de réflectivité neutronique ont permis de suivre et de quantifier le dépôt et la fonctionnalisation du film contenant des fluorophores. Ces mesures ont été effectuées sur les instruments FIGARO et D17 de l’Institut Laue-Langevin (Grenoble, France) et sur l’instrument INTER d’ISIS (Harwell Oxford, Royaume-Uni).

La position exacte ainsi que la distribution des fluorophores dans le film sont essentielles. Il faut, en effet, que les molécules pénètrent dans la couche polymère déposée sans atteindre la surface du support métallique où leur fluorescence serait moindre. En faisant appel à des méthodes isotopiques, le Professeur Hillman et son équipe ont utilisé les neutrons de l’ILL et d’ISIS pour « étiqueter » les différentes parties du système, observer le comportement de chacune d’elle et trouver les conditions idéales d’introduction des fluorophores (température, concentration des polymères, temps de réaction).

En utilisant cette nouvelle technique sur des empreintes de laboratoire, le Professeur Hillman et son équipe ont déjà démontré une amélioration des identifications formelles due à une meilleure résolution des échantillons. Néanmoins, comme tient à le souligner l’équipe, ces empreintes ont été prises dans des conditions de laboratoire. La prochaine étape consistera à appliquer la méthode à des empreintes digitales exposées à des conditions plus conformes à la réalité (eau, chaleur d’un incendie ou produits de nettoyage).

SOURCE : http://www.juriguide.com