527 prélèvements ADN dans un lycée de La Rochelle !

Pour la première fois en France, une vaste opération de collecte d’ADN masculins – 527 exactement – va être organisée dans un lycée de La Rochelle afin d’espérer identifier un violeur.

Le crime, à l’encontre d’une jeune fille de 16 ans scolarisée au lycée Fénelon-Notre Dame, en centre-ville de La Rochelle (1 100 élèves), « avait été commis durant l’après-midi du 30 septembre, dans les toilettes de l’établissement. La victime a été agressée par-derrière et dans l’obscurité. Elle n’a pas pu identifier cette personne », indiquait hier soir Isabelle Pagenelle, la procureur de la République auprès du tribunal de grande instance de La Rochelle.

La magistrate s’exprimait alors à l’occasion d’une conférence de presse, faisant suite à deux réunions d’information, l’une à destination du personnel de l’établissement et l’autre à destination des parents d’élèves.

Inconnue au fichier national FNAEG

Isabelle Pagenelle précisait que le viol avait rapidement fait l’objet d’une plainte et « les investigations avaient permis de retrouver une trace d’ADN masculin sur un des vêtements de la victime ». Mais cette trace, qui ne correspondait ni à l’ADN des parents, proches et amis de la jeune fille, ne figurait pas plus sur le fichier national automatisé des empreintes génétiques.

En conséquence, dans le cadre d’une enquête préliminaire tenue dans la discrétion la plus absolue, deux possibilités s’ouvraient à la procureur de la République : « Classer sans suite, ou se donner tous les moyens d’identifier l’auteur, sachant que nous sommes dans un milieu fermé et qu’il y a davantage de probabilités que le violeur soit quelqu’un de l’intérieur. Il s’agit aussi d’éviter une éventuelle récidive. »

« L’opération de collecte d’ADN sera organisée dès lundi, et sur plusieurs jours, poursuivait la magistrate. Un listing précis des personnes se trouvant dans le lycée lors du viol a été établi par le commissariat de La Rochelle en partenariat avec la direction de l’établissement. » Ainsi, sur les 527 prélèvements, 31 seront effectués sur des enseignants et 21 sur des membres du personnel administratif, ou toute personne qui se trouvait alors dans l’établissement.

En clair, 475 lycéens seront sollicités pour un prélèvement ADN. Ils devront ouvrir la bouche pour que leur carte d’identité génétique soit recueillie à l’aide d’une espèce de coton-tige, frotté sous leur langue et à l’intérieur de leurs joues. Les prélèvements, dûment identifiés, seront alors envoyés à un laboratoire de police scientifique lyonnais pour décryptage, puis, une fois les cartes génétiques déterminées, transmis à l’Institut génétique Nantes-Atlantique afin de procéder à la comparaison avec la trace retrouvée sur le vêtement de la victime (1). Les résultats devraient être connus avant les grandes vacances scolaires.

Traitement et comparaison

Tant devant les enseignants et le personnel administratif que devant les parents d’élèves, la procureur de la République de La Rochelle a insisté sur le consentement nécessaire des personnes figurant sur le listing. Et si elle a appuyé sur le fait que tous les ADN sans rapport avec le crime seront détruits, elle n’a pas manqué de dire que les personnes récalcitrantes au prélèvement – qui n’est pas obligatoire – deviendraient de facto suspectes, et que la justice disposerait alors des moyens de récupérer leur ADN. La magistrate n’a pas non plus exclu que le violeur puisse avoir pénétré indûment dans l’établissement, et que les tests ADN puissent se révéler négatifs.

Confiante cependant en sa stratégie, la magistrate expérimentée escompte que l’annonce même de cette opération d’envergure obligera l’agresseur à se livrer à la justice.

(1) Le coût de l’opération est de 5 000 euros.

L’ADN, preuve infaillible ?

Plusieurs affaires criminelles ont été résolues ces dernières années grâce à l’ADN, molécule qui codifie le patrimoine génétique unique de chacun et permet d’identifier un individu avec certitude.

Parfois, l’identification nécessite des tests ADN massifs et survient plusieurs années après le crime comme ce fut le cas pour le viol et le meurtre de Caroline Dickinson . Originaire de Cornouailles en Angleterre, l’adolescente séjournait en France avec sa classe lorsqu’elle est retrouvée, le 17 juillet 1996, violée et tuée dans sa chambre d’une auberge de jeunesse située à Pleine-Fougères (Ille-et-Vilaine). Deux jours plus tard, un suspect est arrêté : Patrice Padé, un SDF au casier judiciaire chargé, avoue tout en garde à vue. Problème, son ADN ne correspond pas aux analyses réalisées à partir des spermatozoïdes retrouvés sur le corps de Caroline. La chambre de l’instruction confie l’enquête au juge Renaud Van Ruymbeke. En cinq ans d’enquête, celui-ci ordonne 3 700 tests génétiques. Les gendarmes ciblent 200 suspects, parmi lesquels Francisco Arce Montes. En 2001, cet Espagnol de 51 ans est finalement retrouvé et confondu par son ADN.

Mais le recours à l’ADN peut aussi échouer, comme dans l’affaire du meurtre du petit Jonathan Coulom. Dans la nuit du 6 avril 2004, l’enfant, âgé de 10 ans, en classe de mer avec son école à Saint-Brevin (Loire-Atlantique) est enlevé, puis assassiné. Le 19 mai 2004 au soir, à 34 kilomètres du lieu de l’enlèvement, son cadavre est retrouvé, flottant à la surface d’un petit étang, ligoté au niveau du cou, des poignets et des chevilles par des cordages en nylon. L’autopsie établira que l’enfant est sans doute mort par suffocation. Les enquêteurs disposent de peu d’éléments. Seule une trace de sang a été retrouvée sur un oreiller qu’utilisait Jonathan. Plus de 1 500 prélèvements ADN ont été réalisés. En vain : il s’agissait du sang d’un enfant passé précédemment par la colonie. L’auteur du crime, lui, est toujours recherché par les gendarmes de la section de recherche de Rennes.

Plus récemment, à Larmor-Baden (golfe du Morbihan), une enquête sur huit feux criminels a pris en février 2013 une tournure exceptionnelle. Tous les habitants, soit 830 personnes, ont été interrogés et un test salivaire a été effectué à l’aide d’une sorte de coton-tige, sur les hommes âgés de 15 à 75 ans. L’ADN de ces 400 hommes devait ensuite être comparée à celle trouvée sur les lieux des incendies et détruite, si elle ne correspondait pas.

Combien coûte un test ADN ?
Difficile à dire. On peut extraire de l’ADN à partir de plusieurs et divers types d’échantillons non-standards, afin d’en obtenir un profil d’ADN. Ce profil servira à obtenir l’empreinte génétique de l’individu soumis au test et à le comparer. Selon les échantillons autres que buccaux, qui peuvent être utilisés, il peut y avoir des coûts supplémentaires de 150 € à 225 € par échantillon. Alors qu’une analyse par un laboratoire privé coûtait 350 €, il y a quatre ans, son coût est désormais descendu à 56 €.

SOURCE : Cathy Lafon – http://www.sudouest.fr