Interview de Gilles REIX, auteur de « L’arme du crime »

Rencontre avec Gilles REIX co-auteur de « L’arme du crime » publié le 10 juillet aux éditions ESKA.

Bonjour M. REIX, pouvez-vous nous présenter brièvement votre parcours ?

Je suis entré dans la police en 1983 en tant que Gardien de la Paix. J’ai tout d’abord été affecté au commissariat de police de Saint-Cloud dans les Hauts-de-Seine, où j’ai été détaché rapidement dans l’équipe des inspecteurs de police. J’y suis resté une dizaine d’années et en 1994 j’ai demandé une affectation en Identité Judiciaire. C’était la période où ils commençaient à créer des SLPT (Service Local de Police Technique et Scientifique) en région Parisienne. Je ne savais pas trop ce que c’était réellement, mais ça m’attirait. J’ai donc été affecté dans le 92 à Nanterre puis à Chaville, en 2000 j’ai fait ma demande pour aller à l’IJ PP (ndlr service d’Identité Judiciaire de la Préfecture de Police de Paris), je voulais faire des affaires criminelles ! J’ai été affecté à la permanence judiciaire, on sortait sur les scènes de crimes et c’est à ce moment-là que j’ai rencontré Perrine (ndlr Perrine ROGIEZ-THUBERT co-auteur du livre). Perrine est capitaine de police, elle est responsable de section dactylotechnie et des groupes de nuit. Pour ma part, je suis resté à la permanence jusqu’en 2011 puis je suis passé au groupe des traceurs, je suis maintenant à l’État-Major du service.

Quel est le rôle de l’État-Major dans un service d’IJ?

A l’Etat-Major, on assiste les chefs : on s’occupe des statistiques, on gère le personnel. Nous sommes 180 au SRIJ (Service Régional d’Identité Judiciaire) de Paris, il y a plusieurs grosses sections. On doit gérer les sorties, en fait, toutes les demandes extérieures transitent par nous. On est un peu un couteau suisse. Le siège du SRIJ est maintenant au 36 rue du Bastion et on gère également les antennes qui sont à Nanterre, Bobigny et Créteil.

Pouvez-vous nous parler des différentes sections au sein du SRIJ de Paris ?

Il y la section dactylotechnie qui s’occupe de tout ce qui est empreinte digitale. Dans cette section il y a ceux qui sortent, qui vont sur le terrain pour s’occuper des recherches de traces papillaires ; il y a également le groupe qui s’occupe des examens chimiques qu’on appelle un plateau technique ; et enfin il y a le groupe des traceurs qui appartient à cette section. Le traceur c’est celui qui exploite les traces papillaires digitales et palmaires retrouvées sur les scènes d’infraction et qui les rentrent au FAED pour pouvoir les comparer à la collection d’individus déjà signalisés. En tout ils sont une quarantaine.

Il y a la section photos-plans, ils sortent également sur les scènes d’infraction et font les photos et les plans… Ils s’occupent également des portraits robots et ils assistent aux autopsies.

Il y a une 3ème section qui est la section dactyloscopie, le FAED. Ils intègrent toutes les fiches de signalisations qui leur parviennent des bases techniques, SLPT etc.. Ils font le contrôle qualité et les intègrent à la base de données du FAED.

La 4ème grosse section ce sont les traces technologiques. C’est tout ce qui est vidéo-téléphonie et le son mais c’est surtout la téléphonie. C’est une section qui a vraiment explosé au cours des 10 dernières années. Il y a vraiment beaucoup de téléphones saisis dans les affaires et qu’il faut exploiter au plus vite.

Il y a ensuite tout un tas de petits groupes : la logistique, le secrétariat, une unité de formation et communication etc…

Vous avez écrit l’arme du crime, un livre sorti cette année qui propose au lecteur de découvrir l’illustre carrière des instruments du crime. Pouvez-vous nous parler de votre livre ? Où avez-vous trouvé votre inspiration ?

En 2013 nous avons participé au 100ans de la police judiciaire, nous avions organisé des conférences et des interventions. A la suite de cet événement, Jacques PRADEL nous avait demandé de participer à son émission pour parler de la 1ère affaire résolue grâce aux traces papillaires: L’affaire Scheffer, où Bertillon a fait sa 1ère identification grâce aux traces papillaires. A la fin de l’émission, M. PRADEL nous a demandé si on avait un projet de livre et que si c’était le cas il nous recevrait à nouveau avec plaisir. Nous avons trouvé l’idée bonne mais quel sujet serait intéressant, un peu original, différent de ce qui a déjà été publié ? C’est à ce moment-là qu’on a pensé aux armes du crime. Au musée de la Police à Paris, comme à Lyon d’ailleurs, il y a des armes présentées dans des vitrines et simplement avec une petite description sur une étiquette. Mais on ne sait pas vraiment toute l’histoire qu’il peut y avoir derrière. On a eu l’idée de partir de ces armes et de reconstituer les histoires en fouillant les archives à notre disposition.  On a raconté ces histoires sous forme de petites nouvelles de quelques pages, il y en a une cinquantaine dans le livre. A la fin de chaque histoire on raconte comment la PTS contemporaine aurait pu traiter l’affaire. C’est ludique et abordable.

Est-ce que vous avez été amené a traité une affaire où une arme hors du commun avait été utilisée ?

Beaucoup de crimes ne sont pas préparés, l’auteur prend souvent ce qu’il trouve, ce qu’il a sous la main. C’est souvent des armes blanches ou des armes à feu. Une fois on a eu une arbalète, c’était plutôt original, on a aussi eu un lance-roquette. C’était sur une perquisition, mais cela reste exceptionnel. On a plus souvent des armes traditionnelles ou des armes de guerre surtout dans tout ce qui est règlement de compte. On a aussi eu des machettes, des coupe-coupes. Heureusement on n’a pas ça tous les jours non plus.

Avez-vous une anecdote à nous raconter, une affaire qui vous à marqué ?

On a eu une affaire où l’auteur a traité sa victime de façon très surprenante à mon sens. L’auteur connaissait très bien sa victime puisqu’il s’agissait de sa grand-mère. Il était schizophrène, il s’était rendu chez elle et l’avait tuée puis décapitée avec une arme blanche. Il avait ensuite mis la tête dans un sac poubelle, pour ne pas la voir, pour ne pas qu’elle le voit faire. C’était vraiment une mise en scène étrange. Le jeune auteur devait être placé quelques jours après dans un hôpital psychiatrique par ses parents…

Une autre histoire m’a vraiment marqué. Suite à un vol à la fausse qualité, je me déplace chez une personne âgée un soir assez tard. Rien n’avait été volé, on arrive, le petit vieillard était très gentil, on lui demande ce que les auteurs ont touché : « rien du tout ». Je lui demande alors s’il y a quelque chose qui lui tient à cœur, s’il ne veut pas vérifier que c’était toujours là. Il se précipite dans sa chambre et revient avec une petite boîte en bois mais sans aucune valeur, une petite boîte toute simple avec juste une rose gravée au-dessus. Je reste un peu perplexe et là il commence à m’expliquer pourquoi cette boîte lui tient tellement à cœur. Il s’assoit en face de moi et relève la manche de son bras gauche et je vois un numéro tatoué sur son avant-bras. Il était menuisier, de confession juive et avait été déporté dans un camp de concentration durant la seconde guerre mondiale. Il fabriquait ces boîtes qu’il échangeait contre du pain à des gardiens, c’est comme ça qu’il a réussi à survivre et à nourrir ses compagnons de chambrée. Je suis resté avec lui plus de 2h, à parler de sa vie. Je m’étais déplacé sur une affaire où il ne s’était finalement rien passé mais j’ai pris une leçon d’histoire et d’humanité qui m’a marqué à vie. Des fois les scènes les plus impressionnantes ne sont pas forcément les plus complexes et sanglantes, c’est aussi ça la beauté de notre métier, pouvoir rencontrer et découvrir des personnes et des lieux qu’on n’aurait jamais eu l’occasion de côtoyer.

Merci M. REIX pour le temps que vous nous avez accordé.

« L’arme du crime » propose au lecteur de découvrir l’illustre carrière des instruments du crime à travers une cinquantaine d’affaires criminelles historiques connues ou moins connues (de 1610 à 1946). Du couteau de Ravaillac à l’œilleton de Petiot, en passant par les recettes empoisonnées de la Brinvilliers. Le lecteur, immergé dans les scènes de crime racontées comme autant de petites nouvelles avec le jargon policier, suivra la piste de ces objets criminels insolites.

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