Interview de Claire RAPHAEL, auteure du roman « Les militantes »

Rencontre avec Claire RAPHAEL, auteure du roman policier « Les militantes » paru cette année aux éditions Rouergue noir.

Bonjour Claire, pouvez-vous nous présenter brièvement votre parcours ?

Bonjour, je suis entrée dans la PTS (Police Technique et Scientifique) en 1996 comme ASPTS (Agent Spécialisé de Police Technique et Scientifique), à l’époque, on appelait ça ATL (Aide Technique de Laboratoire). Je travaillais en SLPT (Service Local de Police Technique) en région parisienne et ce, pendant 6-7 ans. J’ai, par la suite, passé le concours interne de technicien en identité judiciaire et intégré la Police Judiciaire de Versailles pendant 6-7 ans également. Durant ces années j’ai décidé de prendre une spécialité et petit à petit de m’y consacrer entièrement. Cette spécialité c’était la balistique. Nous avions de plus en plus de saisines concernant les armes à feu donc ce secteur recrutait. Je suis entrée dans cette discipline, que je ne connaissais pas au départ puisque je n’étais pas tireur sportif, que je ne pratiquais pas la chasse non plus, mais j’avais une certaine curiosité pour la matière. Je me suis d’ailleurs rendue compte que cette discipline était tout à fait intéressante. Elle touche à la fois à l’histoire des armes et des guerres, à la physique, à la chimie (avec les résidus de tir), à la biologie ainsi qu’à la médecine (avec les blessures par l’arme à feu) … C’est devenu ma spécialité à temps complet. C’est à ce moment-là que j’ai intégré, en tant que technicien en chef, le laboratoire de PTS de Paris, en section balistique. En 2014, j’ai passé le concours ingénieur en balistique et je suis aujourd’hui ingénieur en balistique à l’INPS de Paris.

Vous avez écrit « Les militantes », un polar sorti cette année qui propose au lecteur de suivre les pas d’Alice Yekavian, experte en balistique. Pouvez-vous nous parler de votre livre ? Où avez-vous trouvé votre inspiration ? 

Je suis passionnée par la littérature et notamment par la littérature policière, j’ai eu envie d’écrire un polar dont l’héroïne était issue de la PTS, ce qui bouleverse un petit peu le genre, en France on n’a pas tellement ce genre de polar.

La narratrice, Alice Yekavian, est elle-même expert en balistique en laboratoire, c’est un peu mon alter ego : par sa profession, par son origine arménienne (je suis moi-même d’origine arménienne). J’avais envie d’écrire un roman qui soit à la fois un roman policier avec une intrigue et un roman social avec un arrière fond de problématique sociale contemporaine. En l’occurrence, c’est un livre qui est centré sur le meurtre d’une femme, anciennement battue, devenue militante de la cause des femmes. Cela m’intéressait de travailler cette double thématique: celle des violences faites aux femmes et celle du militantisme. C’est une chose qui m’intéresse car j’ai aussi fait beaucoup de syndicalisme. La question du militantisme est aussi une question importante à mes yeux. Dans notre société actuelle, il y a beaucoup de moyens de communication et il est parfois difficile de fédérer autour d’une cause. C’est à la fois un roman policier à intrigue et en même temps un roman social.

Quelle est la place de la PTS dans ce roman ?

La PTS a une place importante dans ce roman. J’ai voulu écrire une intrigue réaliste qui montre les possibilités matérielles qui sont offertes aujourd’hui sur une affaire complexe. Dans ce récit, on voit les enquêteurs non seulement faire travailler Alice, ma narratrice, qui est experte en balistique, mais on voit également les enquêteurs réquisitionner des experts en génétique, en traces papillaires, en exploitation de vidéo… Ils ont même recourt à une psychocriminologue !

J’avais envie de montrer la réalité de l’enquête criminelle moderne en essayant cependant d’épouser un rythme un peu plus rapide que le rythme habituel de l’enquête. Il faut savoir que les affaires criminelles complexes sont longues et comme leurs noms l’indiquent : complexes. C’est un livre que j’ai voulu réaliste et que j’ai écrit en profitant de mon expérience de plus de 20 ans en tant que PTS.

Vous êtes-vous inspirée de faits réels ?

Je me suis inspirée de différents types d’affaires sur lesquelles j’ai pu travailler, notamment au début de ma carrière. J’œuvrais en sécurité publique et j’étais régulièrement amenée à travailler sur des faits de violences contre des femmes. J’ai beaucoup repensé à cette période de ma carrière professionnelle. J’étais dans une grosse agglomération à l’ouest de Paris, on avait une 30aine de communes et l’on voyait beaucoup de choses. Je ne me suis donc pas inspirée d’un cas, mais d’un ensemble de cas que j’ai reconstruit pour donner une intrigue.

Avez-vous une anecdote à nous raconter, une affaire qui vous a marqué ?

Durant ma carrière, comme tous les fonctionnaires de la PTS, j’ai beaucoup travaillé sur des cas dramatiques de morts de personnes. Finalement quand je repense à tout ça, en dehors des attentats sur lesquels j’ai pu travailler (notamment en 2015), les faits qui m’ont le plus marquée ce ne sont pas les plus graves en terme judiciaire mais plutôt parfois des morts naturelles. Le plus dur reste quand même des morts de jeunes, de gamins. Je me souviens en particulier d’une affaire qui m’avait touchée et beaucoup interrogée. C’était la mort d’un adolescent de 19 ans qui avait été retrouvé dans sa chambre de bonne. Il faisait ses études en région Parisienne et sa famille habitait en province. Lors des constatations, on ne comprenait pas ce qu’il s’était passé et on n’a jamais pu expliquer sa mort. C’était d’autant plus difficile de devoir annoncer le décès à ses parents sans pouvoir leur fournir la moindre explication. Je me suis rendue compte à cette occasion que notre rôle était à la fois de trouver les auteurs mais aussi d’expliquer les circonstances quand un fait criminel ou une mort surviennent. Finalement, pour les familles des victimes, c’est aussi important de connaitre le nom de l’auteur que de comprendre ce qu’il s’est passé. Cela leur permet d’y réfléchir de façon rationnelle et surtout de ne pas être submergés par la peine ou par des doutes et des questions sans réponse. Finalement, pour ce jeune homme nous avions réussi à écarter la piste criminelle mais de nombreuses questions sont restées sans réponse.

Pourquoi vous être lancée dans l’écriture d’un roman ?

J’ai toujours eu une passion pour la lecture et l’écriture. J’ai longtemps écrit des textes courts en poésie, des nouvelles, et j’avais surtout l’envie d’écrire un roman. J’avais déjà écrit des romans que je n’ai pas réussi à faire publier. Puis, j’ai pensé au roman policier, parce que j’en lis, parce que je suis moi-même policier et finalement c’est quelque chose qui s’est imposé progressivement. Je suis passée de l’écriture de texte court à l’écriture de texte plus long puis finalement à ce roman, ce roman noir, ce roman social, qui correspond à mon goût en tant que lectrice.

Merci Claire pour le temps que vous nous avez accordé.

Dans un premier roman saisissant de réalisme, Claire Raphaël nous fait vivre au plus près une enquête complexe qui est aussi une réflexion sur les violences contemporaines.
Un extrait du livre est disponible sur le site de l’éditeur : https://www.lerouergue.com/catalogue/les-militantes
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