Techniques de révélation

Les procédés de révélation

Les traces papillaires sont présentes sur une multitude de supports, on peut citer notamment le bois, le papier ou même la peau. Pour révéler ces traces papillaires, la police scientifique a développé des méthodes de détection variées.

Voici quelques procédés qu’il faut sélectionner en fonction de paramètres tels que : l’ancienneté de la trace, le type et l’état du support ou encore la recherche postérieure d’ADN.

• L’épiscopie coaxiale

Cette méthode optique non destructrice peut être utilisée sur des surfaces lisses et réfléchissantes. Elle peut être mise en séquence avec d’autres méthodes de détection puisqu’elle n’interagit pas chimiquement avec les composés de la trace. Cette technique joue sur les contrastes de réflexion de la trace, entre une réflexion spéculaire et une réflexion diffuse. Les rayons lumineux de l’éclairage passent par une lentille de Fresnel (qui rend les rayons parallèles) puis par un miroir semi-transparent à 45°. Cet éclairage met en évidence la réflexion diffuse des crêtes et la réflexion spéculaire du support (voir ci-dessous) La lumière réfléchie par le support est observée par l’épiscope alors que la lumière réfléchie par les crêtes est diffusée. Les crêtes apparaissent alors en noir sur fond clair. Plus exceptionnellement, d’autres méthodes optiques peuvent être utilisées pour révéler ou renforcer des traces comme un éclairage UV pour détecter une luminescence du support ou de la trace, ou encore l’utilisation de filtres colorés.

episcopie coaxiale trace digitale

• Les vapeurs de cyanoacrylate

trace digitale cyanoacrylate
Une trace digitale révélée à l’aide de vapeur de cyanoacrylate sur une pièce en plastique noire

Ce procédé de révélation peut être utilisé sur des surfaces lisses et sèches. Pour obtenir les vapeurs, on utilise l’ester de cyanoacrylate, un monomère se présentant sous forme liquide (composant de colles « superglue »). Les vapeurs de cyanoacrylate réagissent avec les sécrétions sébacées et l’humidité pour former le polycyanoacrylate qui est un solide blanc (voir formule semi développée ci-dessous). Le support à traiter doit être placé dans une cuve hermétique, sous un fort taux d’humidité (70 à 80%) puis l’ester de cyanoacrylate doit être vaporisé. Cette technique est fréquemment utilisée dans les services d’identité judiciaire car elle est bon marché, facile d’utilisation et sensible.

réaction chimique cyanoacrylate révélation trace digitale

• La suspension de microparticules ou « Small particule Reagent (SPR) »

Trace digitale SPR
Une trace papillaire révélée à l’aide d’une solution de SPR noire sur une lame de couteau

Le SPR est une sorte de « saupoudrage mouillé » qui permet la révélation des traces sur des supports lisses qui ont été mouillés ou passés sous l’eau. La solution de SPR contient une poudre insoluble qui réagit avec les composants sébacés insolubles à l’eau. Le support à analyser peut être directement immergé dans la préparation de SPR ou la solution peut être vaporisée sur le suport. Cette technique  de révélation bon marché, facile et rapide à mettre en œuvre, est destructrice et montre une efficacité limitée.

• Les poudres colorées

révélation trace digitaleTechnique de révélation bon marché, facile et rapide à mettre en œuvre. Il existe une multitude de poudres (magnétiques, luminescentes, de différentes couleur) qui réagissent avec l’eau présente dans les sécrétions papillaires. Les poudres sont souvent utilisées sur les lieux d’infraction par les premiers intervenants. En France, les policiers polyvalents sont formés à l’utilisation de ces poudres qui peut nécessiter une certaine habitude. Elles s’appliquent à l’aide d’un pinceau (magnétique, en fibre de verre, en poil animal…) et les traces sont prélevées sur la surface adhésive de ce que l’on nomme un « transfert ». Malgré tous ces avantages les poudres sont loin d’être la méthode de choix car elles réagissent sur des traces récentes, sur des supports lisses, propres, secs et qui n’ont pas été mouillés. De plus il s’agit d’une technique destructrice qui n’est pas compatible avec une recherche d’ADN ultérieure.

• Le bain de ninhydrine (ou 2,2-dihydroxy-1,3-indanedione)

ninhydrine trace digitale
Traces digitales révélées sur une feuille blanche à l’aide d’un bain de ninhydrine

Cette méthode de révélation est utilisée sur les surfaces poreuses qui n’ont pas été mouillées. La ninhydrine réagit avec les acides aminés (solubles dans l’eau) pour former un produit de couleur violet/pourpre dénommé le pourpre de Ruheman. Il suffit d’immerger le support à traiter dans une solution de Ninhydrine et de le laisser sécher dans l’obscurité pendant au moins 24h car la réaction chimique est lente. Comme pour le cyanoacrylate, il s’agit d’une méthode de choix pour les services de police scientifique car elle est sensible, facile d’utilisation et bon marché. En revanche, le produit est toxique et la compatibilité avec la recherche d’ADN ultérieure est incertaine.

Ninydrine révélation trace digitale

• Le révélateur physique

Révélateur physique traces digitales
Traces papillaires révélées à l’aide du révélateur physique sur une surface poreuse ayant été mouillée

Cette méthode de révélation, développée dans les années 1970, a l’énorme avantage de révéler des traces sur des supports poreux qui ont été mouillés. Le révélateur physique, utilisé en photographie argentique, composé notamment d’ions argent, réagit avec les sécrétions sébacées des traces digitales ou palmaires. Avant d’utiliser la méthode, il peut être nécessaire d’immerger le support dans un bain d’acide maléique pour éviter la réaction des ions argent avec le carbonate de calcium présent dans le papier. Cette technique permet la révélation de traces papillaires âgées mais est cependant destructrice et doit par conséquent être utilisée qu’en dernier recours.

• Les vapeurs d’iode

iode trace digitale
Révélation d’une trace digitale à l’aide de vapeurs d’iode (gauche) et d’un traitement secondaire au benzoflavone (à droite)

Les vapeurs d’iode réagissent avec le sébum et les lipides des sécrétions papillaires. Le produit de la réaction brun/marron est transitoire et doit être fixé avec un second produit chimique, le 7,8-benzoflavone qui donne une coloration bleue. L’avantage de cette technique de révélation est qu’elle n’altère pas la trace et qu’elle fonctionne sur des supports poreux et non poreux. Elle peut être une méthode de choix pour des surfaces réputées difficiles comme les papiers thermiques, la peau ou le cuir. En revanche, l’iode est toxique et seules les traces récentes peuvent être révélées (quelques jours)

• Le bain de DFO (ou 1,8-diazafluoren-9-one)

DFO trace digitale
Une trace digitale révélée à l’aide d’une solution de DFO sur une surface poreuse

Comme la ninhydrine, cette méthode est utilisée sur les surfaces poreuses qui n’ont pas été mouillées. Le DFO réagit avec les acides aminés (solubles dans l’eau) pour former un produit de couleur pourpre. Les deux avantages du DFO sur la ninhydrine sont la rapidité de réaction (10 à 15 minutes) et la propriété de luminescence du produit de la réaction. En revanche, il est nécessaire de chauffer la réaction et d’utiliser une cuve. La compatibilité avec la recherche d’ADN ultérieure est incertaine.

• La déposition métallique sous vide d’air

révélation traces déposition métalique sous vide révélation

Cette méthode de révélation se révèle extrêmement sensible mais trouve ses limites dans son prix et sa difficile mise en œuvre. De l’or puis du zinc sont vaporisés sur des supports lisses ou semi poreux à l’intérieur d’un appareillage. L’or adhère sur toute la surface du support hormis sur les sécrétions papillaires. Le zinc vient ensuite se déposer sur le dépôt d’or et donne une coloration noire. La trace digitale apparaît en clair sur fond noir. A l’aide de cette technique, des recherches réalisées par l’université d’Abertay Dundee en Ecosse ont montré la possibilité de détecter des traces papillaires sur des tissus, ce qu’aucune autre technique de révélation ne permet.

• La solution de nitrate d’Argent (AgNO3)

nitrate argent trace digitale
Révélation d’une trace digitale à l’aide d’une solution de nitrate d’argent

Cette solution vaporisée sur le support réagit avec les ions chlorures des traces latentes pour former du chlorure d’argent (précipité blanc). L’exposition du chlorure d’argent à la lumière le décompose en ions argent Ag+ (coloration noire). Les crêtes apparaissent donc en noir. Ce procédé de révélation est efficace sur des surfaces poreuses et en particulier sur du bois brut (non vernis). Bien que rapide et facile à mettre en œuvre, cette technique donne de mauvais résultats sur des traces anciennes (migration des ions Cl- dans le support) et reste très peu utilisée.

NaCl (aq) + AgNO3 (aq) → NaNO3 (aq) + AgCl (s)

• Les solutions d’« adhesive side » ou de « sticky side »

Sticky side trace digitale
Traces digitales révélées sur la surface adhésive d’un scotch à l’aide d’une solution de stick-side

Ces deux solutions permettent la révélation des traces digitales ou palmaires sur des surfaces collantes des adhésifs. L’application se fait à l’aide d’un pinceau directement sur l’adhésif. La solution d’ « adhésive side » donne une coloration blanche aux traces alors que celle du « sticky side » donne une coloration noire.

Les policiers scientifiques utilisent aussi des traitements secondaires pour renforcer les traces révélées : la solution de noir amido pour les traces sanglantes, le violet de gentiane ou le noir de soudan pour les traces graisseuses, les colorants luminescents (Ardrox, Rhodamine, Basic Yellow, Basic Red), les poudres, les lumières de différentes longueurs d’ondes ou les filtres colorés.

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