Affaire Grégory. La voix du corbeau va-t-elle « parler » ?

La voix du corbeau va t elle parler ?

Grâce à un nouveau logiciel, les gendarmes vont tenter de reconnaître celui ou ceux qui appelai(en)t la famille Villemin au téléphone. Et de nouvelles analyses ADN vont être menées.

Le 16 octobre 1984, le corps du petit Grégory était découvert assassiné dans la Vologne (Vosges). Le mystère demeure. Pour ses parents, Christine et Jean-Marie Villemin, les progrès technologiques maintiennent l’espoir de connaître la vérité. Ils ont obtenu que les appels téléphoniques du ou des corbeaux, qu’ils avaient enregistrés, puissent être comparés aux voix des protagonistes de l’affaire. Ces voix avaient été recueillies par des journalistes et ont été gardées à l’Institut national de l’audiovisuel (Ina).« Je suis raisonnablement optimiste », commente, prudent, Me Thierry Moser, avocat des parents.

analyse voix batvox IRCGN police scientifique
Logiciel Batvox

Pour l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), cette expertise est possible. Il dispose pour cela d’un logiciel, Batvox, créé par la société espagnole Agnitio. « Il a été développé avec la police espagnole pour identifier les terroristes qui avaient posé des bombes à Madrid, en 2004 », précise Philippe Vinci, d’Agnitio. Aujourd’hui, ce logiciel est utilisé dans trente-deux pays. « Il a fait ses preuves », assure-t-il.

Selon Hermann Künzel, expert phonéticien en Allemagne, Batvox « est capable d’identifier n’importe quelle voix ». Il a mené une expérience : l’outil a reconnu 84 % des voix, bien que certaines« paraissent presque identiques à l’oreille ».

« Jamais 100 % de certitude »

Problème : la voix n’est pas un identifiant aussi fiable que l’ADN ou l’empreinte digitale. En fonction de l’âge, d’un rhume…, « elle change », explique Nancy Bertin, chercheuse Rennaise spécialisée dans le traitement du signal sonore à l’Institut de recherche en informatique et systèmes aléatoires (Irisa). « Nous n’aurons jamais 100 % de certitude. Le taux d’erreurs peut varier de 2 %, dans des conditions optimales d’enregistrement, à 40 % pour les cas les plus difficiles », précise-t-elle.

Le résultat serait-il alors trop incertain pour être utile ? « Il ne peut pas servir de preuve. Mais dans des affaires où l’on ne sait plus où chercher, il peut aider à orienter l’enquête », convient-elle. Dans l’affaire Grégory, le résultat pourrait être connu à l’été 2013.

Hier, la justice a autorisé des recherches d’ADN sur des vêtements et les chaussures de Grégory Villemin. Elles seront réalisées à partir d’une nouvelle technique qui permet d’identifier un individu avec peu de cellules.

© http://www.ouest-france.fr, 27/09/2012 Pierrick BAUDAIS.