Bordeaux : trahi par son ADN, onze ans après

SIPA/DURAND FLORENCE

Trahi par son ADN onze ans après les faits

Un homme est écroué pour le viol d’une fillette commis en 2001. Arrêté en février dernier dans le cadre d’un délit, son ADN l’a confondu. Il a été interpellé à son domicile mercredi

L’empreinte génétique est devenue l’arme fatale des enquêteurs.

L’interpellation, cette semaine, du violeur présumé d’une fillette de 11 ans commis au mois d’août 2001, à Bordeaux, en est une nouvelle démonstration. Le suspect, un père de famille de 45 ans, a été trahi par son ADN, onze ans après les faits.

Les enquêteurs de la brigade départementale de protection de la famille de la Sûreté départementale avaient pourtant mené un travail de fourmi, à l’époque. Un portrait-robot avait été diffusé, en vain. Le violeur qui avait laissé une trace sur les vêtements de la victime n’avait pas été identifié.

Les progrès de la science et l’enrichissement, en 2006, du Fichier national automatisé des empreintes génétiques (Fnaeg), permettent désormais d’élucider des affaires encore non résolues.

Des menaces contre Sarkozy

Le violeur présumé confondu à Bordeaux a été trahi après avoir été placé en garde à vue, le 29 février 2012. Il avait été interpellé par les policiers de la Division des affaires criminelles de la Direction interrégionale de la police judiciaire (DIPJ) après avoir passé une quinzaine de coups de fil à police-secours, proférant des insultes et indiquant avoir perçu une forte somme d’argent pour attenter aux jours du candidat-président de la République Nicolas Sarkozy qui devait tenir un meeting dans la capitale girondine quelques jours plus tard.

Mais, ivre, l’homme avait téléphoné avec son portable personnel. Très vite repéré, il avait été arrêté et avait été condamné à trois mois de prison avec sursis dans le cadre d’une comparution immédiate devant le tribunal correctionnel.

Lors de sa garde à vue, les policiers avaient prélevé son empreinte génétique. Le profil avait été envoyé au siège de la sous-direction de la police technique et scientifique où il a été stocké. Récemment, celui-ci a « matché » avec la trace biologique prélevée en 2001 et intégrée au Fnaeg.

Sortie faire des courses

Dès lors, les policiers bordelais étaient en mesure de mettre un nom sur l’homme qu’ils avaient si longtemps recherché.

Interpellé à son domicile mercredi, il a été conduit au commissariat central où il a été entendu pendant près de 48 heures. Un nouveau prélèvement ADN a été effectué lors de sa garde à vue afin de comparer avec la trace récupérée en 2001. Aucun doute.

Les experts du laboratoire d’hématologie médico-légale de Bordeaux ont confirmé qu’il s’agissait bien du même individu. Celui-ci a néanmoins nié les accusations portées à son encontre, bien qu’ayant admis sa présence sur les lieux, le jour des faits, dans le quartier du Grand Parc, à Bordeaux.

Le 3 août 2001, la fillette de 11 ans était sortie faire des courses sous le regard de sa mère qui l’avait suivie des yeux depuis une fenêtre de son appartement. Mais, une fois de retour dans l’immeuble, elle avait été abordée par un inconnu alors qu’elle attendait l’ascenseur. Entraînée de force par son agresseur vers le sous-sol, elle s’était débattue. L’homme, le visage caché, avait fait preuve d’une certaine violence pour abuser de l’enfant. Malgré un important dispositif de recherches et des investigations très poussées, il n’avait pas été retrouvé.

Bordeaux profil ADN police scientifiquePas d’erreur possible

Aujourd’hui, la preuve par l’ADN a permis de le confondre. « L’empreinte génétique, c’est du sûr à 99,99 %, confie un expert. Il y a trop de points de comparaison pour qu’il puisse y avoir une erreur. »

Le violeur présumé connaissait le Grand Parc pour y avoir travaillé pendant quelques mois dans le cadre d’un contrat emploi solidarité. Avait-il repéré sa proie ? Pour l’instant, de nombreuses interrogations subsistent.

Une information judiciaire a été ouverte par le parquet et confiée à un juge d’instruction.

L’enquête repart donc de zéro pour les policiers de la brigade de protection de la famille. Le suspect va être réentendu prochainement dans le cadre de la commission rogatoire.

Depuis plusieurs mois, il était en arrêt maladie pour des problèmes liés à l’alcool.

Par Jean-Michel Desplos © http://www.sudouest.fr, publié le 28/07/2012