Ce robot traque l’ADN de milliers de cambrioleurs

Ce robot traque l’ADN de milliers de cambrioleurs

Les forces de l’ordre s’équipent pour faire face à l’arrivée en masse des prélèvements d’empreintes génétiques.

Le noyau de cerise a attiré de sacrés «pépins» à un cambrioleur. C’est en mangeant ces fruits au cours d’un fric-frac dans l’Yonne qu’il a été confondu, arrêté et mis en examen. Sur le noyau qu’il avait abandonné, son ADN y a été retrouvé ; le moyen pour les enquêteurs de le mettre en cause et de résoudre plusieurs dizaines de cambriolages.

Les affaires de ce type sont désormais légion. Depuis plusieurs années, le travail de police technique et scientifique s’est démocratisé en France. La recherche des empreintes génétiques n’est plus l’apanage de ceux travaillant sur les affaires criminelles mais s’étend à toute la délinquance dite de masse. Cambriolages, vols à la roulotte font désormais intervenir des techniciens en blouse blanche. Cela tient à une volonté politique apparue dès 2007 qui s’est consolidée en 2010 et qui n’est guère remise en cause.

Entre la systématisation de ces activités scientifiques et l’explosion des cambriolages en France, au nombre de 202.000 rien que pour les résidences principales en 2011 (soit une augmentation de 17 % par rapport à 2010), les forces de l’ordre ne chôment pas. Elles doivent même s’adapter à cette nouvelle charge de travail. Robotisation, informatisation, simplification des tâches et accélération de la cadence sont au programme.

Ce robot est une supermachine

Côté gendarmerie, les enquêteurs s’attellent ainsi à la mise en place d’un nouveau laboratoire à Pontoise (Oise) exclusivement dédié à l’analyse des empreintes génétiques pour cette délinquance de masse. Dès septembre prochain, une nouvelle machine informatisée plus performante y sera opérationnelle permettant de traiter 3.000 traces ADN par mois au lieu de 800 actuellement à Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

Ce robot est l’aboutissement d’une réorganisation touchant toute la chaîne des intervenants. Sur le terrain, tout d’abord, des gendarmes ont été formés au prélèvement d’ADN sur les scènes d’infraction. Un marché national a aussi été passé pour que les hommes en blouse blanche œuvrent désormais avec des «écouvillons» absorbant l’ADN plus simples d’usage. Dans quelques semaines, tous ces prélèvements arriveront donc à Pontoise pour être analysés par ce superrobot à l’appétit féroce. Ce dernier est programmé pour analyser 96 échantillons en 1 h 50 quand il faut aujourd’hui une journée à un seul analyste.

«Nous avons calibré cet outil pour absorber les besoins de nos services», indique le colonel François Daoust, directeur de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN). En con­séquence, les résultats de ces examens devraient plus rapidement être communiqués aux enquêteurs.

Un coût moindre

Autre avantage: le coût. «L’analyse d’un échantillon qui était il y a quelques années de l’ordre de 80 euros est de 20 euros aujourd’hui. Avec cette machine, le prix devrait tomber à 15 euros», ajoute le patron de l’IRCGN. Il n’y a pas de petites économies… D’ailleurs, au niveau national, consigne a été donnée à tous les enquêteurs – gendarmes comme policiers – de ne pas dépasser les trois prélèvements par cambriolage.

Laboratoire INPS Ecully police scientifique robotCôté police, une réorganisation est aussi lancée. La plupart des laboratoires regroupés au sein l’Institut national de police scientifique (INPS), comme celui de Lyon, sont aujourd’hui dotés d’une machine identique. Le traitement informatisé de cette délinquance de masse fait d’ailleurs exploser les chiffres. Le nombre de traces génétiques traité par l’INPS a fait un bond de 76 % en deux ans et de 160 % en quatre ans. Mais selon Jean Lobry, directeur du laboratoire de Lyon, ces «superrobots» ne tournent pas encore à plein régime.

À cela deux freins, selon lui. Par souci d’économie et afin d’épuiser les stocks, les enquêteurs travaillent encore avec les anciens «écouvillons». «Les nouveaux équipements commencent juste à être utilisés», dit-il. Ensuite, des services d’enquête envoient toujours des objets pour être analysés au lieu d’effectuer eux-mêmes les prélèvements. Des vieilles habitudes qui ont encore la vie dure.

Article d’Angélique Négroni © http://www.lefigaro.fr , publié le 08/08/2012