La science au service de la police : le quotidien des experts de Manosque

Didier, Jeanne et Nathalie, les trois policiers scientifiques manosquins, nous racontent leur quotidien, leur métier

On est les experts de Manosque » sourit Didier, brigadier-chef du service local de la police technique (SLPT), ouvert en 2008. « Ce ne sont pas ces séries qui nous font le plus de mal. Ce sont surtout les reportages télévisés où on dévoile nos façons d’enquêter sur les crimes et les délits. »

Les malfaiteurs en raffolent. Aujourd’hui, ils brûlent les corps et les véhicules. « Après une destruction par les flammes, il est difficile de trouver quelque chose mais on y arrive! » Car la police scientifique possède heureusement des moyens lui permettant d’élucider de nombreuses affaires.

Clichés et prélèvements

À Manosque, Didier, Jeanne et Nathalie prennent de nombreux clichés de la scène et prélèvent les éléments tangibles: empreintes, cheveux, ongles et tous les autres éléments biologiques détenant le précieux ADN. Ils travaillent dans l’ombre. « Un travail ingrat » estime-t-il, « car il ne se voit pas. Alors quand on sort de belles affaires, quand on identifie des auteurs de vols à main armée ou d’une série de cambriolages, on est contents. On ne prend rien à la légère. On ne doit rien laisser de côté. Quand une empreinte ressort, on a le sentiment du travail accompli. »

« Il faut toujours travailler comme si c’était l’affaire du siècle, car quand on part de la scène, on n’y revient plus. Si on loupe une trace, c’est fini. Nos photos sont les yeux du procureur et du juge. C’est très important » explique Nathalie.

Mutualisation des moyens oblige, cette base technique manosquine est dépendante de Digne. « Si les traces trouvées ne parlent pas, on envoie tout au laboratoire indépendant à Marseille (lire ci-contre). »

Un 269e déplacement

Ce matin-là, Didier rentre d’une nuit agitée. Un cambriolage dans un magasin de la zone Saint-Joseph. Son quotidien. Le plus « embêtant », comme il dit, c’est la solitude lors des astreintes de nuit.

« C’est le moment où il y a souvent le plus d’affaires et donc le plus d’investigations à mener. » Même si les malfaiteurs n’ont plus peur de rien et frappent maintenant le jour, la nuit reste toujours propice aux délits.

Depuis le début de l’année, les trois agents du SLPT en sont à leur 269e déplacement. « Noël n’est pas encore arrivé. On va exploser les chiffres. L’an dernier, on en comptait 227 » souligne Didier. Quand il est arrivé, en 2006, les cambriolages sur Manosque dépassaient tout juste la soixantaine.

Les délits augmentent et les techniques évoluent. Grâce au fichier d’authentification des empreintes digitales (FAED), qui recherche automatiquement un profil déjà enregistré, « on peut savoir en quelques minutes si l’individu nous ment, sur son identité notamment. »

Profils différents pour une passion commune

Trois experts, trois profils différents. En quelques décennies, le métier a fortement évolué . Didier est un agent de la paix spécialisé grâce à des stages, comme « les traces, où on s’abîme la rétine; la gestion des scènes d’infraction… » Quant à Jeanne et Nathalie, elles ont passé un concours pour intégrer la police scientifique. Affectée à Manosque pour son premier poste, Jeanne, la Carcassonnaise, savait « que c’était ce service ou rien d’autre. C’est à part. » C’est elle cet été, qui s’est rendue rue Guilhempierre, pour des odeurs suspectes.

Équipée de gants, surchaussures et masque, elle y découvre Michel, un quinquagénaire décédé à son domicile depuis une vingtaine de jours. « Rien que l’odeur, ça reste… Même avec la combinaison, ça reste… On prend une bonne douche et on repart » confie la jeune fille, âgée de 26ans. « Avec ce qu’on voit, si on n’est pas passionné, on s’en va » ajoute Didier. Derrière la science et les preuves tangibles, il y a l’humain. Nuit et jour, ils cherchent pour aider à ce que justice soit rendue.

Laure GARETA, source www.laprovence.com