Les fichiers ADN infaillibles ?

Il était incarcéré à la place d’un autre, le cauchemar de Marius Murariu est terminé

il-etait-incarcere-a-la-place-d-un-aut-1302629Me Bensoussan: «C’est hallucinant, personne n’a été capable de voir qu’un homme s’est fait passer cinq fois pour un autre.» PHOTO PATRICK DELECROIX. | TRIBUNAL DE LILLE |

Trois jours après sa comparution devant le tribunal de Lille où cette histoire hallucinante avait éclaté au grand jour (notre édition de mercredi), le jeune Roumain injustement condamné et incarcéré à la place d’un autre à la maison d’arrêt de Sequedin a été libéré hier après-midi. …

Les choses n’auront donc pas traîné. Saisi en urgence par les magistrats, le laboratoire interrégional de police scientifique (LIPS) de Lille a redéterminé le génotype de Marius Murariu, 31 ans. L’évidence est alors apparue qu’il ne correspondait en rien avec l’ADN qui l’avait expédié depuis sa Roumanie natale vers les geôles lilloises.

Cinquante euros en poche…

En 2003, une impressionnante série de six car-jackings est, en effet, commise en 1 h 30 chrono à Lille et Ronchin. Sur le pare-brise de l’une des voitures, des traces de sang permettent de dégager une empreinte génétique. Elle appartient à Marius Murariu. C’est du moins ce qu’on croit. En 2004, en son absence, le natif de Botosani, où il est ouvrier agricole, est condamné à deux ans de prison ferme. Le 24 mai 2011, sept ans après, il y est interpellé en vertu d’un mandat d’arrêt européen. Après quelques jours de prison à Bucarest, il est transféré à Lille et embastillé. À tort. Comme il l’a dit mardi, Marius n’a jamais posé un pied en France. Et pourtant.

La justice détient bien son ADN ? Cette histoire de fou, c’est Me Julien Bensoussan, son avocat, qui va en dénouer le fil. « En lisant toutes les fiches pénales, j’ai noté que celui qui disait s’appeler Murariu était un petit bonhomme de 1,63 m visiblement originaire d’Afrique du Nord. » Or, le vrai Marius Murariu mesure plus de 1,90 m. Aujour-d’hui, la justice a pu déterminer que l’homme qui a usurpé son identité et, pour tout dire, sa vie l’a fait à cinq reprises au cours de son itinéraire délinquant.

« C’est sidérant que personne n’ait jamais rien remarqué », note Me Bensoussan, qui va naturellement saisir la commission chargée d’indemniser les victimes de détention abusive. Faute de l’État ? Erreur judiciaire ? En attendant, Marius Murariu est sorti hier soir de maison d’arrêt avec cinquante euros en poche et rien de plus. « C’est terrible, se désole son avocat. La France l’a condamné injustement et l’ambassade de Roumanie m’a dit qu’elle n’avait pas prévu ce cas de figure. » Sidérant. •

 

 

 

Source : FRÉDÉRICK LECLUYSE, La voix du Nord