Pénurie de médecins légistes en Ariège

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Pénurie de médecins légistes en Ariège

Avec trois médecins légistes pour toute l’Ariège, le désert médical qui s’installe peu à peu, véritable plaie du département, s’étend à la médecine légale. En cas d’intervention exceptionnelle la justice a parfois peine à obtenir un professionnel.

Plaie de nombreux départements ruraux comme le nôtre, le désert médical qui s’installe en Ariège atteint désormais la médecine légale.

Avec trois médecins légistes, l’un aux urgences du CHIVA (centre hospitalier du val d’Ariège), l’autre basé à l’unité d’accueil des victimes du CHIVA à Pamiers et le troisième installé en libéral à Daumazan-sur-Arize, ces professionnels dont le travail consiste en grande partie à délivrer des certificats médicaux aux victimes de violences, en cas d’intervention plus conséquente lors d’un meurtre par exemple, la justice ariégeoise peine à mobiliser dans l’urgence l’un de ces professionnels.

DIFFICILES À MOBILISER

Et le procureur de la République qui dans de nombreuses affaires de violences, a recours à leur expertise, s’en plaint lui-même, « nos médecins légistes ariégeois ont déjà beaucoup à faire avec ce que l’on peut appeler les affaires courantes, alors quand nous avons rapidement besoin d’une autopsie à la suite d’un meurtre par exemple, il est très difficile de les libérer, précise Olivier Caracotch.

Et lorsque nous réquisitionnons des médecins de Toulouse, ils rechignent souvent à se déplacer « jusqu’en » Ariège ».

Un souci qui, aux dires du procureur, semble d’autant plus prononcé dans le Couserans, bien trop « éloigné » de la capitale régionale aux yeux des médecins légistes toulousains.

Ces médecins sont pourtant indispensables au bon fonctionnement de la justice. « Les généralistes délivrent souvent des certificats à des victimes de violences, mais ils ne sont pas spécialistes en la matière et leur jugement est parfois contestable, j’en ai eu encore un exemple récemment, avec un certificat de 10 jours d’incapacité de travail délivré pour un œil au beurre noir… Le tribunal a donc jugé qu’il fallait requalifier le certificat. Et certains médecins confondent parfois l’incapacité temporaire de travail et l’arrêt de travail. Si le certificat est réalisé par un expert de la médecine légal attestant de lésions en liaison avec des faits, le tribunal vient très rarement le contester », explique le procureur.

Un gain de temps non négligeable lorsque l’on connaît la célèbre lenteur des procédures judiciaires.
“Rien à voir avec les séries télés”

Le docteur Alain Abravanel, médecin légiste qui exerce à l’unité d’accueil des victimes du CHIVA décentralisé à Pamiers, tient à rétablir la vérité sur son métier. « Les séries télévisées illustrent des procédures souvent très rapides lors desquelles les résultats des analyses effectuées sont donnés en temps record alors que notre travail est souvent bien plus long », souligne le médecin. Fort heureusement, son activité se résume, la majorité du temps, à ausculter des victimes de violences pour leur délivrer des certificats médicaux et des ITT (interruption temporaire de travail) qui sont ensuite présentés aux tribunaux.

Publié le 12/04/2012 par ÉLISE CHAVOIX © http://www.ladepeche.fr