Témoignage d’un technicien en identification criminelle (TIC) de proximité à Loches

Le gendarme Vincent Arnault, technicien d’identification criminelle (TIC) de proximité à Loches et la mallette dont il se sert pour son travail de police scientifique.

Certains gendarmes sont pointus dans tout ce qui relève de la police scientifique. Rencontre avec l’un d’entre eux, à Loches.

La mallette doit être scrupuleusement vérifiée et régulièrement réapprovisionnée. A l’intérieur, des gants, de la poudre noire, des enveloppes diverses… Il y a aussi ces sachets couleur alu dans lesquels de longs tubes protègent ce qu’un œil non-initié pourrait prendre pour de longs cotons-tiges.« Ce sont des écouvillons (1) qui nous servent à prélever des traces ADN. Ensuite, on les envoie au labo pour analyse », commente le gendarme (2) Vincent Arnault. Au sein de la brigade de Loches, il est ce que l’on appelle un technicien d’identification criminelle de proximité (ou TICP). Ici, trois autres de ses collègues ont la même casquette (3). Il s’agit d’hommes (ou de femmes) spécialement instruits des techniques de police scientifiques (lire ci-dessous).

«  On essaie d’agir comme les cambrioleurs  »

Cap sur le terrain. Le gendarme Arnault plante le décor d’une enquête récente : un cambriolage. « La maison avait été fouillée de façon très complète par les malfaiteurs. La voiture avait été volée. » Première chose à faire, pour un TIC, « geler les lieux ». S’assurer que la scène – celle d’un cambriolage dans notre cas – ne sera pas « polluée » par le passage d’un enquêteur ou de qui que ce soit. Le TIC créé systématiquement un chemin d’accès unique au lieu de l’enquête pour éviter ce genre de dommages. Quand cela s’avère nécessaire, il enfile une combinaison en plastique blanche, un masque et des surchaussures.
Parfois, les traces sont évidentes, parfois non. « Dans ce dernier cas, on fait des relevés là où l’on estime que les malfaiteurs en ont potentiellement laissé : sur le volant d’une voiture, une poignée de porte… » Des photos sont prises chaque fois qu’une opération est réalisée.
La ligne de conduite est toujours la même : « Il faut surtout éviter d’aller directement au plus près de la zone que l’on pense être le cœur [de l’affaire], raconte Vincent Arnault.On part du plus loin : le voisinage de la maison, par exemple, et on se rapproche peu à peu – le terrain de la propriété, l’entrée… – par un système en escargot. On essaie d’agir comme on pense que les cambrioleurs l’on fait ». Se glisser dans leur tête, en somme, pour dénicher leurs erreurs.

(1) Pour être en état de marche, les écouvillons doivent être réhydratés avant utilisation.
(2) Ici, gendarme désigne un grade : c’est un sous-officier.
(3) La brigade de gendarmerie de Montrésor en compte également deux dans ses rangs.

gendarmerie scientifique TIC véhicule Quel impact sur la résolution des affaires ?

Depuis la fin des années 80, la gendarmerie a fait évoluer de façon significative son dispositif de police scientifique (lire son organisation par ailleurs). Pour le capitaine Santouil, commandant de la compagnie de gendarmerie de Loches, pas de doute :« La diffusion de la police scientifique à tous les échelons », notamment avec la création des techniciens d’identification criminelle (TIC) de proximité, « a nettement accru l’efficacité des investigations. Dans les cambriolages, où les TIC sont systématiquement engagés, elle permet d’obtenir de beaux résultats. Le tout en complément des différents fichiers comme le fichier automatisé des empreintes digitales ou le fichier national des empreintes génétiques ».

la phrase :

 » A la sauce Hollywood… « 

La police scientifique est très à la mode en ce moment en raison des séries américaines qui lui font la part belle, comme les Experts. Bon nombre de jeunes s’identifient à ces héros et rêvent d’endosser leur uniforme. Mais même si parfois elle s’en rapproche, la réalité peut-être différente.
Pour le gendarme Arnault, qui pratique la police scientifique à Loches, « dans les séries, certaines choses sont réalistes. Mais d’autres n’ont rien à voir avec ce que nous vivons : ils obtiennent les résultats [d’analyse] très vite, par exemple. C’est la police scientifique à la sauce Hollywood ! ».

> Dans la gendarmerie, il y a quatre niveaux de police scientifique.

> Au sommet, l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), basé à à Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Il touche à tous les domaines de la police scientifique : balistique, toxicologie, traitement de l’image ou du son, explosifs, empreintes en tous genres… Ces spécialistes sont intervenus récemment lors de la tuerie de Chevaline (Haute-Savoie). Leur labo était installé dans un bus spécialement conçu à cet effet.

> En dessous, les coordinateurs en criminalistique. « Ils interviennent quand il y a complexité voire pluralité de scènes de crime », indique le capitaine Santouil, commandant de la compagnie de Loches. Ils sont notamment basés dans les chefs-lieux de département.

> Les techniciens d’identification criminelle, également dans les chefs-lieux. Ils prennent le relais des techniciens d’identification criminelle (TIC) de proximité sur des enquêtes plus pointues.

> Les TIC de proximité, pour la police technique et scientifique « de premier niveau ».

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