L’ADN du tireur parisien identifié

Placé en garde à vue mercredi, l’ADN d’Abdelhakim Dekhar, déjà condamné dans l’affaire Rey-Maupin, est le même que celui trouvé sur les scènes des tirs, a annoncé le parquet.

Féliciter les enquêteurs, tout d’abord. «Nos compatriotes éprouvent un très grand soulagement aujourd’hui. (…) C’est le résultat formidable de la police», a déclaré jeudi au 36 quai des Orfèvres, un peu avant 2 heures du matin face à la presse, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls. Quelques minutes après la confirmation par le parquet que l’homme placé en garde à vue en début de soirée était bien le tireur de «Libération», selon les analyses ADN.

«Ce sont des policiers à qui j’ai voulu rendre hommage pour le professionnalisme et la rapidité avec lesquels ils ont agi (…) Il y avait beaucoup de craintes qu'(Abdelhakim Dekhar) puisse mettre fin à ses jours». Le ministre a tenu à saluer «tout le travail collectif» des forces de l’ordre impliquées dans cette enquête et le rôle «indipensable» de la «vidéo de la Ville de Paris» et de la police scientifique.

«Mes pensées vont encore une fois vers ce jeune assistant photographe qui a été de longues heures entre la vie et la mort (…) Il va mieux, il a été soigné dans des conditions remarquables par les médecins (…) Mes pensées vont aussi à la presse et aux rédactions de BFM et « Libération » (…) Dès que le présumé coupable sera entendu, il le sera, a-t-il encore dit. Il appartient maintenant dans le cadre d’une enquête minutieuse de connaître toutes les motivations de cet individu. Il sera sans doute sur pieds très rapidement pour qu’il soit interrogé. (…) Tout semble montrer effectivement qu’il a tenté de se suicider (au moment de son interpellation). C’est important qu’il puisse aujourd’hui répondre de ses actes». 

ADN tireur parisien Abdelhakim DekharInterrogé sur l’absence de fichage ADN du suspect, pourtant déjà condamné, Manuel Valls a répondu que le fichier national habituellement utilisé pour confronter les empreintes génétiques n’existait pas avant la fin des années 1990. C’est donc de justesse qu’Abdelhakim Dekhar, qui a été condamné en 1998, n’a pas été fiché.

«C’EST BIEN LE TIREUR»

«C’est bien le tireur», a confirmé vers une heure du matin jeudi à l’AFP une source proche de l’enquête. Selon des sources policières, l’homme qui est venu le dénoncer mercredi au commissariat de Courbevoie l’a désigné comme étant Abdelhakim Dekhar (photo d’archive prise dans les années 1990, ci-dessous).

Placé en garde à vue mercredi, il avait été condamné à quatre ans de prison en 1998 pour complicité dans l’affaire Florence Rey. Il avait été reconnu coupable d’association de malfaiteurs, pour avoir acheté le fusil à pompe qui a servi à l’équipée sanglante qui avait fait cinq morts, dont trois policiers, le 4 octobre 1994 à Paris.

Florence Rey, étudiante à l’époque des faits, avait été condamnée à 20 ans de prison. Abdelhakim Dekkar, surnommé «Toumi» à l’époque de l’affaire Rey-Maupin, avait été condamné à quatre ans d’emprisonnement, exactement la durée de sa détention provisoire. Il avait donc été libéré dans la foulée du procès. Selon la source policière citée par l’AFP, il n’avait «pas donné signe de vie» depuis et son ADN «n’avait pas été prélevé» car «il n’y avait pas de fichier des empreintes génétiques à cette époque».

Plus tôt dans la soirée, interrogée par téléphone sur BFM-TV, Patricia Tourancheau, notre journaliste spécialiste de la police, qui a travaillé sur les événements de 1994, a décrit Abdelhakim Dekhar comme un «personnage à la ramasse». Citée par l’AFP, une de ses anciennes avocates ne dit pas autre chose : «C’est un homme énigmatique. C’était un homme étrange, a affirmé Me Emmanuelle Hauser-Phélizon, jointe par téléphone. Je n’ai jamais très bien su qui il était. Il disait qu’il était agent des services français ou algériens, il était très secret, ne se révélait pas», a-t-elle poursuivi, ajoutant ne plus avoir eu de nouvelles depuis 1998.

Les enquêteurs ont prélevé un échantillon ADN sur le suspect en garde à vue mercredi soir dans l’enquête du tireur parisien, qui est actuellement en cours d’analyse, d’après l’AFP qui cite une source proche de l’enquête. Le profil génétique du tireur ayant déjà été établi, les résultats de cette analyse devraient être transmis aux policiers dans un délai d’environ quatre heures pour formellement incriminer ou innocenter ce suspect.

L’homme est soupçonné d’être à l’origine des attaques de BFMTV, de Libération et de la Défense, a annoncé le parquet de Paris. Présentant une «forte ressemblance physique» avec la personne recherchée, dont des images issues de la vidéosurveillance ont été diffusées, il a été repéré vers 19 heures dans un véhicule stationné dans un parking souterrain de Bois-Colombes (Hauts-de-Seine), a-t-on précisé.

«J’AI FAIT UNE CONNERIE»

Cette interpellation est consécutive à un témoignage, recueilli au commissariat de Courbevoie. Selon l’AFP qui cite une source proche de l’enquête, c’est l’homme qui l’hébergeait qui aurait contacté la police. «Il lui aurait confié, en évoquant l’affaire du tireur, « j’ai fait une connerie »», a expliqué cette source. L’homme interpellé n’était toutefois pas à ce moment en mesure d’être entendu et la notification de ses droits avait dû être différée, avait-t-on ajouté sans plus de précision. Selon plusieurs sources proches de l’enquête, le suspect interpellé se trouvait dans un état de «semi-inconscience, sans doute suite à la prise de médicaments qui peut laisser penser à une tentative de suicide».

C’est la première personne placée en garde à vue depuis le début de la traque, qui n’avait donné lieu jusqu’ici, malgré un appel à témoin et la diffusion de photos du suspect, qu’à quelques contrôles sans suite. L’ADN identifié sur plusieurs scènes de crime doit permettre de vérifier s’il s’agit bien du tireur, et ce théoriquement en moins de quatre heures.

Les analyses des empreintes génétiques ont permis aux enquêteurs d’acquérir la certitude qu’un même homme est l’auteur de l’attaque de lundi à Libération, où un assistant photographe a été grièvement blessé, des tirs qui ont suivi peu de temps après sans faire de victime à La Défense ainsi que de la prise d’otage d’un automobiliste dans la foulée. «L’ADN mis en évidence sur les douilles libérées à « Libération » et à la Société générale ainsi que sur la portière passager du véhicule de l’otage est le même. L’hypothèse d’un auteur unique est donc confirmée», avait déclaré à l’AFP mercredi matin le procureur de Nanterre, Robert Gelli.

Dans leurs investigations, les enquêteurs de la brigade criminelle de la police judiciaire parisienne comptaient notamment sur les témoignages suscités par une photo rendue publique mardi matin, plus nette que celles diffusées la veille. Le suspect au visage rond y apparaissait de face, bonnet enfoncé sur le front et bouche entrouverte. Les enquêteurs ont reçu plusieurs centaines d’appel. Ils cherchaient un homme de 35 à 45 ans, de type européen, et mesurant entre 1,70 m et 1,80 m.

Cet homme a surgi lundi matin à Libération armé d’un fusil à pompe à crosse et canon sciés, de calibre 12, un calibre très courant qui peut recevoir indifféremment des munitions Brenneke (chasse au sanglier) et/ou des munitions contenant des chevrotines. Le jeune assistant photographe qu’il a blessé au thorax et à l’abdomen, «a pu être réveillé et sevré de ventilation artificielle», selon l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

Lundi, après les attaques de Libération et de la Défense, un automobiliste avait affirmé à la police qu’un «individu armé l’avait pris en otage» pendant près de 20 minutes, le contraignant à le déposer aux Champs-Élysées. Vendredi, c’est à BFMTV qu’un homme avait fait irruption dans le hall, ne tirant toutefois pas de coup de feu.

 

SOURCE : http://www.liberation.fr