Le violeur des balcons identifié

Un Avignonnais de 31 ans a été interpellé mardi 6 janvier 2015. Confondu par des témoignages et son ADN, il a avoué être l’auteur d’une série de neuf viols et tentatives commises à Avignon et Aix depuis l’été 2013. Le présumé « violeur des balcons » a été mis en examen et écroué, jeudi 8 janvier.

Depuis le mardi 6 janvier 2015, celui que les médias avaient surnommé le « violeur des balcons » a été placé en garde à vue. Abdelhamid Zouhari est passé aux aveux. Le jeudi 8 janvier, cet Avignonnais de 31 ans a été déféré devant la juge d’instruction Séverine Léger et mis en examen pour une série de viols et tentatives de viol, sans précédent, commis à Avignon mais aussi à Aix-en-Provence. Depuis un an et demi, les enquêteurs de l’antenne avignonnaise du SRPJ de Montpellier et de l’Office central pour la répression des violences aux personnes, ceux de la Sûreté départementale, travaillaient sans relâche sur cette affaire hors norme. Par son nombre de victimes d’abord. Neuf au total. Et par le nombre de policiers qu’elle aura mobilisé.

Le 10 août 2013, à Montfavet, une jeune femme de 24 ans est victime d’un viol. Un homme a escaladé son balcon et est entré chez elle en pleine nuit. Sous la menace, la jeune femme est violée par un individu dont le visage est à moitié dissimulé par un vêtement. Elle est ensuite forcée à se laver mais aussi à nettoyer son appartement à la javel… Au cœur de l’été, les policiers sont certains d’avoir affaire à un pervers mais ne se doutent pas que les prochains mois vont les amener à connaître une longue série d’agressions similaires. À chaque fois, le mode opératoire est identique : l’homme agit cagoulé ou le visage dissimulé, parfois avec un couteau, toujours après avoir franchi un balcon, et force ses victimes à effacer toutes traces de son passage.

Mais qui est-il ? Les premières semaines, un portrait-robot est établi. La presse a vent du possible visage de l’intéressé, mais rien ne sera diffusé officiellement et aucun appel à témoins lancé. Dans le quartier de Montfavet, la peur commence à gagner les résidences pourtant fermées. Les forces de la Sécurité publique multiplient les rondes et sont aussi à l’affût du moindre renseignement permettant d’identifier l’agresseur. Mais l’hiver venu, les fenêtres se ferment. Le « violeur des balcons », prudent après ses agressions commises entre juin et octobre 2013, se fait discret.

Jusqu’au 15 octobre 2014, et le dernier viol commis dans une résidence de Montfavet, cet homme n’a plus fait parler de lui. Mais entre-temps, les policiers ont accumulé les indices. Trois traces ADN, deux empreintes partielles et une complète ont été relevées sur les lieux des viols et tentatives. Deux témoignages recueillis au fil des mois vont les aider à avancer dans cette complexe affaire. Sur deux scènes différentes, des témoins affirment avoir vu un homme circuler à bord d’un engin motorisé. Coup de chance, ils ont relevé un numéro de plaque minéralogique, mais il est incomplet. La suite ? C’est un minutieux travail d’investigations salué par le procureur de la République d’Avignon, Bernard Marchal, hier à l’occasion d’une conférence de presse.

VIOLEUR DES BALCONSQuelques minutes plus tôt, les résultats des analyses sont tombés : il existe bien une correspondance entre l’ADN relevé sur les lieux des crimes et celui d’Abdelhamid Zahouri. Mais surtout, l’auteur présumé a fait des « déclarations fleuve« . « Aux enquêteurs, il a passé des aveux circonstanciés, livré des détails sur les chambres, l’ameublement, les victimes. Il a un souvenir exact et précis de ce qu’il a fait, détaillait le magistrat. Il a même parlé d’autres faits qui n’ont pas été portés à la connaissance des enquêteurs ».

À Avignon et Aix — une autre ville que le violeur a fréquentée un temps –, des jeunes femmes ignorent encore qu’elles ont été épiées depuis leur fenêtre et balcon. Voyant qu’elles n’étaient pas seules au moment où il voulait pénétrer chez elles, le violeur a rebroussé chemin…

Il a été cadre dans une entreprise de fruits et légumes à Agroparc

En juin dernier, dans les colonnes de La Provence, le spécialiste des tueurs en série Stéphane Bourgoin expliquait dans une interview que « le violeur des balcons avait un désir de toute-puissance. Je ne peux pas savoir ce qu’il leur a dit ou raconté, mais je suis presque certain qu’il a dû parler à ses victimes… » Le portrait qu’avait dressé l’intéressé est apparu au grand jour hier. Abdelhamid Zouhari, à chaque fois qu’il est passé à l’acte, a parlementé, établi un dialogue avec ses victimes, tentant d’obtenir un « consentement forcé » pour

assouvir ses infâmes pulsions. Comme l’avait indiqué aussi l’expert du crime, « il ne vit pas en couple, mais chez ses parents« . Exact, encore. Abdelhamid Zouhari avait regagné le domicile de ses parents à Avignon après s’être séparé de son épouse. Père de deux enfants, cet homme de 31 ans était jusqu’ici totalement inconnu des services de police. Né à Nice, il a suivi un cursus scolaire normal. Jusqu’à l’été 2013, cet homme occupait des fonctions de cadre dans une entreprise de fruits et légumes située à Agroparc. Ses premiers passages à l’acte coïncideraient avec plusieurs changements intervenus dans sa vie, sur les plans professionnel et privé. À l’été 2013, il venait de se séparer et de conclure une rupture conventionnelle avec son entreprise au moment où il a fait ses premières victimes.

Les experts psychiatres vont sans doute creuser dans le passé de cet homme pour comprendre le mobile, les motivations de ses agressions. Une chose est sûre : la profession qu’il exerçait à Montfavet est étrangère aux viols et tentatives de viols qui lui sont reprochés. Il ne s’est pas servi de sa profession pour « choisir » ses victimes. Cet homme a agi totalement au hasard. Le seul lien retenu par les enquêteurs, par rapport à ses cibles, semble être le mode d’habitat, des appartements situés au premier étage de résidences, le plus souvent.

Sur une page d’un réseau social, ce jeune homme avait laissé ce message mystérieux sur son profil : « Je souhaite à tout le monde de rêver par ses rêves. Les roses que l’on paint (sic), nous ressemble… (sic) »

En un an et demi, le « violeur des balcons » aura semé la terreur à Avignon mais aussi à Aix-en-Provence, laissant derrière lui neuf victimes complètement traumatisées, toutes âgées entre 17 et 40 ans au moment des faits. Six d’entre elles ont été violées, trois ont été attaquées mais ont réussi à trouver une parade pour mettre en fuite leur agresseur. Hier, du côté des avocats de ces femmes, c’était le soulagement. Me Marc Geiger, qui assure les intérêts de deux d’entre elles, leur a annoncé la nouvelle. « Je les ai prévenues. Elles ont toutes les deux ont eu la même réaction : d’abord le soulagement, mais tout de suite après une peur rétrospective. Pour la première fois, elles ont eu le sentiment de ne pas rêver. On les croit. Elles sont aussi soulagées de savoir qu’il n’y aura plus d’autres victimes. Toutes les deux ont repris leur vie, c’est dans le travail qu’elles ont trouvé le moyen d’avancer« .

Publié sur le journal la Provence, Mélanie Ferhallad © http://www.laprovence.com/