Affaire Grégory – L’autopsie

L’autopsie

Autopsie affaire grégoryL’autopsie se déroule le 17 octobre à Nancy en présence du juge d’instruction, le juge Lambert, de deux gendarmes et de deux médecins légistes. Les deux médecins légistes sont le Dr De Ren et le Dr Pagel. Les médecins constatent d’abord lors de l’examen général du corps qu’il n y a pas d’hématome, d’ecchymose, de lésions ou de traces de défense. Ce constat semble indiquer que la victime ne s’est pas débattue au moment du ficelage. Une ecchymose est toutefois observée après décollement du cuir chevelu.

Dans l’estomac les légistes constatent la présence d’une faible quantité d’eau et de résidus qui ressemblent à des morceaux de pomme. Des prélèvements de sang et d’une partie d’un poumon sont effectués. Le sang ne sera pas prélevé en quantité suffisante pour établir un bilan toxicologique complet. Ce prélèvement indiquera uniquement que Grégory n’avait pas d’alcool dans le sang. Le prélèvement de poumon permettra de montrer qu’une faible quantité d’eau a été inhalée.

Les viscères et autres éléments permettant de prélever des diatomées et de confirmer le diagnostic positif de la noyade ne seront pas prélevés (coeur, cerveau, moelle osseuse, rein, foie). De plus, l’eau des poumons ne sera pas analysée. Les médecins légistes diront plus tard que ces prélèvements n’étaient pas souhaités par le juge Lambert malgré leur insistance.

La conclusion de l’autopsie est que l’enfant est décédé :

« de submersion-asphyxie suivi d’une submersion-inhibition ayant pu être favorisé par le contact du corps dans l’eau froide, entrainant très rapidement un arrêt respiratoire suivi d’un arrêt cardiaque »

En clair, les médecins légistes concluent que Grégory était bien vivant au moment de son immersion dans l’eau. Il a respiré dans l’eau et donc inhalé et ingéré de l’eau mais très rapidement, il a été victime d’un arrêt respiratoire d’origine réflexe soit d’une hydrocution. Cela expliquerait que le corps soit resté en surface car lors d’un décès par hydrocution la présence d’air dans les poumons empêche le corps de couler.

Les doutes soulevés par l’autopsie:

Lors du procès de Jean-Marie Villemin suite à l’assassinat de Bernard Laroche, les légistes et les experts seront amenés à s’exprimer sur les causes de la mort de Grégory et sur les résultats de l’autopsie. Pour le Dr Le Breton, expert en toxicologie qui a analysé les prélèvements autopsiques, l’absence de corps étrangers ou de particules végétales dans les poumons disséqués par le professeur Duprez rend impossible la noyade dans la rivière de la Vologne.

«Il existe nécessairement dans une eau sauvage, et la Vologne est tumultueuse, des micro-organismes minéraux et végétaux en suspension. On en trouve d’ailleurs des milliers dans une seule goutte d’eau de rivière. Or, l’analyse des poumons de Grégory Villemin effectuée par le professeur Duprez nous révèle qu’il n’y a aucun corps étranger ni dans les bronchioles ni dans les alvéoles. Cette constatation a été faite sur les prélèvements effectués sur les cinq lobes des poumons. Cela exclut formellement la noyade dans une rivière.»

Il sous-entend que Grégory aurait pu être noyé dans une baignoire puis être jeté dans les eaux de la Vologne.
Dans un livre intitulé « interdit de se tromper » le Dr Le Breton reviendra sur cette autopsie. Pour lui, il est impossible de mourir de noyade et d’hydrocution, c’est l’un ou l’autre. La description du corps faite par les médecins légistes (bleu, cyanosé, présence d’une spume soit d’une mousse en commissure des lèvres) correspondrait à une noyade.

De même, le Dr Raymond Martin, spécialiste français de médecine légale, écrira :

« on n’a jamais vu ces deux formes de décès coexister. On observe l’une ou l’autre mort, le noyé bleu (noyade primaire, l’individu est cyanosé) ou le noyé blanc (hydrocution, pas d’eau dans les poumons et le corps n’est pas cyanosé), pas les deux à la fois. Selon moi la cause de la mort est la noyade par asphixie car on a trouvé de l’eau dans les poumons et l’estomac et de la spume au niveau de la bouche »

Lors de la reprise du dossier d’instruction par le juge Simon, deux nouveaux médecins légistes, les Dr Marin et Gisselman, sont commis par ordonnance pour étudier les rapports de médecine légale et pour répondre à des questions concernant le décès de Grégory. Ils sont aussi conviés à une reconstitution sur les berges de la Vologne. Selon eux, les données médico-légales montrent que l’enfant a pu être ligoté après sa mort ou être anesthésié avant d’être ligoté et noyé :

« avant d’être plongé dans l’eau, l’enfant a pu être momentanément anesthésié ou rendu inconscient par inhalation d’éther ou chloroforme, soit provoquant la mort soit en supprimant les réactions réflexes lorsqu’il a été plongé dans l’eau » ( ) « l’éventualité d’une noyade préalable dans une baignoire ou du maintien forcé de la tête de l’enfant dans de l’eau éventuellement contenue dans un récipient est possible »

L’autopsie ne permettra pas de répondre aux nombreuses questions qui se sont posées sur le décès de Grégory :
– Quelle est la cause de la mort : hydrocution ou noyade ?
– Est-il mort noyé dans une baignoire ou dans les eaux de la Vologne ?
– A-t-il été ligoté avant ou après sa mort ?
– A-t-il été anesthésié ou a-t-il reçu une injection d’insuline ?

L’autopsie de Grégory sera très critiquée notamment en regard du peu de prélèvements effectués et de la conclusion.

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