La police scientifique en grève

« Mon métier n’est pas dangereux pourtant j’ai un gilet par balle… »

Cette phrase résume bien le profond malaise des policiers scientifiques qui ont les contraintes mais pas les avantages du métier de policier. Aujourd’hui, près de 500 personnels de police scientifique défilent dans les rues de Paris, soit environ 20% des effectifs, une manifestation sans précédent pour la profession.

« Une police unie, un statut unique »

Les personnels de police scientifique réclament unanimement un statut adapté à leurs missions. Les policiers scientifiques ont en effet un statut de « sédentaire » c’est à dire un statut calqué sur des personnels travaillant dans des bureaux. Pourtant une grande partie de leurs missions sont des missions opérationnelles : signalisation des gardés à vue, constations sur toutes scènes d’infractions, sur des crimes ou suite à des catastrophes de masse (attentats, crash, etc).

« Je n’ai été qu’une seule fois au bataclan et ce n’était pas pour un concert »

La police scientifique moderne n’a plus rien à voir avec la police scientifique d’il y a 30 ans. De nombreux personnels sont disponibles 24h/24 pour des missions de terrain mais ces policiers restent à part, avec une pénibilité non reconnue.

« 351 heures supplémentaires, 52 assistances à autopsies, 96 cadavres découverts, 3 nuits blanches par semaine d’astreinte, 184 missions opérationnelles… et tu me proposes la retraite à 64 ans ? Les calculs sont pas bons Christophe… »

En 2014-2015, une révision du statut avait pourtant été envisagée mais celle-ci n’a jamais vu le jour. Début décembre 2019, le Directeur Général de la Police Nationale Eric MORVAN expliquait que «sans police scientifique, il n’ y aurait pas de police moderne, et à la limite pas de police du tout». Malgré ce constat, la reconnaissance statutaire n’est pas encore à l’ordre du jour et les personnels de police scientifique se sentent délaissés. Le 12 décembre 2019, Christophe CASTANER et Jean-Paul DELEVOYE recevaient ainsi les organisations syndicales des corps actifs alors que les syndicats de police scientifique n’étaient pas conviés. «Le ministère ne semble toujours pas saisir la réalité de notre quotidien, on nous considère comme du personnel administratif, comme un bibliothécaire», explique Jonathan un fonctionnaire de la PTS de Versailles.

« Je suis un flic pour la population, je suis un sale flic pour les criminels, je suis un sous flic pour l’état, qui suis-je ? »

« Nous aussi on est des flics »: expliquent plusieurs fonctionnaires de la police technique et scientifique qui ont manifesté ce mercredi à Paris en blouse blanche et gants bleus.

« Nous voulons que la dangerosité et la pénibilité de notre travail soient reconnues », explique Soazig Henrio, membre du Syndicat national indépendant des personnels administratifs techniques et scientifiques (SNIPAT). Le syndicat a lancé depuis le 23 décembre 2019 un mouvement de grève reconductible inédit.

Après les manifestations du jeudi 09 janvier 2020 dans de nombreuses villes de France et celles de Lyon le samedi 11 janvier, les policiers techniques et scientifiques ont manifesté dans la capitale, de l’Assemblée nationale jusqu’à la place Saint-Augustin en chantant «Les experts en colère, on n’est pas des sédentaires » ou «Castaner t’es foutu, tes experts sont dans la rue».

La manifestation à Paris en images :

 

Un article de Didier PORTE © www.police-scientifique.com – tous droits réservés