ADN – Prelevements

Prélèvements

Toutes les traces biologiques sont des sources potentielles d’ADN mais avec des chances de réussite très variables. La première étape, une des plus importantes, est la découverte de la trace ! Le technicien de scène de crime possède des éclairages de diverses longueur d’onde et des tests chimiques d’orientation pour l’aider dans sa démarche. Les tests d’orientation sont des tests chimiques qui permettent de faire réagir un liquide biologique particulier par l’intermédiaire des protéines.

Ces tests d’orientation permettront au technicien d’identifier le contenu de la trace biologique avant même d’effectuer un prélèvement destiné au laboratoire. Les principaux liquides biologiques comme le sang, le sperme et la salive sont toujours aussi efficaces. L’accroissement de la sensibilité des techniques permet aujourd’hui d’exploiter de simples traces de contact.

Sans entrer dans le détail des prélèvements effectués par la police technique et scientifique Française ni leur probabilité de réussite, voici les principales traces analysées, leurs méthodes de détection et leur potentiel en criminalistique.

La salive

La salive est le liquide biologique le plus couramment utilisé. Outre les traces relevées sur les mégots, enveloppes, chewing-gum, goulots, brosses à dents, verres, aliments, la salive est surtout le support choisi par tous les services de police pour établir le profil ADN d’un suspect. La salive d’un individu sera prélevée à partir d’un kit de prélèvement nommé kit FTA (Fast Technology for Analysis) lors d’une opération de signalisation (cf. partie FNAEG). L’avantage de la salive est aussi qu’elle peut facilement se transférer lorsqu’un individu parle et ainsi se retrouver sur des supports placés devant la bouche (téléphone, vêtements, micro….)

polilight prélèvements ADNDes tests d’orientation peuvent être réalisés sur la salive mais ils sont moins spécifiques et moins efficace que pour le sperme ou le sang. Sur les lieux d’infraction, la présence de salive pourra être établie à l’aide d’une lampe polilight ou par le test Phadebas. La lampe polilight (inventée par le Professeur Margot) peut permettre d’obtenir une fluorescence très légère sur certains supports à l’aide d’un éclairage d’une longueur d’onde de 470nm. Le test Phadebas permet de faire réagir une protéine spécifique de la salive : l’amylase. Le test utilise un amidon insoluble auquel est rattaché un colorant bleu. L’amylase va permettre de découper l’amidon en petits morceaux et la présence de salive sera confirmée par une coloration bleue.

Le prélèvement d’une trace de salive pourra se faire en prélevant le support de la trace ou à l’aide d’un écouvillon stérile.

 

Le sang

sang police-scientifique.com ADN Le sang se détecte principalement sous lumière directe sans source additionnelle de lumière. Le sang possède la capacité d’absorber la lumière grâce à l’hémoglobine qui possède une forte absorption à la longueur d’onde de λ = 540nm mais l’observation simple à l’œil nu reste la meilleure solution.

Quand aucune trace de sang n’est visible, il est possible d’utiliser des produits chimiques afin de créer une luminescence en présence de résidus de sang. Les produits chimiques présents sur le marché ont une très bonne sensibilité et la présence de sang, même très dilué, est détectée.

La luminescence n’est pas produite par l’excitation d’une lampe UV mais simplement par une réaction “chimiluminescente” qui se produit grâce à la présence de sang. Le produit “Bluestar” largement utilisé par les forces de police et de gendarmerie, fonctionne sur ce principe de chimiluminescence.

Dans le cas ou la quantité détectée sur une scène de crime est suffisante, des tests d’orientation peuvent être utilisés directement sur le terrain. Des tests bon marché permettent ainsi au technicien de scène de crime de trier les prélèvements opportuns en identifiant immédiatement la présence de sang humain. Les tests chimiques de révélation de sang fonctionnent tous avec un même principe : l’hémoglobine présente dans le sang catalyse des réactions d’oxydation en présence d’eau oxygéné (exemple : test hemident, test de Kastle Meyer ou test avec le luminol).

              (Indicateur incolore)                (eau oxygénée)                                                (Indicateur oxydé coloré)

Il faut toutefois attendre les résultats d’autres tests pour confirmer la présence de sang car des faux positifs sont possibles lors de la présence d’agents oxydants ou de peroxydases comme dans le cas de la rouille. Les faux négatifs restent extrêmement rares.

Si ce premier test est positif, un deuxième test dit immunochromatographique pourra être réalisé pour déterminer s’il s’agit de sang de primate (exemple : test Hexagon OBTI). Ce test utilise des anticorps réagissant spécifiquement à l’hémoglobine. Les anticorps se fixent à l’hémoglobine puis le complexe créé migre et se fixe sur une deuxième anticorps fixé dans le papier. Lorsque le deuxième anticorps capture le complexe, cela provoque l’apparition d’une bande colorée. La sensibilité des tests est très élevée, des résultats positifs sont obtenus avec du sang dilué plus de 100.000 fois.

hexagon obti police scientifique prélèvements ADN

Au laboratoire, l’ADN n’est pas extrait à partir des globules rouges qui sont des cellules anucléés mais à partir des globules blancs (ou leucocytes) présents en grande quantité dans le sang (5 à 10 milliards de leucocytes par litre)

Les éléments pileux

Les cheveux et les poils sont des prélèvements réalisés par la police scientifique depuis des décennies. Au début de leur exploitation, leur examen consistait à les observer sous fort grossissement puis à établir des analyses de structure aux fins de comparaison avec des suspects. Actuellement, c’est clairement l’analyse ADN qui est privilégiée et les analyses morphologiques passent au second plan. Toutefois, dans le cas ou de grandes quantités d’éléments pileux seraient découvert, un premier tri peut se faire par des examens au microscope.

Mais les cheveux et les poils ne donnent pas toujours de bons résultats. En effet, pour obtenir un profil ADN exploitable, les éléments pileux doivent absolument posséder un bulbe. Dans le cas contraire, seul l’ADN mitochondrial pourra être extrait. Une grande partie des cheveux et poils retrouvés sur une scène de crime sont les tiges qui se sont détachées naturellement du corps et qui ne possèdent plus leur racine et donc plus de bulbe. Ces tiges ne serviront donc qu’à établir un ADN mitochondrial dans les affaires les plus graves.

Le sperme

spermatozoide police-scientifque.comComme pour le sang, le premier examen doit être visuel. Des traces blanches peuvent être recherchées sur tous les supports pouvant contenir du sperme. Dans le cas ou aucune trace n’est visible, le technicien de scène de crime peut utiliser une des propriétés du sperme qui est sa luminescence (attention cette luminescence n’est pas toujours observée même en présence de sperme). Un éclairage d’excitation de faible longueur d’onde, proche de 400 nm (longueur d’onde recommandée pour obtenir un pic maximal d’émission), permet d’obtenir une fluorescence renforcée par un filtre d’observation de 500nm. Cette luminescence est due à la conversion de substances biologiques en substances luminescentes ou à la croissance de bactéries luminescentes. L’absence de luminescence ne permet pas de conclure à l’absence de sperme et un test d’orientation devra être effectué.

Si ces premiers tests ne permettent pas de détecter la présence de sperme, le dernier recours est l’utilisation de produits chimiques vaporisés à l’aide de sprays et destinés à obtenir une réaction luminescente.

Dans le cas ou la quantité détectée sur une scène de crime est suffisante, des tests d’orientation permettant de confirmer qu’il s’agit de sperme peuvent être utilisés directement sur le terrain. Ils fonctionnent sur le même principe que les tests dévoués au sang. Le prélèvement d’une infime partie de la tache suspecte est réalisé puis inséré dans un tube avec un mélange réactif. C’est une enzyme très spécifique au sperme, la phosphatase acide, qui va catalyser des réactions chimiques de décomposition des composés du phosphate. Les tests chimiques d’orientation sont choisis pour que les composés du phosphate se décomposent en produit coloré. Du sperme très dilué (jusqu’à 10 000 fois peut ainsi être détecté)

, Phosphate

Contrairement au sang, les faux négatifs sont plus courants du fait de la dégradation de la phosphatase acide dans certaines conditions (chaleur, humidité).

Dans tous les cas, il faut attendre les tests en laboratoire pour valider la présence de sperme. Le meilleur test reste l’observation au microscope qui permet de détecter la présence de spermatozoïdes lorsque du sperme est présent. Là encore, l’absence de spermatozoïdes ne permet pas de conclure à l’absence de sperme car certaines maladies peuvent l’expliquer (comme l’azoospermie)

Autres traces : urine, excréments, os, contact, ongles, pellicules, phanères ?

Les excréments et l’urine contiennent toutes sortes de substances dont le corps se débarrasse mais peu ou pas de cellules. On considère que l’urine peut posséder quelques cellules qui se seraient naturellement décrochées des parois. Des exemples récents montrent que la découverte d’un profil ADN reste possible sur ce type de traces (une cambrioleuse identifiée avec du papier toilette)

Un test d’orientation avec le DMAC (Para-DiméthylAminoCinnamaldéhyde) peut être réalisé pour l’urine bien que le sperme et les sécrétions vaginales conduisent à des faux positifs.

ossements police-scientifique.comPour les os, l’adn est présent dans la moelle osseuse. Leur utilisation est uniquement dévolue à l’identification de restes de personnes décédées. Lors de l’autopsie d’un cadavre fortement dégradé, le prélèvement du fémur reste le prélèvement de choix pour établir un profil génétique et identifier la victime.

D’autres type de traces fournissent de bons résultats comme les ongles ou les traces laissées par simple contact, bien que peu chargées en ADN. Contrairement aux trace de sperme ou de sang, il n’existe pas de méthode de détection d’ADN de contact. On peut aussi utiliser les pellicules, cellules superficielles du cuir chevelu qui se détachent naturellement.

Conservation des échantillons

Globalement la conservation des échantillons doit se faire dans un milieu sec, à l’abri de la chaleur et de la lumière. Des sacs papiers sont souvent les conditionnements de choix pour les prélèvements biologiques. Lorsque les prélèvements sont bien conditionnés et stockés dans des conditions optimales, la durée de vie des molécules d’ADN peut être de plusieurs dizaines d’années ou de plusieurs centaines d’années si toutes les conditions sont réunies. Dans le cas de traces liquides (sperme dans un préservatif, flaque de sang) le prélèvement devra être congelé à -20°C.

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