Omar m’a tuer – l’autopsie

Lors d’une enquête décès, l’examen de corps et l’autopsie sont deux points clés de la réussite de l’affaire. Dans le cas de l’affaire Omar Raddad, ces deux analyses seront soumises à controverses et fragiliseront le dossier.

Estimation du délai post-mortem : la polémique

Quatre jours après la découverte du corps une autopsie est pratiquée par les docteurs Page, Macario et Ménard.

Deux points cruciaux de l’autopsie seront critiqués : l’absence de relevé décadactylaire et la datation de la mort.

Les relevés décadactylaires

Ils ont bien été effectués par le gendarme Vessiot, contrairement à ce qui a pu être dit par l’accusé et son avocat Me Vergès :

« Forts de leurs certitudes, les enquêteurs ont négligé de faire relever les empreintes de la morte pour les comparer avec celles qu’ils auraient dû faire rechercher sur les portes » (OMAR M’A TUER : histoire d’un crime, de Jacques Vergés. Éditeur M. Lafon, 1994)
« On aurait pu relever ses empreintes digitales ce que les gendarmes n’ont pas jugé utile de faire »(Pourquoi moi, de Sylvie Lotiron et Omar Raddad. Éditeur Le Seuil, 2003)

Le relevé décadactylaire comportant les empreintes de Mme Marchal est pourtant annexé à la procédure. Après l’autopsie, le corps est rendu à la famille et le permis d’inhumer est délivré par l’autorité judiciaire. Cette inhumation, empêche la réalisation d’une contre-expertise (cette décision d’autorisation sera très critiquée) bien que tous les prélèvements d’usage aient été effectués (ongles, cheveux, prélèvements vaginaux, résidus alimentaires, sang….)

Les conclusions de l’autopsie et la datation de la mort

Les observations et conclusions des experts légistes sont les suivantes :

« observation d’une hyperémie conjonctivale bilatérale, de blessures multiples au crâne dont une plaie pariéto-frontale droite de 10cm laissant voir les os du crâne, d’une blessure importante au cou en forme de V, d’une dizaine de plaies à l’abdomen dont une plaie de 14cm sur le flanc droit laissant échapper les anses intestinales, d’une dent cassée, ecchymoses et d’érosions sur les membres supérieurs, d’une fracture du 5eme métacarpien gauche (os de la première phalange de l’auriculaire) et de la section incomplète de la dernière phalange du médius. »

Et au niveau interne

« hyperémie des vaisseaux cérébraux qui signe l’agonie et œdème cérébral important. Pas de lésion encéphalique ou cérébelleuse. Plaies transfixiantes au niveau du foie. L’examen des plaies permet de conclure que le trajet des coups par arme blanche était légèrement ascendant. Aucun des coups portés n’est immédiatement mortel mais la somme de tous les coups et de toutes les blessures l’est après une agonie certaine »

Les experts estiment dans ce rapport le délai post-mortem et datent la mort de façon précise [pull_quote_center] L’heure approximative du décès se situe entre 11h et 13h30 le 24 juin 1991 [/pull_quote_center]

Affaire Omar m'a tuer autopsie Raddad
Porte supportant l’inscription « Omar m’a tuer »

Les causes de la mort ne seront pas remises en question. Le point critique de ce rapport est la datation du décès par les légistes qui écrivent que la mort date du lundi 24 juin 1991 entre 11h00 et 13h30 alors que les gendarmes supposaient, au vu des éléments d’enquête, que la mort avait eu lieu dimanche 23 juin peu après 12h00. Les médecins expliqueront ensuite avoir fait une faute de frappe et avoir inscrit le 24 juin au lieu du 23 juin. Cette erreur va faire couler beaucoup d’encre et ouvrir une brèche dans le dossier, les avocats de la défense s’empressant de rappeler que le lundi 24 juin Omar Raddad n’était plus à Cannes mais à Toulon. Cette date de décès sera aussi celle évoquée dans le film de Roschdy Zem « Omar m’a tuer » (22 juin 2011).

Pour éclaircir ce point, le juge Renard demande aux experts légistes dès janvier 1992 de :

« Préciser les éléments objectifs constatés lors de l’examen du cadavre et l’autopsie permettant de dater le décès de Ghislaine De Renty au dimanche 23 juin entre 11h00 et 13h30 »

Dans leur rapport complémentaire les experts indiquent que :

« Le corps était à température ambiante ce qui indiquait que le décès remontait à plus de 12h00 sachant qu’un cadavre perd environ 1°C par heure. La rigidité était complète or celle-ci est complète à partir de la 13ème heure suivant le décès. Les lividités étaient déclives et de couleur rouge foncé. Elles ne s’effaçaient pas à la pression. Ces phénomènes post-mortem se voient à partir de la 30ème heure après la mort. Les lividités étaient inchangées au moment de l’autopsie. »

Ces données médico-légales recueillies au moment de l’autopsie confirment que le décès ne peut pas remonter au lundi 24 juin mais on ne peut que s’étonner de ces arguments tardifs. En effet, le rapport du médecin lors de la levée de corps ne mentionne ni la température du corps et des lieux ni la mobilité des lividités. La prise de température d’un cadavre doit se faire à l’aide d’un thermomètre électronique à thermocouple ce qui n’a pas été fait. Les données médico-légales objectives sont donc bien minces pour justifier avec une telle précision la date de la mort.

Les données d’enquête permettent de cadrer bien mieux la date de la mort. Ghislaine Marchal met fin à une communication téléphonique à 11h50 et ne se présente pas à son rendez-vous de 13h00 chez Mme Koster alors qu’elle semblait vouloir s’y rendre. Elle avait confirmé sa présence au téléphone quelques instants plus tôt et avait même acheté un cadeau pour l’occasion. Les médecins ont d’ailleurs utilisé ces données pour estimer la date de la mort comme le confirme leur rapport.

En définitif, il est impossible de dater précisément le décès d’après les données médico-légales existantes sur les rapports de l’autopsie. En revanche, les données d’enquête, utilisées dans toutes les découvertes de cadavre, sans que celles-ci soient contestées, indiquent que le décès a très probablement eu lieu entre 11h50 et 14h00 le dimanche 23 juin.

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