Omar m’a tuer – l’enquête

Des éléments à charge

Le lendemain de la découverte du corps, les interrogatoires sont serrés à la gendarmerie de Cannes. Omar Raddad est interrogé pendant plusieurs heures, sans repos (selon les dires d’Omar Raddad). Même avec la fatigue et la pression des enquêteurs, le principal suspect ne reconnaît pas le meurtre. Mais des failles apparaissent dans ses auditions. Omar Raddad donne un emploi du temps précis et la description de personnes rencontrées au moment supposé de l’agression le dimanche 23 juin entre 12h00 et 13h10 (départ de son travail, passage à la boulangerie, arrivée à son domicile, retour à son travail). Mais sa version n’est recoupée par aucun autre témoignage.

Affaire Omar m'a tuer raddad enquête
La Chamade: villa de Gislaine Marchal

Omar Raddad contestera ensuite, par l’intermédiaire de ces avocats, la validité de son audition du fait qu’il n’a pas bénéficié d’interprète. (Cette demande d’annulation sera refusée par la cour de cassation) Dans son livre « Pourquoi moi » celui-ci affirme avoir réclamé un interprète dès le début de la Garde à vue :

« Pas plus que je ne savais que je me trouvais en garde à vue, je ne savais alors que j’avais le droit de me faire assister par un avocat et un interprète que j’avais pourtant très vite réclamé [] Je comprenais très mal ce que me demandaient les gendarmes [] J’avais bien appris quelques mots de Français avec mes patrons mais ils concernaient essentiellement le jardinage, et je parlais l’arabe avec ma femme et le berbère avec mon père. [] j’essayais pourtant de leur répondre du mieux que je pouvais, avec les quelques mots de Français que je connaissais et lorsque je n’arrivai pas à m’exprimer dans cette langue, je terminais mes phrases en arabe ou à l’aide de gestes. Ce qui permettait au gendarme d’écrire à peu près ce qu’ils voulaient sur leurs procès-verbaux.» (Pourquoi moi, de Sylvie Lotiron et Omar Raddad. Éditeur Le Seuil, 2003)

Le gendarme Cenci, adjudant-chef de la Brigade de Recherche de Cannes, directeur d’enquête, affirme l’opposé dans son livre « Omar l’a tuée » en expliquant que les douze pages d’auditions prouvaient le contraire.

« Omar Raddad qui ne parle pas et ne comprend pas le Français, voilà un fait nouveau. Moi qui ai assisté et participé à l’audition de Raddad et qui ne comprends pas un mot de la langue arabe, comment ai-je pu reproduire tout cela sur le papier [] Omar Raddad n’a nullement fait état de difficultés de compréhension de la langue Française et n’a pas réclamé d’interprète » (OMAR L’A TUEE : Vérité et manipulations d’opinions », du capitaine Georges Cenci. Éditeur l’Harmattan, 2003)

Même si comme l’affirme le gendarme Georges Cenci, Omar Raddad parlait et comprenait le français, cette absence d’interprète reste une erreur majeure puisqu’elle instaure un doute, relayé par les avocats, quant à l’exactitude des propos tenus.

L’enquête

L’instruction, sous l’autorité du juge Renard va durer 10 mois. Dans les auditions du mis en cause, un mobile apparait. Omar Raddad aurait tué Ghislaine Marchal pour la voler de quelques milliers de francs et ainsi assouvir sa passion pour les jeux d’argent au casino. L’enquête permet d’affirmer qu’Omar Raddad se rendait régulièrement au casino croisette de Cannes pour jouer aux machines à sous. Durant les deux dernières années les gendarmes estiment qu’il a vidé ses comptes et dépensé plus de 80 000 francs. Le suspect indique quant à lui que ces 80 000 francs ont été versés à sa famille au Maroc. Une enquête sur commission rogatoire internationale prouvera que ce n’était pas le cas et que les dépenses étaient cachées à sa femme.

Dès le départ, des doutes sur la culpabilité vont être relayés par les médias. L’affaire Omar Raddad se transforme vite en tribune publique, ou chacun a son avis sur la culpabilité ou l’innocence du principal suspect. Les lettres sanglantes sur les portes de la cave de Ghislaine Marchal viennent alimenter tous les fantasmes. Omar, un gentil jardinier persécuté par des gendarmes, victime d’une machination judiciaire et d’un juge raciste ? Ou un meurtrier calculateur et froid prêt à tuer pour quelques milliers de francs ?
Certains rentrent même en campagne pour défendre l’innocence d’Omar Raddad comme l’académicien Jean-Marie Rouart qui déclare dans le figaro du 26 juin 2001 :

ce qui constitue ce qu’on appelle désormais l’affaire Omar Raddad ne tient pas uniquement au doute que l’on a sur sa culpabilité… Elle tient aux efforts qui ont été faits pour que la lumière n’apparaisse jamais. Lâchons de grands mots : il y a eu complot et obstruction

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