Omar m’a tuer – les expertises en écriture

Le message « OMAR M’A TUER »

La victime a-t-elle écrit les messages « OMAR M’A TUER » et « OMAR M‘A T »? Pour répondre à cette interrogation, plusieurs points doivent être éclaircis : la victime était-elle suffisamment lucide et ses blessures lui permettaient-elle d’écrire ? A-t-elle pu faire une faute d’orthographe aussi grossière ? Les éléments graphiques sont-ils similaires à ceux de l’écriture de Ghislaine Marchal ? Toutes ces questions sont posées par le magistrat instructeur aux différents experts.

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Porte de la chaufferie
  • La lucidité de la victime : Les trois experts désignés sont les médecins Roure et Macario et l’expert en écriture Giessner déjà auteur d‘une comparaison d‘écriture en défaveur d’Omar Raddad. Les experts répondent dans un rapport détaillé allant au-delà de leur mission. L’étude des blessures de la victime leur permet d’affirmer que la victime n’est pas morte immédiatement mais après une agonie certaine, d’une durée comprise entre 15 et 30 minutes. Cette durée est celle de la formation d’un œdème cérébral. La victime a donc eu le temps de rédiger des messages.Ils précisent qu’il n’y a pas eu de lésions internes cérébrales ou cérébrospinales qui aurait pu altérer ou bloquer la conscience. Sa lucidité ne fait donc aucun doute pour les médecins. Les experts ne se limitent pas à cette conclusion et précisent que les érosions cutanées sur le genou gauche, le dos pied droit et le coude gauche sont compatibles avec le positionnement supposé de la victime lors de la rédaction de ses messages (à genoux pour le premier et couché pour le deuxième), que le message « OMAR M’A T » sur la porte du local chaufferie est incomplet et rédigé par une personne allongée et affaiblie, que l’auteur de ces lettres ne fait aucun doute (confirmation de M. Giessner de son expertise).
  • La faute d’orthographe : Le message posthume comprend une faute d’orthographe sur le verbe TUER utilisé à l’infinitif au lieu du participe passé. Cette faute n’enlève aucun sens au message mais trouble une partie de l’opinion publique. Comment cette femme, présentée comme de bonne famille et cultivée a-t-elle pu commettre une faute aussi grossière ? La réponse a semble-t-il été trouvée par les gendarmes qui remarquent des fautes similaires dans les documents saisis. Des bulletins de paie contiennent la même faute d’emploi de l’infinitif au lieu du participe passé quand la victime écrit « payer par l’employeur ». D’autres fautes d’orthographe sont relevées sur des écrits de la veuve Marchal.
  • La comparaison d’écriture : le premier expert commis est Gilles Giessner, expert en écriture près la cour d’Appel d’Aix-en-Provence. Celui-ci conclut dans un premier temps que les deux messages sont écrits par le même scripteur. Il effectue ensuite une analyse comparative entre les écrits de question et des écrits de comparaison contemporains et de mêmes types (lettres majuscules sur des mots croisés). Les résultats de son étude sont accablants pour Omar Raddad puisque ces écrits sont attribués avec certitude à Ghislaine Marchal

« la comparaison des ductus et des usages nous permet de constater qu’il y a une similitude totale entre les écritures en présence [] Mme de Renty, veuve Marchal a tracé les deux messages »

Au procès, l’expert sera plus prudent en donnant une probabilité de 2/3 que Ghislaine Marchal ait écrit le message.

Les doutes lors de la contre-expertise (lors de la demande de révision de 1999)

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Porte de la cave à vin

Une contre-expertise est ordonnée par le juge d’instruction et c’est Florence Buisson-Debar qui est requise. Comme son collègue, elle conclut que Mme Marchal a, de sa propre main, porté les deux inscriptions. Bien qu’un juge ne soit jamais obligé de suivre les conclusions d’un expert, ces deux expertises sonnent comme une pré-condamnation pour Omar Raddad. Les écrits de question sont pourtant réalisés dans des conditions peu conventionnelles ce qui aurait dû modérer les conclusions des experts.
Indépendamment de la procédure judiciaire, les avocats d’Omar Raddad demandent à deux experts en écriture d’apporter leur point de vue. Le premier expert, M. Gauthier détermine, bien qu’il considère que la comparaison est une mission complexe, que :

« Ghislaine Marchal n’est pas l’auteur des inscriptions en questions »

Le deuxième expert, Mme Dumont conclut, en précisant que sa conclusion est approuvée par sept experts judiciaires agréés que :

« Les écritures litigieuses n’ont pas été écrites par Ghislaine Marchal »

C’est Françoise De Ricci, désignée ensuite par la commission de révision qui est la première à mentionner la difficulté voire l‘impossibilité de l’analyse.

« L’on ne peut raisonnablement comparer entre eux les écrits faits au doigt avec du sang sur un support vertical lorsque la position du scripteur diffère et ceux produits par un scripteur assis devant une table. C’est volontairement que nous n’avons pas comparé les écrits faits vraisemblablement en lettres de sang sur les portes en question, ni entre eux ni avec ceux de comparaison de la main de Mme Marchal »

L’expert qui a le courage de ne pas répondre à la question respecte une des règles édictées par Edmond Locard qui préconisait d’accepter uniquement les questions possibles.

Dans cette affaire, de nombreux facteurs ayant pu modifier l‘écriture sont réunis. L’utilisation d’un ou plusieurs doigts comme élément scripturant, les blessures de la victime ou encore les positions inconfortables du corps dans lesquelles la victime a tracé les lettres sont autant d‘éléments peu ou jamais étudiés en sciences forensiques. Des études récentes ont d’ailleurs démontré que les positions inconfortables du scripteur augmentaient la variabilité de l’écriture et donc le risque d’erreur.

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Les avocats et défenseurs d’Omar Raddad vont dénigrer les expertises et pointer avec justesse les contradictions des deux rapports, Me Vergès en tête : dans son livre « Omar m’a tuer » Me Vergès compare les études de M. Giessner et Mme Buisson-Debar qui peuvent s‘avérer très différentes malgré une conclusion commune. Ainsi pour la lettre « A », voici la conclusion des deux experts :

Giessner « la lettre est sensiblement ogivale, attaquée par un grand recouvrement, la barre est juxtaposée et descendante (gauche-droite) »

Buisson-Debar « lettre tracée sans reprise, le sommet en angle, le gramma initial en recouvrement, la barre transversale est vraisemblablement tracée à partir du pied du gramma final dans son mouvement droite gauche » (OMAR M’A TUER : histoire d’un crime, de Jacques Vergés. Éditeur M. Lafon, 1994)

Bien que cette critique semble appropriée, les soutiens d’Omar Raddad sont bien maladroits dans leurs commentaires ou leurs analyses. La graphologie est systématiquement confondue avec l’expertise en écriture, journalistes et avocats crient au scandale car la largeur des doigts de la victime n’a pas été mesurée (cette remarque n’est pas pertinente : un individu qui écrit un message avec un ou plusieurs doigts peut en fonction du doigt, de l’inclinaison ou de la position de ses doigts faire des traits de largeur très variable) ou encore Me Vergès s’indigne qu’il n’y ait eu aucune comparaison entre les traces papillaires du message sanglant et les empreintes digitales de la victime (alors qu’aucune trace papillaire exploitable n’avait été relevée).

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